Après la récente « tentative déjouée » de coup d’état contre son régime, le Président Issoufou Mahamadou doit à présent mesurer, à quel point certains de ses compatriotes nourrissent de « la haine » contre sa gouvernance. Un coup d’état est sans doute le plus gros indicateur que les politologues et autres sondeurs peuvent trouver sur le marché pour mesurer le degré d’impopularité d’un régime.

A contrario de ce qui se passe chez lui, Issoufou est pourtant un leader très représentatif sur la scène africaine et internationale. Ses prestations à l’extérieur, que ça soit pour défendre une cause nationale ou une cause commune, sont décisives et donc, très appréciées.

Peut-on être un « grand homme » sur la scène internationale et être mal aimé dans son pays ? Petit casse-tête (chinois ?) pour les débatteurs et électeurs nigériens !

Issoufou détesté à Niamey …

En consultant la carte des « points chauds » où le Président Issoufou est « détesté » dans son pays, l’on constate que c’est assurément dans la capitale Niamey qu’il rencontre le plus d’adversités envers sa personne et son régime. En effet, un petit tour dans les kiosques, les fadas de la capitale et les réseaux sociaux, suffit amplement pour s’en convaincre.

Là-bas, outre les opposants qui pullulent dans les rues, personne ne s’en cache pour parler mal de « son » Président. Les avocats, les journalistes, les magistrats syndicalistes, les professeurs d’université, les « acteurs » de la Société Civile et bien d’autres « indisciplinés » du moment, tous supposés inféodés à l’opposition, profitant d’une liberté d’expression sans borne, résultant de la signature des Accords de la Table de la Montagne par le Président lui-même, rivalisent chacun d’ingéniosité, qui pour l’insulter gratuitement, qui pour le caricaturer, qui pour le médire ou le maudire …en toute impunité. Ils font un tel bruit et en rajoutent tellement que ça embarrasse et agace une partie de l’opinion nationale.

Dans les autres grandes villes du pays, l’atmosphère est plus nuancée. Même si là-bas, l’on entend moins les « insultes et les propos à caractère ethnique », il n’en demeure pas moins que, beaucoup d’entre elles, à l’instar de Dosso, Maradi, Tillabéry et Zinder, entretiennent également des noyaux « Tout sauf Issoufou » dont la subversion n’a d’égale que celle des « agitateurs de Niamey ». En clair, l’opposition la plus virulente au Président Issoufou recrute principalement dans la capitale et dans une moindre mesure, dans les autres grandes villes du pays. « A Supposer que toutes les populations de toutes les grandes villes du Niger sont anti Issoufou, cela représenterait au plus 21.70% (NDLR : Taux d’urbanisation) de la population du pays », relève sur un ton ironique, un partisan du Président.

Cependant, bingo pour le Président nigérien, dans les zones rurales. Là-bas, la perception des populations sur son régime est, pour l’essentiel, positive, soutiennent ses militants. Les effets de l’Initiative 3N et l’appui massif des partenaires de son régime leur ont évité, pendant 5 ans d’affilées, les affres de la sécheresse synonyme de disette. Leurs enfants sont instruits dans des écoles construites en matériaux définitifs et leurs femmes accouchent dans des maternités. Ces populations-là, dit-on, sont reconnaissantes. Mais attention, notent les observateurs, les citadins forment une « minorité très agissante » au Niger. Issoufou et son entourage en ont certainement conscience. D’où les efforts déployés dans son camp pour déstabiliser ses adversaires, d’une main et de l’autre, créer un large front politique autour de sa candidature.

…. Mais star à l’extérieur !

Le 29 décembre 2015, lors de la cérémonie d’intronisation du nouveau Président du Burkina voisin, les nigériens ont suivi en direct, la « standing ovation » très appuyée que le peuple burkinabé a réservé au Président Issoufou. De quoi faire pâlir de jalousie le sénégalais Macky Sall et l’ivoirien Alassane Ouatara qui lui disputent le leadership ouest africain. C’était-là le dernier évènement en date qui montre à suffisance la grande popularité de Mahamadou Issoufou hors de son pays.

Récemment aussi, lors de la COP21 à Paris, le chef de l’état nigérien, par sa communication agressive et ses prises de position audacieuses (les pollueurs doivent payer !) a été l’une des vedettes, pour ne pas dire la principale vedette africaine, de ce rendez-vous écologique planétaire. L’opinion africaine a davantage connu le Niger à travers ce personnage, un peu « gueule de cinéma », mais surtout gentil man assez pertinent et sûr de lui. Des interventions de ce type ont fait de lui une « star médiatique », très suivie par la presse internationale. Les multiples distinctions qu’il a eues tout au long de son magistère, confirment quant à elles, son leadership international.

Mais Issoufou est surtout apprécié à l’extérieur pour sa real politique, notamment pour ses capacités à intervenir efficacement sur les théâtres sous régionaux, en y apportant bien souvent la solution décisive. C’est le cas particulièrement lors de l’effondrement de l’état malien, dans la lutte contre la nébuleuse Boko Haram et récemment, dans l’épilogue de la crise politique au Burkina Faso. C’est surtout en Europe et particulièrement en France qu’il compte le plus « d’amis » et de soutiens à sa gouvernance. Pour les français, la chose est presque « naturelle ». Le Président Issoufou est au cœur de leur dispositif sécuritaire et stratégique en Afrique. Pour l’Union Européenne, hantée par le drame de l’immigration, le Niger constitue LA pièce maitresse de son « dispositif offshore » dit « hotspot », destiné à barrer la route des migrants africains à partir d’Agadez.

Sans doute qu’à l’issue des prochaines élections, « l’extérieur » ne comprendrait pas les nigériens, si d’aventure, ils n’accordaient pas un second mandat au candidat Issoufou.

El Kaougé Mahamane Lawaly,

Le Souffle Maradi.