Mohamed Al Ghazali, surnommé « hujatul islam » (La preuve de l’islam) s’est entendu dire un jour par son maître « tu m’as enterré vivant »  tant celui-ci était fier de son  disciple. Cheikh Youssouf HASSANE DIALLO pourrait avoir le même sentiment au regard de la prouesse de sa fille Khadijah. Dans cet entretien, digne de l’érudition de son père, elle traite des relations internationales, de la finance islamique, du leadership et bien d’autres questions contemporaines avec aise et assurance.

 

Niger Inter : Présentez-vous à nos lecteurs et internautes ?

Khadijah Youssouf Diallo : Bismillah Ar-rahmane Ar-rahim. Je m’appelle Khadiijah Diallo. Je suis spécialiste en gestion de fonds fiduciaires à la Banque Islamique de Développement (BID). Je m’occupe plus précisément de la gestion des fragilités au sein de nos pays membres, qu’il s’agisse de fragilités économiques ou des risques liés aux catastrophes naturelles et celles résultantes de l’action humaine. Nos projets sont en général des projets qui ne rentrent pas dans les opérations ordinaires de la BID et à ce titre ne peuvent être financés par les ressources ordinaires de la Banque, nous faisons donc également beaucoup de mobilisation de ressources auprès des partenaires de la Banque, qu’ils soient souverains ou privés.

Niger Inter : Vous avez grandi dans un cadre propice aux débats puisque votre père, Cheikh Youssouf Hassane Diallo est un conférencier et prédicateur musulman de renom, en particulier dans l’espace francophone. Pouvez-vous nous dire un peu l’impact de l’activisme de votre père sur votre éducation ?

Khadijah Youssouf Diallo : Mon père est quelqu’un qui se soucie toujours pour la Oummah et la situation critique du monde musulman, autant sur le plan spirituel que sur le plan du développement. Il est convaincu que les deux vont de pair et que le développement spirituel est une condition sine qua non pour le développement matériel. Les deux se réalisent par la recherche et l’acquisition du savoir. C’est cela le sens de son activisme depuis plus de 30 ans : pousser à une prise de conscience, à l’émancipation par la foi et au dépassement de soi. Je dois donc dire que j’ai été élevée avec le souci de la Oummah et son devenir, et avec comme constante la recherche du savoir et le questionnement sur la création d’Allah, y compris moi-même, de mon rôle sur cette terre en tant que vicaire d’Allah. Ça m’a également donné une ouverture d’esprit dans la mesure où ce cadre que vous mentionnez était fréquenté (et l’est toujours) par des gens de tous les horizons idéologiques et confessionnels et tout pouvait y être débattu.

Niger Inter : Vous avez étudié les affaires internationales. Est-ce un choix de votre famille ou votre vocation ?

Khadijah Youssouf Diallo : Non. C’est absolument mon choix. Comme tous les jeunes, mes choix n’avaient cessé d’évoluer au cours des années du lycée. A la base je voulais être physicienne parce que j’étais assez bonne en physique-chimie et j’aimais ça. J’ai fini par faire un bac économique au Lycée Français de Djeddah. Après mon bac, en 2003, nous étions la première génération LMD (Licence-Master-Doctorat) en France. On pouvait s’inscrire dans deux formations différentes en même temps, en majeure et en mineure. Je m’étais alors inscrite en Administration des entreprises et en Histoire pour la Licence et fini par faire un Master en Affaires Internationales que j’ai commencé en France et terminé aux États-Unis. Entre les deux,  j’ai fait 2 DU, un en Langues de Communication (anglais et arabes) et un second en Relations Internationales. Le rôle essentiel qu’a joué ma famille a été de me soutenir dans mes choix et de m’encourager à aller le plus loin possible dans mes études.

Niger Inter : Quand vous observez le monde aujourd’hui quelle est votre lecture du contraste pays développés et le tiers monde ?

Khadijah Youssouf Diallo : Je pense que nous vivons dans une époque où le contraste n’est plus binaire entre pays développés et le tiers monde. Aujourd’hui, les niveaux de développement sont très contrastés à l’intérieur même des pays. Si vous prenez les États-Unis par exemple, les statistiques officielles disent qu’un américain sur six fait face à des situations d’insécurité alimentaire. Ça parait paradoxal pour la première puissance économique du monde. A l’inverse, beaucoup de pays autrefois pauvres sont en train de faire des progrès énormes en temps records. Je pense aux BRICS, à la Turquie qui travaille dure pour devenir la 10eme puissance économique du monde à l’horizon 2023. Je pense également à certains pays asiatiques qui vont, à mon avis, surprendre le monde. On connaissait déjà  de la Malaisie avec sa vision 2020 , mais ce sont les progrès de l’Indonésie et du Bangladesh qui détonnent davantage. Dans nos pays d’Afrique Subsaharienne, les écarts de développement restent encore considérables dans le même pays selon que la personne vit dans un milieu urbain ou rural et beaucoup d’efforts sont consacrés aux capitales plus qu’à l’intérieur des pays. Ceci empêche également d’exploiter mêmes les opportunités existantes dans les régions. Je pense que la décentralisation, si on accepte de la mettre en pratique réellement dans nos pays, peut aider à faire un rééquilibrage sur ce plan et aider à rendre nos régions plus compétitives et créer de nouveaux pôles d’attractivité économiques dans nos pays. Mais qu’on se rassure, l’Afrique est l’endroit qui compte le plus d’opportunités au monde aujourd’hui et la jeunesse africaine me parait très consciente de ce potentiel et est décidée à en finir avec le sous-développement.

Niger Inter : Vous travaillez dans le domaine de la finance islamique, alors que dites-vous à ceux qui pensent que le système bancaire islamique n’est pas compétitif ?

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Khadijah Youssouf Diallo : Face au système bancaire conventionnel basé essentiellement sur l’endettement et les spéculations, le système bancaire islamique est immunisé contre les gros risques de défauts car il est basé sur un partenariat gagnant-gagnant entre le créancier et le bénéficiaire du financement. Les deux sont partenaires en affaires, et ce qui arrange l’un, arrange aussi l’autre. Le système bancaire islamique est tellement compétitif que depuis la crise financière de 2008, beaucoup de pays non-musulmans ont entrepris des reformes pour leur permettre de l’adopter. À mon avis, le système bancaire islamique souffre de préjugés uniquement, y compris des musulmans. Aujourd’hui les instruments de financement islamique se développent plus facilement et plus rapidement dans les pays où l’islam n’est pas forcément une religion majoritaire, je pense au Royaume-Uni par exemple. Chez nous en Afrique, la Cote d’Ivoire a pris de l’avance et se place en pionnier en matière de finance islamique. Elle a fait son émission de Sukuk avant tous les autres dans la sous-région. Là où la finance islamique est le plus compétitive  est, je pense, dans la lutte contre la pauvreté car la finance islamique exclut les intérêts. Elle finance l’économie réelle et les besoins des pauvres dans leurs projets sans les endetter. Un pauvre qu’on endette est davantage plus appauvri.

Niger Inter : Le système bancaire islamique repose sur le partage des profits et pertes à la différence du système traditionnel où on prête l’argent aux clients à leurs risques et périls. Est-ce que cette propension au social qui impact la compétitivité du système bancaire islamique ?

Khadijah Youssouf Diallo : Encore une fois, une des leçons de la crise financière de 2008 est qu’il fallait moraliser le système bancaire car les banquiers avaient fini par mettre en danger les économies du monde à coup d’ingénieries financières qui devaient leur permettre de faire toujours plus de profit tout en contournant les règles prudentielles pour ne pas se faire prendre. Moraliser la finance, c’est justement ce que fait la finance islamique car elle oblige le banquier à s’assurer non pas seulement que le client a la capacité de faire face au crédit, mais parce qu’ils sont partenaires en affaire, à s’assurer que le client y gagne.

Niger Inter : Vous êtes musulmane de confession, avez-vous le sentiment d’être discriminée par votre religion par rapport aux hommes ?

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Khadijah Youssouf Diallo : Dans le monde d’aujourd’hui, de façon générale, être une femme n’est pas une position aisée, de même pour le fait d’être musulmane, de surcroit voilée, africaine et jeune. Je porte en moi ces 5 caractéristiques. Je suis une jeune femme africaine musulmane et voilée. Je suis consciente de ces plafonds de verre au-dessus de ma tête et j’en fais des raisons pour me motiver, avancer et me surpasser pour me prouver qu’il n’y pas de règle pour la réussite et l’échec. Petite nuance par rapport à votre question : je n’ai pas l’impression d’être discriminée par ma religion mais par les gens qui veulent que j’occupe un siège au dernier rang en tant que femme musulmane. L’islam avait trouvé que les tribus dans la péninsule arabique enterraient la petite fille à la naissance et la femme faisait partie des biens qu’on héritait d’un homme à sa mort. L’islam a rendu à la femme sa dignité d’être humain et lui a donné des droits à l’éducation, à la protection de son intégrité physique et morale, à choisir son conjoint, à hériter, à disposer de ses biens, etc. En tant que femme musulmane, je voudrais mes droits tels que Dieu les a rendus sacrés et selon les recommandations du Prophète PSL dont les dernières recommandations testamentaires demandaient d’être doux envers les femmes « wa rifqan bil qawareer ».

Niger Inter : L’islam est-ce un obstacle au travail ou à l’activité intellectuelle de la femme ?

Khadijah Youssouf Diallo : Pour répondre à cette question, il faut se référer à la position du Prophète (PSL) par rapport à ces éléments. Khadijah, l’épouse du Prophète (PSL) était une chef d’entreprise avérée qui était à la tête de la plus grande caravane commerciale de la péninsule arabique. C’est dans ce cadre que fut sa rencontre avec son futur époux et Prophète (PSL). En ce qui concerne l’activité intellectuelle, le second grand amour du Prophète (PSL), Aicha (Allah soit satisfait d’elle) est la deuxième source de hadith. Elle a enseigné l’islam à ses contemporains, hommes et femmes, du vivant du Prophète (PSL) et après sa mort. Ces deux exemples si proches du Messager de l’islam illustrent bien que l’islam n’est pas un frein, ni au travail ni à l’activité intellectuelle de la femme.

Niger Inter : D’aucuns considèrent la tenue de la femme musulmane, notamment le port du voile, comme une atteinte à sa liberté, un symbole d’oppression et de soumission. Quelle est votre opinion sur ce sujet ?

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Khadijah Youssouf Diallo : C’est une question de point de vue, car qui dit que c’est un symbole de soumission et d’oppression ? Ce sont les occidentaux et je les comprends.  Le voile est en effet le symbole de la soumission de la femme à l’homme dans la tradition chrétienne qui est la référence culturelle des occidentaux. Si on se réfère au nouveau testament, voici ce que l’Apôtre Paul écrit à ses fidèles de l’église de Corinthe dans l’épitre aux corinthiens (notamment au chapitre 11) : « Je veux que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l’homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ. Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef. Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef. […] L’homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu’il est l’image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme. ».

Partant de là, on peut comprendre que les occidentaux s’insurgent contre ce voile qui admet la primauté de l’homme sur la femme et symbolise la soumission de la femme à l’homme. En islam, l’homme comme la femme se soumet à Dieu. Le plus digne parmi les deux auprès d’Allah l’est par sa foi. Si le voile est un symbole de soumission, c’est donc une soumission à Dieu et non à l’homme et reflète le chemin parcouru par la femme qui le porte dans sa proximité à Dieu.  Le problème c’est que nous lisons et interprétons les faits sous le même prisme que les occidentaux ou c’est plutôt eux qui refusent d’admettre qu’il y a d’autres grilles de lecture que la leur. Complexe d’infériorité des uns ou complexe de supériorité des autres. C’est comme la laïcité. Elle est née en France pour mettre fin aux abus du clergé qui était alors peu tolérant envers les autres minorités religieuses et fermait les yeux sur les abus des puissants envers les plus faibles au nom de la religion. Elle a été imposée dans les colonies et nous l’avons intériorisée comme un acquis postcolonial sans se poser de question sur sa pertinence dans notre contexte. Je veux dire nos contextes de pays musulmans où la religion est notre référence dans tous nos actes quotidiens tout en garantissant dans le même temps la stabilité et la cohésion sociale. Le problème c’est qu’avec le temps, la laïcité, au lieu de garantir la neutralité de l’État face aux religions, a fini par mettre en conflit l’État et les églises (toutes confessions comprises) car l’État a exclu la religion des débats et des concertations avant les prises de décisions. Les politiciens de profession ignorent souvent ce que dit la religion sur certaines questions essentielles relatives à la vie d’une nation. Ils sont même souvent ouvertement anticléricaux. On voit aujourd’hui que les politiciens sont pris au dépourvu face à la montée de l’extrémisme. Ils ne savent ni quand et comment c’est arrivé ni comment y remédier. Et les religieux qui ont une partie de la solution ont trop longtemps été marginalisés pour jouer leur rôle de manière efficace. Il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire de réconcilier les politiciens et les religieux et amener les uns et les autres à se comprendre et avancer dans le sens de l’intérêt général.

Niger Inter : Vous avez vécu en occident durant vos études. Que retenez-vous de cette expérience ?

Khadijah Youssouf Diallo : Beaucoup de choses. Les Occidentaux ont ce que nous n’avons pas. Le savoir, la discipline, l’excellence, la transparence, des institutions solides, la sécurité sociale à un certain degré, le bien-être matériel. Nous avons ceux qu’ils n’ont pas également : la foi en Dieu, l’islam en l’occurrence, le bien-être immatériel, la piété filiale, quoi que l’islam comporte tout ce qu’ils ont mais que nous avons délaissé.

Niger Inter : Quelle est votre modèle de femme musulmane parmi les femmes pieuses de l’islam ?

Khadijah Youssouf Diallo : Khadijah bint Khuwailid, la première épouse du Prophète (PSL). C’est la femme dont je porte le nom. C’est un modèle pour moi dans tous les aspects de la vie. Tout ce qui la concerne est une source d’inspiration : son dévouement, son intelligence, sa noblesse, sa grandeur d’esprit etc… son histoire avec le Prophète (PSL) qui a continué à l’aimer et à entretenir son souvenir même après sa mort, au point de rendre jalouses ses autres épouses qui ne l’ont pas connue.

Niger Inter : Avez-vous un modèle de femme parmi les contemporaines ?

Khadijah Youssouf Diallo : Ma mère, et sa regrettée mère (Allah lui accorde le paradis). Ce sont toutes les deux des femmes de l’ancienne école, le genre de femme qu’on ne trouve que rarement aujourd’hui. Elles sont le symbole de la générosité et du don de soi. Pleines de sagesses et de bon sens. Elles voient loin et ont la capacité de réunir tout le monde autour d’elles. De grandes pieuses également. Dans nos familles peules qui sont extrêmement larges et très imbriquées, elles connaissent tout le monde, s’enquièrent de l’état des uns et des autres et ne manquent pas de leur accorder de l’attention. Ce sont elles qu’on recherche et concerte en temps de crise. Ce sont de « Grande Royale ». Leur absence comme leur présence se ressent forcément. J’admire leur force de caractère et leur altruisme.

Niger Inter : On peut lire ce cri de cœur sur votre mur Facebook : « Quand l’humanité n’a le choix qu’entre le pire et le pire : frappes russes, américaines, françaises, saoudienne, armée de Bachar, Daesh ou FLS ? Les victimes seront toujours les mêmes: des populations civiles, à qui on a jamais demandé leur avis. Quelle honte que cette époque. Il n’y a jamais eu de siècle aussi ténébreux que le nôtre ! » Le conflit est permanent dans l’histoire pourquoi en faire le propre de notre époque ?

Khadijah Youssouf Diallo : Ce contre quoi je m’insurge c’est le fait que le massacre d’êtres humains soit devenu si banal. Ca me révolte. On tue pour le pétrole, pour l’uranium, pour l’eau, la terre. Tout a une valeur sauf la vie humaine.. On n’oublie dans tout ça que la vie humaine c’est le souffle sacré de Dieu dans la matière. En arracher une par la violence c’est déclarer la guerre à Dieu.

Niger Inter : Selon vous quelles sont les conditions de possibilité pour un monde sans conflits ?

Khadijah Youssouf Diallo : Allah dit dans un hadith qudsi: «O Mes Serviteurs, je me suis interdit l`injustice et je vous déclare que je vous l`interdis. Ne soyez donc pas injustes les uns envers les autres. ». La source de tout conflit est en générale une situation d’ injustice ressentie ou subie par l’une des parties et il faut réparer cette injustice pour assurer la réconciliation et le retour à la paix.

C’est pourquoi les processus de paix ou de résolution des conflits passent nécessairement par ce qu’on appelle « une justice de transition ». Le sentiment d’injustice est ce qui révolte l’humain et lui fait commettre les pires atrocités pour réparer la violence qu’il a pu ressentir. Là où la justice est défaillante ou est absente, il y a un risque de conflits et la fitna est pire que le meurtre comme dit le Coran.

 Quel est votre modèle de leader homme ?

Khadijah Youssouf Diallo : Le modèle absolu serait le Prophète (PSL) mais si je devais citer un modèle parmi les hommes, je dirai que mon modèle est composé de plusieurs personnes : Omar bin Khattab, Abubakr, Khalid bin Walid, Faisal d’Arabie, Sankara, Chavez, Erdogan parmi les contemporains. Ce n’est pas la personne qui est mon modèle mais plutôt son style de leadership, son caractère et son attitude face à l’adversité et l’étendue de sa vision et de sa fermeté sur ses principes.

Niger Inter : Quels sont les qualités d’un bon leader selon vous ?

Khadijah Youssouf Diallo : Un mélange de sagesse et de courage. Et aussi son intelligence émotionnelle, c’est-à-dire sa capacité à comprendre un maximum de personnes très différentes, à les réunir autour d’objectifs communs, et à leur insuffler la motivation nécessaire pour les atteindre, malgré les obstacles. Par ailleurs, ce qui m’impressionne le plus, c’est la relation du leader avec le divin. Le pouvoir étant un attribut de Dieu, je suis convaincu qu’un bon leader doit forcément se donner une relation privilégiée avec cette source du pouvoir.

Niger Inter : Citez trois livres selon vous que tout leader devrait lire.

Khadijah Youssouf Diallo : Le Coran quel que soit les croyances de ce leader car il comporte beaucoup d’enseignements pour les individus amener à diriger un groupe, une nation ou à s’adresser à l’humanité tout entière. Pour les musulmans, la biographie la plus détaillé du Prophète (PSL) est une école de leadership, ensuite celles des quatre califes bien-guidés. « Les 4 califes » de Hassan Amdouni me parait être une bonne référence. Pour finir, « Le Prince » de Machiavel.

Niger Inter : Que répondez-vous à ceux qui disent que tout est négatif sur Facebook ?

Khadijah Youssouf Diallo : En toute chose, il y a du négatif et du positif mais tout dépend de l’usage qu’on en fait. Les réseaux sociaux ont par exemple révolutionné et démocratisé la communication, la manière dont nous nous informons et les modes de consommation dans une grande partie du monde. Une information aujourd’hui est disponible presque en direct partout dans le monde et en même temps à tel point que les jeunes du monde entier regardent, écoutent, lisent, consomment et s’habillent de la même façon car influencés par les mêmes personnes. Ça peut aussi être un moyen de développement si on y diffuse de savoir. Au moyen orient par exemple, beaucoup de femmes ont créé des boutiques sur ses réseaux sociaux, où elles commandent les articles sur des pages Facebook de fabriquants en Chine, livrent des clientes à Riyadh, Doha ou Sharjah sans quitter le confort de leur domicile. D’autres y enseignent la cuisine, le maquillage etc… Ce qu’on appelle le printemps arabe s’est organisé via les réseaux sociaux. Hosni Mubarak a assisté médusé à la chute de son régime à partir de Facebook alors que ses hommes lui disaient que tout rentrait dans l’ordre. Depuis, tout le monde a pris consciences de ces medias qu’on croyait un terrain de jeu pour la jeunesse.

Niger Inter : Comment incarnez-vous le fait de naître et grandir comme fille du Cheikh ?

Khadijah Youssouf Diallo : C’est grandir avec beaucoup de responsabilités et surtout la responsabilité morale de bien faire. Mon père est très exigeant envers lui-même et le respect de principes moraux d’intégrité et de droiture qu’il s’est lui-même imposé et il s’attend de la même chose de nous qui sommes ses enfants. Du reste, il ne nous a pas imposé la religion de manière contraignante. On discute de tout avec lui. Il nous explique les choses. Il a toujours cherché à nous convaincre et à nous prouver que c’est dans la foi qu’on est le plus heureux. Nous sommes donc des gens convaincus. Chacun de nous a évolué dans sa foi à son rythme sous son œil vigilant et son encadrement.

Réalisée par ELH. MAHAMADOU Souleymane