2016 est assurément une année d’élections en Afrique. Pas moins de seize présidentielles se dérouleront sur le continent, auxquelles il faudra ajouter les scrutins législatifs (couplés ou non aux présidentielles), ceux régionaux, municipaux ou encore départementaux en quelques endroits.

Oui, 2016 est assurément placée sous le signe du bulletin de vote, l’arme fatale des populations face aux dirigeants qui veulent rempiler (et certains le méritent bien, d’autres non) et aux aspirants à la magistrature suprême qui veulent être « essayés » par leurs concitoyens.

Depuis la fin des années 80, marquée par la revendication démocratique et l’ouverture des pays africains au multipartisme intégral, avec souvent le passage par une conférence nationale censée exorciser tous les démons de la mal-politique et du sous-développement, les africains ont beaucoup voté. Mais leurs dirigeants n’ont pas pour autant toujours été des femmes et des hommes neufs : dans nombre de pays, trônent encore des présidents ayant accédé au pouvoir il y a vingt-cinq à trente-cinq ans. Dans ces pays, des citoyens sont nés et ont atteint l’âge adulte en ayant connu qu’un seul président, entouré dans certains cas des mêmes ministres et chefs d’institutions. Dans quelques pays africains, tel un clin d’œil à une tradition séculaire, il y a eu dans le fauteuil présidentiel le père, puis le fils. Dans d‘autres, des hommes ont exercé les plus hautes charges pendant des années, en ont été chassés, puis sont revenus par la voie des urnes ou des …armes. Sans compter les nombreux coups d’Etat militaires, de par le continent, qui ont tantôt interrompu tantôt restauré les processus démocratiques. Et enfin, les rebellions armées apparues ici et là, qui ont envoyé sur les routes de l’exil des centaines de milliers de soudanais, somaliens, nigérians, libériens, congolais, ivoiriens, sierra-léonais, maliens, etc.

L’instauration du multipartisme et les processus électoraux n’ont pas toujours, on le voit, ouvert la voie à la paix, à l’alternance et au renouvellement de la classe politique tant souhaités par les africains. Ils n’ont pas non plus, toujours produit la bonne gouvernance et le développement attendus des peuples.

Un quart de siècle donc après la poussée de fièvre démocratique, les millions d’africains qui vont aux urnes en 2016 sont en droit d’être exigeants. Des Comores au Niger, en passant par la RD Congo, Djibouti, le Gabon, le Bénin, le Tchad, la Centrafrique, la Gambie, le Ghana, le Cap-Vert, la Guinée équatoriale, Sao Tomé et Principe, la Zambie, le Congo et l’Ouganda, tous ces électeurs qui veulent la liberté et le développement, disent à leur classe politique : PEUT MIEUX FAIRE ! Ils lui demandent de démentir le philosophe pour qui la politique est l’ensemble des procédés par lesquels des hommes sans prévoyance mènent des hommes sans mémoire (Jean Mistler) ; et de donner raison à Issoufou Mahamadou, représentant de la nouvelle classe politique africaine, intellectuelle de gauche et panafricaniste, qui prône inlassablement que l’intérêt général soit placé au-dessus de toutes autres considérations, car le métier d’homme politique exige de celui qui s’y engage une conscience aigüe du service public (cf. Les boutures de manioc, Ed. Karthala 2015).

Aux urnes, Citoyens !

 

Maï Riga