La liste des chevaux qui se lanceront à la conquête du « Grand Prix de la République du Niger », le 21 février prochain, est désormais connue. Elle comporte 15 prétendants, parmi lesquels, des stars, des favoris, des secondes chances, mais aussi des outsiders et même, des gros outsiders.

Après les vérifications techniques et la validation des arbitres, l’écurie de Maradi, avec 5 partants en lice, débarque avec un gros contingent dans cette course d’élite. Les paris sont ouverts ! Mais la comparaison s’arrête là !

Pour le reste, il s’agit bien d’élections présidentielles de février 2016 et de ses candidats. Notre cible ici ? Les candidats originaires de la Région de Maradi. Ils sont 5, sur les 15 adoubés par la Cour Constitutionnelle, soit un « taux de présentation de candidature » de 33.33%. C’est de loin la région la plus représentée dans ces élections présidentielles. Ces candidats sont les suivants : Cheffou Amadou RSD GASKIYA, Mahamane Jean Padonou CDP MARHABA, Abdou Labo CDS RAHAMA, Ibrahim Yacouba MPN KISHIN KASSA, Moctar Kassoum CPR INGANTCHI.

Si le nombre de partants est synonyme d’une certaine longueur d’avance, point de doute, le prochain Président de la République, serait originaire de Maradi. Mais la science des élections, tout comme celle des courses hippiques, n’est pas une simple arithmétique. L’éloquence et l’intelligence du candidat, la qualité de son entourage, la pertinence de son programme de campagne, l’argent dont il dispose et bien d’autres critères visibles et invisibles sont des éléments constitutifs de « la chance » d’un prétendant. Quelles sont alors les chances de « nos » candidats ?

Cheffou Amadou, 73 ans, Président du RSD GASKIYA est le plus âgé et le plus expérimenté en la matière. Si l’expérience pourrait servir à quelque chose, c’est l’occasion. Il est à sa troisième élection présidentielle. Il se présente cette fois-ci dans des conditions moins favorables à priori. Après le départ de Kassoum Moctar et de bien d’autres militants de taille partis s’approcher un peu plus près de « la marmite », le parti n’était plus que l’ombre de lui-même. Son leadership régional s’était progressivement émoussé. Cheffou Amadou, de l’avis des observateurs, se présente pour évaluer les réels dégâts que Kassoum Moctar et ses amis du PNDS ont faits sur son parti.

Mahamane Jean Padonou, 62 ans, Président du CDP MARHABA BIKOUM, un jeune parti, est cependant un vieux briscard de la politique. Il a été aux manettes de quelques hauts faits politiques connus dans la région. Notamment, il a été l’une des pièces maitresses du MNSD, du temps de sa splendeur à Maradi. Quand le RSD fut créé, Padonou s’y était jeté à fond et avait produit les mêmes effets. Lassé de fabriquer des rois qui ne sont pas toujours reconnaissants, il crée son parti, la convention pour le développement et le progrès (CDP), pour dit-il « offrir à la jeunesse nigérienne un nouveau cadre d’expression et d’intégration politique ». Il commence déjà à tenir parole : Plus de 50% des membres du bureau politique de son parti ont moins de 45 ans. Il se présente pour la première fois.

Abdou Labo, 63 ans, Président du CDS RAHAMA hérite d’après les journaux de Niamey, d’un « lambeau » du légendaire parti vert, après une longue lutte fratricide l’ayant opposé à Mahamane Ousmane. « Le Taureau du Gobir » est désormais seul maitre à bord. Il se présente lui aussi pour la première fois et voudrait surtout, à l’instar de Cheffou Amadou, tester ce qui reste du CDS après l’avoir arraché des mains de « Nafarko ». Fragilisé par l’affaire dite des « bébés importés », Abdou Labo est de moins en moins présent sur le terrain politique. Sa candidature qui a risqué l’invalidation du conseil constitutionnel, a été qualifiée de « candidature alibi » par les opposants, au vu sa proximité avec le Président et candidat Issoufou. Pour l’heure, il fait parti des partants et promet de créer la surprise.

Ibrahim Yacouba, 44 ans, Président du MPN KISHIN KASSA, un pied à Maradi, un pied à Dosso, connait un destin politique fulgurant. Il ya 4 mois à peine, il était un militant du PNDS très proche du Président Issoufou et très populaire à Doutchi, Maradi et ailleurs dans le pays où, il entretenait des réseaux d’amis et sympathisants très actifs. Et puis patatras ! Un beau jour, la nomenklatura du PNDS, jalouse de la montée de cote de popularité du jeune leader et grisée par le pouvoir, décide de l’excommunier. Grosse erreur de jugement des apparatchiks roses. Son départ dévasta des pans entiers du PNDS, particulièrement à Maradi, Dosso et Niamey. Ses réseaux se mettent aussitôt en branle et créent le mouvement patriotique national MPN KISHIN KASSA et lui confient la présidence lors d’une démonstration de force au palais des congrès de Niamey. Disposant de militants très engagés et imaginatifs, les couleurs jaune et rouge de son parti se répandent comme une trainée contagieuse dans tout le pays.

De l’avis de tous les observateurs et de tous les pronostiqueurs, Ibrahim Yacouba, pour sa première participation, sera la principale attraction des élections à venir.

Kassoum Moctar, moins de 40 ans, Président du CPR INGANTCHI, est de loin, le plus jeune candidat de l’histoire des élections présidentielles au Niger. Lui aussi a connu une ascension politique fulgurante. Ancien ministre de la communication sous la 5ème République, il fut maire central de Maradi au titre du RSD de 2011 à 2014 avant d’être écroué à la prison civile de Kollo pour des présomptions de malversation et d’enrichissement illicite. Très populaire à ses heures de gloire, il avait créé la convergence pour la république CPR INGANTCHI suite à une rivalité acerbe avec Cheffou Amadou pour le contrôle du parti orange.

Décrit par l’Arrêt de la Cour Constitutionnelle relatif à la validation des candidatures comme un personnage « ambitieux, respectueux mais hypocrite, …, menteur,…, ayant connu un enrichissement sans cause … », Kassoum Moctar pourrait créer la surprise, notamment dans les régions de Maradi et Zinder où nombre de jeunes, ne voulant rien savoir de ses ennuis judiciaires, le considèrent comme une vraie icone.

« Swing state » ou « no man’s land politique »?

Premier constat, en positionnant 5 candidats, la région de Maradi prend le risque d’éparpiller son électorat, ce qui du coup amoindrirait leur score respectif et pourrait ainsi les reléguer à des rangs marginaux. Selon toute vraisemblance, l’électorat de Maradi sera au moins divisé par 8, car outre ces 5, il faudra surtout compter avec Issoufou Mahamadou du PNDS, Hama Amadou du MODEN/LUMANA et Seyni Omar du MNSD. Selon certains pronostiqueurs acerbes, les cinq candidats cumulés de la Région, ne valent pas un des trois derniers ci dessus cités. Ils devront plutôt se contenter des restes de ces trois mastodontes nationaux.

Dans le même ordre d’idées, nombreux sont les observateurs de Maradi qui trouvent « lamentable » la scène politique de leur Région. Le chiffre 5 est ici perçu comme une honte régionale, une traduction concrète de l’incapacité des maradawas à s’entendre l’essentiel. Ce qui selon eux, va reléguer la région au statut dégradant de « no man’s land politique », voire pire, un « far west politique » où n’importe quel petit cowboy peut se taper sa république.

Mais pour des analystes plus pragmatiques et moins radicaux, en alignant 5 candidats aux présidentielles, Maradi endosse définitivement sa camisole de « swing state », une sorte « d’Etat clé» ou « d’Etat Baromètre » où la compétition politique est la plus ouverte possible. Leur argumentation repose sur la trajectoire politique de Maradi, caractérisée par une absence totale de monopole partisan. En effet depuis la conférence nationale souveraine, aucun parti, ni aucun candidat, n’a pu récolter plus de 50% des suffrages des maradawas dès le premier tour. Si la logique est respectée, notent les mêmes analystes, « le coup KO » est totalement impensable à Maradi.

El Kaougé Mahamane Lawaly,

Le Souffle Maradi.