C’est le thème d’une conférence organisée par l’Institut de Recherches en Sciences Humaines (IRSH) ce jeudi 21 janvier 2016 dans sa salle de conférence animé par  Pr. Yaovi AKAKPO, Doyen de la Faculté des Sciences de l’Homme et de la Société de l’Université de Lomé (Togo) qui a suscité un débat très attachant.

Ce philosophe avait abordé son sujet en s’interrogeant comment être dans un monde changeant caractérisé par « l’interdépendance, la mobilité et l’accélération » de la vie rappelant ainsi les effets de la mondialisation. Il entend par autonomie de l’histoire le pouvoir de délibérer, faire ce que nous voulons, faire notre propre histoire malgré cette tension mondiale au lieu de la subir. Il fait allusion surtout au pouvoir délibératif de la mémoire, de l’histoire. Le pouvoir opératoire de l’innovation et de l’invention pour faire face aux pressions inhérentes aux influences d’autres sociétés. En fait de tension, le conférencier fait allusion aussi aux pressions du monde contemporain comme le chômage, la pauvreté, la population etc.

Selon le Pr Yaovi Akakpo, il y a pour nos sociétés une nécessité d’innover pour s’en sortir. Son constat : nos sociétés font montre d’impuissance dans leurs rapports avec les autres. L’impuissance qu’il définit comme « vouloir sans pouvoir délibératif », ce qui explique selon lui certains replis identitaires et certains déchirements internes.

Et le pouvoir de délibérer qu’il recommande avec insistance, c’est la réflexion critique sur nos valeurs,  notre présent pour nous projeter dans l’avenir car, « le présent démarqué du passé est inconscience », a-t-il  soutenu. Il appelle de tous ses vœux à la revivification du « potentiel critique vis-à-vis du présent » en ce sens que « la critique c’est l’apologie de tous les pouvoirs d’opposition de la société.  C’est pour l’avenir que la critique du présent se justifie », a-t-il martelé. Et c’est pourquoi, rappelle-t-il, le regard de tous les révolutionnaires est tourné vers l’avenir. « Le présent offre le pire et l’avenir promet le meilleur », a dit le philosophe.

 En puisant dans la tradition africaine, le conférencier avertissait l’assistance sur cette sagesse africaine : lorsqu’on s’égare sur son chemin, on ne sait plus où aller il est recommandé de s’asseoir. Il s’agit plutôt ici du rôle de la critique pour un nouveau départ, pour une nouvelle orientation. Ce qui est vrai aussi de la société en considérant l’histoire comme une interpellation, a précisé le conférencier. Pourtant, les Etats dits puissants tiennent à leurs traditions, leur histoire, constate le conférencier. A preuve : les américains tiennent à leurs traditions raison pour laquelle la volonté d’Obama de limiter le port d’armes n’est pas bien accueillie tant les américains sont conservateurs sur ce sujet, fait observer le conférencier.

L’autre contribution du Pr Yaovi Akakpo, c’est d’insister sur la place du rêve pour l’émergence des sociétés. Il entend par rêve ici des « rêves historiques » c’est-à-dire la mobilisation des forces sociales, économiques et politiques pour atteindre le bien commun, l’intérêt général. Pour ce faire, Pr Yaovi Akakpo pense que nos sociétés ont surtout besoin des leaders qui savent découvrir l’avenir dans le présent tout en tenant compte également de la mémoire, de l’histoire. « Etre leader c’est être celui qui indique la direction, être capable, comme un prophète, de dire la direction de l’histoire, être capable de lire les signes des temps », a-t-il préconisé. Et d’ajouter : « l’histoire même si elle bégaye chez nous, l’histoire nous parle ».

En établissant la nuance entre « être dans l’histoire et faire l’histoire », le conférencier explique en quoi le manque de leadership, la faiblesse nous prédispose à subir l’histoire c’est-à-dire à accompagner le monde. Il illustre bien sa pensée avec la situation libyenne. En effet, lorsque les Occidentaux avaient voulu démolir le régime Kadhafi, les africains n’avaient pas pu convaincre que leur solution pour la Libye était bien plus meilleure.

Et le philosophe rappelle la pensée marxienne à savoir que : « ce sont les hommes qui font l’histoire » tout en posant cette grave interrogation : « Depuis 1990 est-ce que vraiment on fait l’histoire au regard du tâtonnement qui caractérise nos pays africains ? »

Malgré tout,  Pr Yaovi Akakpo recommande  aux acteurs en Afrique de s’entendre sur l’essentiel. Et pour lui, l’essentiel s’entend par la préservation des acquis démocratiques à savoir la liberté et les droits de l’homme. Dans ce sens, il avait mis en évidence la bonne fin de Feu Mathieu Kérékou qui a su lire le signe des temps tirant les conséquences des tensions sociales en acceptant la conférence nationale souveraine au Bénin.

Cette conférence dont la qualité de la prestation a été reconnue de tous a suscité un important débat entre enseignants chercheurs et étudiants. Et un autre mérite reconnu par l’assistance au conférencier c’est son discours accessible au grand public malgré la difficulté apparente du thème de la conférence.

Elh. Mahamadou Souleymane