« Il nous faudra la force d’inventer notre route et de la débarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiées qui l’obstruent…Devant l’histoire, il faut savoir rester humble, avoir du courage, se remettre en cause » ainsi parlait Aimé Césaire. « Les partis politiques vont mourir et ils ne le savent pas »: titre assez provocateur, prophétise l’ex leader communiste Robert Hue dans un pamphlet d’une actualité saisissante sur le thème de l’engagement, le goût, le désir et l’intérêt pour la politique. Il y condamne «  l’obsolète centrisme » qui règne dans la plus part des partis politiques. Son constat est sans appel ! : Les espaces et mécanismes d’engagement citoyen actuels sont inadaptés, sclérosés, archaïques, rouillés, périmés. La notion même d’engagement politique doit se revivifier. Il prône l’émergence de nouveaux espaces d’engagement collectifs. Il est indispensable de reprendre possession de la politique dans sa définition originelle, la politique comme gestion de la cité, loin des coteries et des accaparements d’appareil, pour éviter un accouchement douloureux. La réalité est que les conceptions et modes de fonctionnement actuels de partis politiques sont dépassés et en inadéquation avec les défis nationaux. Surtout leur mode de fonctionnement est en décalage, avec les aspirations de la jeunesse de notre pays.

Le mode politique éloigné du quotidien des citoyens fonctionne en vase clos : alliant trop souvent rivalités, enjeux individuels et préservations de strapontins et privilèges pris en otage par un groupuscule de personnes. Nombreux seraient les leaders politiques otages de flatteries et privilèges, alors que la majorité des militants à la base souhaitent œuvrer pour l’intérêt commun. Cette réalité malheureuse entame toute confiance des citoyens en l’engagement public. Selon Hue  «  le séisme politique » est une vérité absolue. C’est justement parce qu’un nombre grandissant des dirigeants politiques est éloigné des souffrances et des aspirations des peuples et s’est déconnecté d’eux, que s’installe insidieusement le lit des extrémismes en tous genres. Alors pour la réduction de nombre de partis, de quels moyens dispose le gouvernement ? Absolument aucun. Néanmoins le Ministre de l’intérieur dispose d’un cadre légal pour réguler leur fonctionnement.  Ainsi à l’allure ou vont les choses et pour éviter que le jeu électoral ne soit frappé de discrédit, et d’un manque de sérieux nous estimons que tous les partis politiques qui ne participent pas aux élections doivent être dissouts.

Les partis politiques et coalitions de partis politiques concourent à l’expression du suffrage, or parmi les 87 partis politiques dont nous disposons  plus de la moitié n’ont participé à aucune des deux élections. Des lors qu’ils ne le font pas, ils n’auraient aucune raison d’exister. Mieux, un parti politique est aussi une association intellectuelle et philosophique qui peut avoir pour objectif principal la défense de certains valeurs sociétales ou idéologiques et non forcement prendre le pouvoir. Ainsi, pour la réduction du nombre de partis le gouvernement doit entamer une réflexion en mobilisant les experts du Ministère de l’Intérieur, la société civile et d’autres grandes administrations pour la mise en place des dispositions contraignantes pour la participation aux élections. Le produit de la réflexion doit aboutir à l’élaboration et à l’adoption d’un nouveau texte qui régirait les associations à but politique. Le Gouvernement qui dans une certaine mesure finance les partis politiques a, peut-être avec cet instrument le meilleur moyen pour obliger les partis à respecter les règles de vie d’une association bien particulière.   Qui paie commande.

En finançant le parti, l’Etat aura bien des moyens pour les contraindre à rendre compte des ressources mises à leur disposition mais aussi sur leur fonctionnement. Ce que l’administration ne fait pas par laxisme. Cet engagement se doit d’être innovent, tourné vers la population tout en alliant proximité, et horizontalité. Sinon le titre de HUE loin d’être une boutade deviendra une réalité, les partis périront et «  la démocratie se réinventera sans eux » et non sans dangers… Le chantier étant lancé, le maître d’ouvrage ne devra le rater parce que l’initiative vient de lui.  En agissant ainsi, peut-être nous pouvons inscrire en faux ce sacré constat de la philosophe Hannah Arendt qui s’inquiétait déjà dans les années 50 dans un récit que l’on peut qualifier de prémonitoire ‘’Qu’est-ce que la politique, des dérives de la politique’’ : «  Au lieu de procéder de l’une des nombreuses sources possibles du vivre ensemble humain et de se nourrir de ses profondeurs, l’action politique se tient de manière opportuniste à la surface des évènements quotidiens pour être emportée par eux dans les directions les plus différentes »

Sami YOUSSOUFOU, Administrateur-Civil ( ENAM-Niger)