Nommé Premier ministre dès l’accession de Mahamadou Issoufou au pouvoir en 2011, Brigi Rafini est un homme discret. Dans cet entretien, le chef du gouvernement nigérien évoque les scrutins présidentiel et législatifs du 21 février 2016.

Quelle est votre analyse du premier tour de ces élections au Niger ?

Brigi Rafini : Ce scrutin s’est déroulé dans le calme et dans de bonnes conditions, contrairement à ce qu’on pouvait lire dans les médias ou sur les réseaux sociaux. C’est vrai qu’il y a eu des problèmes techniques au niveau de la Céni auxquels ils ont remédié. C’est un scrutin crédible qui a été transparent et qui a permis à l’essentiel des Nigériens d’exercer leur droit de vote.

Êtes-vous déçu que le coup K.O. ne se soit pas concrétisé pour Mahamadou Issoufou ?

Brigi Rafini : Non, c’était un objectif. La campagne électorale c’est fait pour ça, chacun dit ses rêves et ses ambitions. Nous ne sommes pas loin du coup K.O. et de la victoire au premier tour. Ce score de 48,41 % est plus qu’honorable et l’écart est très important avec le candidat arrivé deuxième.

Est-ce que ce second tour peut ramener plus de sérénité dans les relations avec l’opposition ?

Brigi Rafini : La transparence du scrutin est sans équivoque. Il n’y a plus de prétexte pour des appels à manifester. De plus, les résultats sont provisoires et il y a des recours possibles auprès de la Cour constitutionnelle. L’opposition a eu beaucoup d’appréhensions tout au long du processus électoral et du scrutin. La campagne a été dure. Quand on a martelé le coup K.O., cela a dû énerver nos adversaires et exacerber les esprits. Au final, avec ces résultats, on ne peut que se rendre à l’évidence qu’il n’y a aucune raison qu’il y ait un conflit ou des violences. Nous devons accepter les résultats.

Un second tour entre un président sortant et un opposant emprisonné est-il crédible ?

Brigi Rafini : Nous n’avons jamais souhaité être dans un tel cas de figure. Cela nous est imposé. Crédible ou pas, les affaires de justice s’imposent à tous. Je vous assure que c’est très pénible pour le président lui-même d’être dans ce cas de figure. Le candidat en question a dû prendre les dispositions nécessaires pour battre campagne puisqu’il est passé devant tous les autres candidats de l’opposition.

Comment le Niger fait-il face aux menaces sécuritaires dans la région ?

Brigi Rafini : Ce n’est pas un hasard si, dans ce contexte, le Niger a été préservé depuis notre arrivée au pouvoir. Sans modestie, il faut reconnaître les efforts personnels du président Issoufou pour créer un climat de paix intérieure. Il faut souligner la contribution importante de nos partenaires comme la France et les Etats-Unis et d’autres pays. Surtout en matière de renseignement et de formation. Le Niger a aussi une des armées les plus performantes de la sous-région qui sait se défendre. Le budget de la Défense a été augmenté avec l’aide de la communauté internationale.

Quel est l’état de la menace Boko Haram dans votre pays ?

Brigi Rafini : La menace est réelle parce que Boko Haram n’est pas une force visible. Cette menace est circonscrite et ne peut prospérer. Il s’agit pour les Etats de la région concernés de savoir comment éradiquer ce phénomène.  A Diffa, nous avons un dispositif performant qui permet de sécuriser les populations.

Quelle est votre lecture de l’effondrement du tourisme au Niger ?

Brigi Rafini : C’est un vrai problème puisque nous avions tout un pan de notre société qui en tirait des revenus. Depuis plusieurs années, cette activité est devenue difficile voire impossible dans les régions qui en avaient la vocation comme Agadez, Tillabéry, Zinder ou Diffa.

Propos recueillis par Nicolas Pinault

VOA AFRIQUE