Parler des élections de 2016 au Niger c’est parler de l’avenir des dix-huit millions des nigériens pour les cinq années à venir. Cet avenir va dépendre du choix que les nigériens feront à partir du 21 février prochain pour désigner celui qui va diriger le pays pendant les cinq années à venir. Selon que ça soit un candidat ou l’autre parmi les 15 candidatures validées par la cours constitutionnelle la vie des nigériens va aller dans un sens ou dans l’autre.

Il ne s’agit donc pas de choisir un ego personnel ni un esprit de partage de rente au sein d’un clan de brigands ayant pour objectif de mettre la main forte sur les ressources économiques du pays. Il s’agit du choix d’une vision et d’un programme de gouvernance répondant aux attentes des nigériens, aux défis à lever par pays et aux enjeux de la bonne gouvernance. Dans le contexte actuel du monde et de l’Afrique qui bougent à la vitesse accélérée, le pays doit avancer de deux pas dans chacun des domaines de développement socio-économique là où l’Afrique avance d’un seul.

L’enjeu consiste donc à trouver un homme capable de transformer des rêves en réalité et non d’un politicien qui ne fera que faire rêver ceux qu’il considère comme du bétail électoral en leur promettant des lendemains meilleurs sans se doter au préalable de la capacité morale à assurer la bonne gouvernance. En paraphrasant le Général De Gaulle je déclare qu’au Niger : « Des politiciens qui font rêver les peuples, on en trouve. Des politiciens qui transforment les rêves en réalité, on en cherche». Voici quelques chiffres de la situation actuelle du pays :

Taux croissance de la population : 3,9 %

Espérance de vie : 60 ans

Population de moins de 15 ans : 49,8 %

Population en dessous de seuil de pauvreté : 49 %

Taux de croissance économique : 6,5 %

PIB par habitant : 400 $ US

Taux d’endettement  du pays : 22,5 %*

Balance commerciale : -10,5 % (négative)

Taux de couverture en eau potable : 50 % (en milieu rural) et 89 % (en milieu urbain)

Taux de couverture sanitaire : 18 800 habitants/médecin

Taux de scolarisation en primaire : 83,7 %

Taux d’alphabétisation des adultes : 29%

Indice de développement humain PNUD : 0.348 (188ième sur 188)

Indice de perception de la corruption : 99ième (sur 168 pays) 

*  Selon INS –Niger (2014). Selon la Banque Mondiale (2014): 33%

A travers ces chiffres on peut facilement comprendre les domaines dans lesquels ça ne va pas et qui   nécessitent, sans attendre, une intervention rapide et efficace pour inverser la tendance. Le hasard ne va jamais faire bien les choses c’est l’action humaine, donc politique qui fera changer les situations. Cet état du pays exige un homme capable de se mettre à la hauteur de la situation et de ses exigences, capable d’abord de se dépasser et de dépasser le cadre de son camp pour optimiser l’utilisation équitable de ses ressources et intégrer l’ensemble des forces vives de la nation pour les orienter vers le progrès et le bien-être collectif et aussi de chacun.

La constitution, la morale et la civilité doivent être les guides suprêmes qui éclaireront le chemin à emprunter. Cet homme doit être d’abord en mesure d’incarner et de favoriser le partage des valeurs de la République à savoir la fraternité, le travail et le progrès (Art.1 de la constitution).  La loi de la République a défini dans l’espace politique du pays un cadre pour l’exercice de ces valeurs ainsi que de celles de la démocratie et de la justice. La liberté d’expression, la pluralité des opinions et les débats d’idées, expressions de la souveraineté du peuple nigérien et symboles de la vitalité de la toute jeune démocratie doivent être soutenues et protégées dans l’exercice du pouvoir.

Cet homme doit être reconnu pour son combat pour la sauvegarde de ces valeurs et contre la corruption cette maladie qui empêche le décollage du développement de nos sociétés d’Afrique. On doit donc choisir un homme d’engagement ayant la capacité de garantir l’exercice de la bonne gouvernance et l’obtention des résultats mesurables par les instituts spécialisés nationaux et internationaux. C’est en effet seulement les résultats obtenus qui vont compter pour la nation et qui vont marquer l’empreinte dans l’histoire du pays.

La société civile, sans vouloir se substituer aux autorités choisies par le peuple,  doit pouvoir dans un esprit constructif et politiquement neutre, jouer son rôle de supervision, d’évaluation des engagements et  de participation dans la protection et sauvegarde des acquis de la démocratie.

Pour les cinq années à venir les nigériens ont besoin de la mise en œuvre d’un programme permettant du progrès dans l’ensemble des domaines socio-économiques et non pas d’une politique les forçant à chanter et à danser pour oublier les problèmes qui menacent chaque jour leur existence. Le programme doit se saisir de ces problèmes pour leur apporter les solutions adaptées, il doit ouvrir des perspectives et des opportunités pour que chaque nigérien arrive à se retrouver pour construire dignement son avenir.

Ainsi ce programme doit avoir pour objectif d’assurer la sécurité des nigériens et de développer l’ensemble des domaines du développement socio-économiques du pays à savoir la santé, l’alimentaire, l’éducation, les infrastructures, l’industrie, l’artisanat ainsi que les domaines induits constitués par de l’urbanisme et du logement.

La sécurité des nigériens n’a pas de prix. Le programme de gouvernance doit à cet effet assurer la sécurité des personnes et de leurs biens. La lutte contre le terrorisme sous ses différentes formes est une priorité afin de garantir la restauration d’un cadre pour la paix et le développement harmonieux des populations.  Cependant la sécurité doit être assurée à sa juste mesure et ne doit pas constituer un obstacle au développement des libertés individuelle et collective.

L’attente des nigériens est aussi de trouver  cette juste mesure qui permettra l’efficacité des actions des FDS (Forces de Défense et de Sécurité) d’une part et l’efficience des investissements dans ce domaine d’autre part. L’armée nigérienne classée la dixième du continent doit pouvoir continuer son renforcement en formation, en équipements matériels et en ressources humaines.

Sans être exhaustif les maladies les plus fréquentes au Niger sont les pneumonies, les gastroentérites, le paludisme, les méningites, la rougeole, les hépatites, la typhoïde, la bilharziose, les tensions artérielles et le diabète. Comme on peut le constater le plus grand nombre de ces maladies sont d’origine d’insalubrité et d’insuffisance d’hygiène. Le combat contre les maladies se gagne quand on gagne le combat contre l’insalubrité publique et quand on arrive à accélérer la pratique de l’hygiène dans chacun des foyers familiaux.

Le programme de gouvernance doit doter les collectivités locales des moyens afin de gagner cette lutte contre l’insalubrité. Le programme dans son volet social doit conduire dans la souplesse au changement de mentalité par la sensibilisation des populations aux enjeux de l’hygiène. C’est le prix à payer pour permettre à nos médecins de gagner le combat contre ces grandes maladies.

La disponibilité des aliments pour tous est le combat historique de la politique nigérienne sans pour l’instant parvenir à des résultats durables. Ce combat doit être intensifié par l’octroi aux paysans des moyens adaptés leur permettant d’accroitre la production agricole. L’activité principale à améliorer reste les techniques de labour. Les aides doivent donc intégrer les forgerons qui constituent les supports techniques de premier niveau pour les  paysans.

Il est plus évident pour un paysan d’aller consulter son forgeron sur un sujet concernant des techniques de labour que d’aller voir les agents du service agricole. La transformation de notre technique de labour reste le levier principal pour la révolution agricole. Pourtant des milliers des procédés existent et sont disponibles et le pays n’a pas encore trouvé le canal efficace permettant la domestication d’un procédé par les paysans. Le programme doit s’attacher à développer des canaux permettant de domestiquer les techniques des travaux champêtres pour d’une part accroitre la production agricole saisonnière et d’autre part développer les cultures de contre saison.

Le taux de scolarisation à l’école primaire et celui d’alphabétisation sont très contrastés et nécessitent un investissement massif et soutenu dans l’alphabétisation des adultes (des jeunes de plus 15 ans). L’attente de la disparition de deux générations actuelles d’analphabètes dans l’espoir qu’elles soient remplacées par des générations instruites n’est pas politiquement acceptable. L’alphabétisation des adultes et l’éducation des enfants restent les terreaux sur lesquels se développent les autres domaines de développement.

La construction de nombreuses classes et le recrutement massif d’enseignants sont à compléter par l’intensification de l’alphabétisation des adultes qui demeure le moyen le plus sûr de lutter contre la déperdition dans le système scolaire. L’opportunité de s’instruire du berceau à la tombe doit être offerte à chaque nigérien afin qu’il puisse efficacement apporter sa brique dans la construction de la nation. C’est en effet le moyen le plus efficace de garantir les développements socio-économiques de nos populations. L’enjeu principal du 21ième siècle où la technologie, sur son chemin, pilonne tous les domaines avant de les broyer, seuls ceux ayant  la connaissance arriveront à se garantir un avenir meilleur par rapport à leurs parents.

La construction des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport doit être un axe majeur du programme de gouvernance compte tenu de l’étendue du pays, de la croissance de sa population ainsi que de sa répartition de manière discontinue sur le territoire. Dans un pays où une grande partie de la population n’a pas accès à l’eau potable où seuls les 12 % ont l’accès à l’électricité et où le réseau routier ne dessert pas la majorité des campagnes, construire ces infrastructures est le fondamental de notre politique de développement. C’est le prérequis à réaliser pour permettre l’industrialisation du pays et le développement socio-économique des populations.

La balance commerciale du pays est historiquement déficitaire à cause de la faiblesse de la production industrielle locale. La demande intérieure des produits de consommation courante est de plus en plus grande compte tenu de la croissance de la population pendant que l’offre locale tarde encore à lui emboiter le pas. En conséquence le pays continue de perdre de l’argent au profit de l’industrie extérieure. Pour la survie de l’économie locale il est temps pour l’industrie nationale de montrer ses muscles en produisant plus pour répondre à la demande locale. Pourtant la production agricole du pays a développé sa capacité de production de certaines matières premières.

La quantité critique permettant  l’émergence d’une industrie locale de transformation est atteinte pour plusieurs produits agricoles et artisanaux. Le programme de gouvernance doit avoir pour ambition d’encourager la création des entreprises pour la transformation des produits agricoles et pour la diversification dans l’exploitation des mines.

Les domaines induits constitués de l’urbanisme et du logement ont besoin d’une législation adaptée qui permettra leur développement au profit du bien-être des citoyens nigériens. Les villes et les habitations sont en perpétuelle évolution et doivent pouvoir conserver dans leur cadre de vie un niveau acceptable de qualité. La législation est à constamment adapter afin de maintenir le niveau de qualité dans l’urbanisation et le logement.

 Yayé GARBA