A bien d’égards, le 2ème tour de l’élection présidentielle au Niger ressemble plus à un referendum qu’à une élection ordinaire. L’enjeu de ce referendum (pardon de cette élection) consiste à choisir entre la stabilité du pays et de ses institutions contre la cohabitation à la « nigérienne » qui signifie guéguerres, guerre de tranchées… et même coup d’état.

En effet, c’est aussi inédit au Niger d’aller au second tour d’une élection où d’avance le peuple sait qui détient les clefs du parlement et de la primature. C’est justement compte tenu de notre expérience malheureuse de la tumultueuse cohabitation entre le président Mahamane Ousmane et Hama Amadou, qu’il importe de faire ce parallèle en prélude au second tour de la présidentielle.

« La cohabitation désigne la coexistence institutionnelle entre un chef de l’État et un chef du gouvernement (issu de la majorité parlementaire) politiquement antagonistes. C’est une situation politique dans laquelle le président et le Premier ministre appartiennent à des partis politiques opposés. »

Sous nos cieux, la cohabitation est synonyme de l’humiliation du chef de l’Etat et conflits permanents au sommet de l’Etat. La cohabitation c’est pire que la crise que notre parlement a connu sous la 7ème République.
Le régime semi présidentiel est harmonieux lorsque le président de la République détient la majorité parlementaire. Mais lorsque le président perd le contrôle du parlement alors il est réduit à sa plus simple expression à savoir qu’il est juste là à titre honorifique.

Au Niger, apprend-on, Hama Amadou alors chef de l’exécutif privait Mahamane Ousmane même du minimum en termes de moyens de fonctionnement ! On a vu en Mahamane Ousmane un président de la République affaibli et impuissant dans un contexte socio-culturel qui a une autre vision de la fonction du chef de l’Etat.

En France, notre modèle, la cohabitation n’est pas aussi synonyme de stabilité et de cohésion. Les français ont fini par réduire ce risque : « Depuis 2000 avec l’instauration du quinquennat présidentiel, et en 2002 avec la décision d’inverser les calendriers (la présidentielle avant la législative) et de tenir les deux élections dans le même mois, la possibilité de vivre une période de cohabitation s’est réduite. »

Au Niger, notre passé récent est assez édifiant. Le premier mandat d’Issoufou sans être une cohabitation, n’a eu à peine que deux années qu’on pourrait appeler d’état de grâce. Tout le reste était parsemé d’intrigues politiciennes : les uns voudraient conserver le pouvoir alors que les autres voudraient le reconquérir.

La conséquence de cette situation est connue : les intérêts du pays sont pris en otage et le clientélisme politicien prend le dessus. Pourtant, tout le monde est conscient que le Niger ne peut plus supporter un tel luxe, j’allais dire, une telle inconscience en ce sens que tout est prioritaire dans ce pays en termes de développement.

Le monde entier a vu le petit jeu de notre classe politique où chaque bord politique voudrait attribuer la responsabilité de notre contre-performance en indice de développement humain (IDH) à l’autre. Est-il raisonnablement acceptable que les dirigeants au sommet de l’Etat pour assouvir leurs ambitions politiques oublient leur mission essentielle à savoir servir leur peuple ?

Il y a toujours péril en la demeure puisque le législateur a maintenu cette anomalie – la cohabitation – sans tenir compte du fait que dans nos traditions l’autorité du chef ne se conteste pas. Du moins, elle ne se partage pas. Et parait-il, c’est l’apanage de tout pouvoir. Ici comme ailleurs.

On pourrait dire que mieux vaut une « monarchie éclairée » qu’une anarchie. En effet, nous le disons tout net : la cohabitation au Niger signifie anarchie, la négation du travail productif, le blocage de l’Etat et de ses institutions.
Une cohabitation qui viendrait anéantir les projets de construction du pays contenus dans les programmes des candidats ne vaut pas la peine d’être vécue. Et c’est pourquoi, nul doute, nous osons espérer que le peuple saura être cohérent dans ses choix pour prévenir ce cauchemar dont le premier coup d’essai n’encourage guère la tentation du second.

A notre humble avis, il n’est pas excessif de souhaiter voir un jour extirper de notre arsenal législatif cette anomalie qu’est le régime semi présidentiel qui ne rime pas forcément avec la philosophie du pouvoir du peuple nigérien. Ce serait même rendre service à ce peuple car à l’évidence, la cohabitation serait une hypocrisie programmée pour nuire aux intérêts du peuple.

L’argument selon lequel, ce régime viserait à prévenir l’abus du pouvoir n’est pas convaincant dans la mesure où en affaiblissant le président de la République, la majorité parlementaire pourrait aussi abuser du pouvoir par le biais des lois injustes. Et c’est bien dans ce sens qu’Herbert Marcuse pense que : ‘’la démocratie consolide plus la domination que l’absolutisme’’.
Elh. Mahamadou Souleymane