Depuis l’annonce vendredi dernier des résultats du premier tour de l’élection présidentielle et des législatives, ça grouille dans les salons et les bureaux politiques. Le président Issoufou n’ayant pas totalement réussi le coup K.O. qu’il promettait d’asséner à ses adversaires (à quelque chose malheur est bon, cela a contribué à l’apaisement du climat politique), il va falloir en effet que les deux camps passent par un deuxième tour et le jeu des alliances pour espérer remporter la mise le 20 mars prochain, date fixée pour la tenue du scrutin du deuxième tour. C’est dire qu’elles vont bon train, les tractations à la fois dures, croisées et nombreuses, entamées dès la proclamation des résultats du premier tour et visant des alliances gagnantes au second tour.

D’un côté, la coalition de l’opposition, dite COPA (Coalition pour l’alternance 2016), qui a réaffirmé le 27 février son engagement à soutenir celui de ses leaders qui viendrait au second tour ; de l’autre la MRN (Mouvance pour la Renaissance du Niger), fondée autour du programme du président Issoufou, et qui dispose déjà de la majorité parlementaire. Entre les deux, c’est le grand écart qui est issu des urnes le 21 février puisque le président sortant caracole en tête avec plus de 48% des suffrages, son challenger et tous ses alliés additionnés ne comptant qu’un peu plus de 35%. Un grand écart qui se transformerait même en gouffre si des membres de la COPA faisaient défection en faveur du candidat de la MRN, ce qui n’est pas à exclure pour des raisons évidentes : beaucoup d’entre eux ne veulent pas tirer encore cinq ans d’opposition, or c’est à la COPA que ce risque est le plus grand.

Issoufou n’a pas seulement une grande avance sur son concurrent et un faible gap à rattraper. Il n’a pas seulement un bon bilan et un programme de Renaissance 2 qui promet le meilleur pour demain. Il représente aussi – et c’est très important- le candidat dont le choix est celui de la stabilité des institutions. En effet, tous les électeurs ont conscience que le camp MRN disposant déjà de la majorité au parlement, si un autre que Issoufou est élu président de la République, s’ouvrira alors une période de cohabitation, forcément suivie d’une dissolution de l’assemblée. Chacun sait que l’adversaire de Issoufou au deuxième tour, s’il venait  à être élu président, ne s’encombrera pas d’une assemblée qui ne lui soit pas acquise. Nécessairement donc, il dissoudra le parlement en vue d’y rechercher la majorité par une nouvelle convocation du collège électoral à l’issue incertaine. Que Dieu nous préserve d’un tel schéma catastrophe !

S’allier, dans les pourparlers actuels au candidat de l’opposition, ou encore voter pour lui le 20 mars prochain, ne favorisent guère  la stabilité des institutions, cela est évident. Au contraire, ces actes affaibliront les institutions, en mobilisant toutes les énergies et toutes les ressources de l’Etat vers l’organisation d’élections et le règlement de questions politiques.

Le premier tour passé, avec les résultats qu’on lui connaît, les électeurs et les chefs de partis en négociation savent désormais à quoi s’en tenir. Le positionnement de chacun d’eux en vue du second tour doit avant tout se faire dans l’intérêt supérieur du Niger. Et l’on voit très clairement de quel côté se situe celui-ci.

Le temps des alliances, oui. Pas des alliances périlleuses, mais des alliances de raison…

Maï Riga (Le Républicain du 3 mars 2016)