S’achemine-t-on vers la jurisprudence béninoise en 2001 où après les désistements de Nicéphore Soglo et d’Adrien Houngbédji, Bruno Amoussou (4ème sur la liste) a été repêché pour le second tour de la présidentielle ? Ou bien le plan B de la COPA tel que annoncé par Amadou Boubacar Cissé après leur rejet des résultats du scrutin se précise-t-il ? C’est du moins des questions que les nigériens se posent avec raison après avoir lu cette décision de l’opposition nigérienne : « Par conséquent, l’Opposition politique réunie au sein de la COPA 2016: 1 Décide de se retirer du processus électoral en cours ; ».

En son temps au Bénin voisin, apprend-on des archives d’RFI : « A Cotonou, certains se demandaient combien de candidats la Commission électorale allait devoir solliciter. Le président sortant, Mathieu Kérékou, arrivé largement en tête du premier tour, craignait de se retrouver seul sur le ring. Il avait déjà vu deux de ses adversaires se désister successivement. D’abord son grand rival Nicéphore Soglo, qui s’est retiré de la course vendredi 16 mars en dénonçant des «fraudes massives», ensuite le président du Parlement Adrien Houngbédji, trois jours plus tard, et pour des raisons similaires, refusant de se prêter à une «mascarade».

Mais la démocratie n’est pas synonyme d’anarchie, le législateur a doté le pays des moyens pour éviter le pire. C’est pourquoi, écrit Philippe  Quillerier-Lesieur : « Après les désistements successifs de Nicéphore Soglo et du président du Parlement Adrien Houngbédji, le ministre d’Etat Bruno Amoussou avait accepté, finalement, de figurer au second tour de la présidentielle, jeudi 22 mars, face à Mathieu Kérékou. Il affirmait vouloir éviter «une remise en cause du processus démocratique».

Et à bien d’égards, on peut affirmer sans risque de se tromper qu’au Niger nous faisons face à cette jurisprudence béninoise. C’est peut-être à juste titre que certains compatriotes avaient fait circuler sur les réseaux sociaux les pertinentes dispositions qui permettent de parer au plus pressé :  « En cas de décès, de désistement ou d’empêchement de l’un ou de l’autre des deux candidats, les candidats suivants se présentent dans l’ordre de leur classement après le premier tour » (Dispositions de l’article 48 de la CONSTITUTION et l’article 114 de l’ordonnance N° 2010-96 du 28 décembre 2010, portant CODE ÉLECTORAL).

Comme chacun le sait, après Issoufou Mahamadou et les trois leaders de la Copa (Hama Amadou, Seini Oumarou et Mahamane Ousmane) vient en cinquième position Ibrahim Yacouba du MPN Kiishin Kassa.

C’est dire que dans cet ordre d’idées, nul doute que si la COPA assume sa décision, c’est Ibrahim Yacouba, un allié déjà avéré du candidat Issoufou Mahamadou qui sera au second tour.

Sauf qu’il y a un mais. Le hic,  c’est qu’il ne suffit pas pour la COPA d’annoncer son désistement. Ils doivent notifier à la Cour Constitutionnelle cette nouvelle donne. C’est en ce moment seulement qu’on passera à l’étape suivante : le constat que les trois leaders de la COPA déclarent forfait pour qu’Ibrahim Yacouba soit sollicité pour préserver l’essentiel. Et c’est là que l’opinion jugera si l’opposition ne joue pas au dilatoire. Cette mauvaise idée de tout reporter à l’expiration du mandat d’Issoufou pour la mise en place d’une éventuelle transition.

Cependant, cette attitude de la COPA ne surprend guère. En effet, en dévoilant très tôt son petit jeu à savoir son intention de ne pas aller aux élections depuis qu’elle était ARDR ne surprend personne. En commençant par récuser la Cour Constitutionnelle (une des plus démocratiques au monde) et la CENI en dit long sur la mauvaise foi de notre opposition. Et dans ses « considérant », elle se délecte à cœur joie en se référant à son tristement célèbre livre blanc. Ce pamphlet qui avait comme cible la Cour Constitutionnelle et notamment sa présidente.

Le moins qu’on puisse dire, c’est la plus grosse bourde de la COPA en tant que regroupement des partis politiques ayant déjà démocratiquement exercés le pouvoir. Vous ne pouvez pas convaincre les partenaires encore moins vos adversaires lorsque votre stratégie politique repose sur un jet de discrédit sur les institutions de la République au sein desquels vous avez des représentants dûment désignés par vos soins ou mis en place avec votre assentiment.

Et puis, franchement comment comprendre l’attitude inconséquente de cette opposition lorsqu’on sait que le monde entier est témoin que le peuple nigérien s’est librement exprimé le 21 février dernier ? Comment se considérer démocrate lorsqu’on refuse d’aller aux urnes ?

Seulement qu’on se méprenne pas : la COPA doit savoir que l’opinion n’est pas amnésique sur notre processus démocratique et sur ses implications dans la marche actuelle du processus électoral tant dans le cadre du Conseil  national pour le dialogue politique (CNDP) que sur la mise en place de toutes les commodités intégrant tous ses desiderata.

Que faire ? La COPA doit simplement se ressaisir. Issoufou Mahamadou avait toujours assumé son destin face aux urnes. En 2004, s’il n’avait pas confiance en lui-même, il lui était loisible de trouver un prétexte ou de faire un petit jeu comme la COPA aujourd’hui. Mais à la différence de ses pourfendeurs, Issoufou a cru en son potentiel. Une attitude gagnante.

 La lutte politique est encadrée par des lois et règlements de la République. C’est un rappel. Tout doit être circonscrit dans ce cadre. Les menaces à peine voilées dans la déclaration de la COPA traduisent véritablement un déficit d’esprit démocratique. Une banalisation de tous nos efforts et de partenaires pour le vivre ensemble dans la paix et la sécurité.

A l’évidence, la situation ainsi créée par la COPA  n’a d’autre nom qu’une démission. Et dans ce sens, ce trait d’esprit de Pierre Dacco renseigne : « Pour ne pas devoir affronter une situation trop pénible, on s’avoue coupable de tout, c’est-à-dire de rien. La démission devant une situation qui apparaît trop effrayante dégénère peu à peu en une démission devant la vie toute entière. »

Elh. Mahamadou Souleymane