Le gouvernement de la transition, mis en place après la chute du président Blaise Compaoré en octobre 2014, s’est rendu coupable de mauvaise gestion, affirme un audit rendu public samedi à Ouagadougou.
Cet audit réalisé par l’Autorité supérieure de contrôle d’État et de lutte contre la corruption (ASCE-LC0, publique) a porté notamment sur la « gestion de la commande publique ».
Le rapport pointe de nombreuses « irrégularités » notamment le « recours abusif à l’entente directe pour les commandes publiques », le « non-respect de la réglementation des achats publics dans l’exécution de la commande publique » dans l’administration publique durant la transition.
Selon le rapport d’audit obtenu par l’AFP, le gouvernement de la transition a eu « massivement » recours aux « procédures exceptionnelles » (entente directe et appels d’offres restreints) pour les marchés publics.
« Violation massive des textes »
Au total 63,1 milliards de francs CFA (environ 96 millions d’euros), soit 55,33% du montant total des commandes publiques passées pendant la période de la transition ont été faites sur la base d’ententes directes et d’appels d’offres restreints « en violation massive des textes ».
Ce taux, « très au-delà de la norme » régionale de « 15% » fixée par l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) « traduit un recours abusif aux procédures exceptionnelles ».
« Cette situation a pour conséquence des risques élevés de collusion, de corruption, d’enrichissement illicite et de gaspillage des ressources budgétaires », pointe le rapport qui dénonce « l’existence de nombreuses dépenses sans pièces justificatives » ou des « pièces justificatives irrégulières ».
Le rapport accuse également nommément l’ex-Premier ministre de la transition Isaac Zida et dix-huit membres de son gouvernement, des membres de leur famille, de s’être fait attribuer des parcelles dans le quartier chic de Ouaga2000 (sud de la capitale) en violation flagrante des textes.
Cet audit commandé par le président élu Roch Marc Christian Kaboré a mobilisé 120 auditeurs pendant deux mois.
L’enquête a visé la période du 1er janvier 2015 au 28 décembre 2015, date de démission du gouvernement de la transition.
M. Zida est éclaboussé depuis plusieurs semaines dans de nombreux scandales. Outre l’acquisition irrégulière de parcelles, il est soupçonné d’enrichissement illicite et de blanchissement d’argent.
Le président Kaboré, qui a fait de la lutte contre la corruption une priorité de son mandat, est revenu à la mi-mars sur la nomination du général Zida au poste d’ambassadeur à Washington.
AFP