Nous ne dirons pas qui du Maire central de Niamey ou du Collectif « Résistance citoyenne » a raison, dans le bras de fer qui les oppose et qui est relatif à la manifestation interdite du week-end dernier. A chacun son boulot, et le nôtre est d‘aider simplement nos lecteurs à voir clair dans l’imbroglio socio-politique nigérien.

Comme chacun le sait, la manifestation programmée dimanche, qui n’a pas eu lieu, avait pour but de soutenir une revendication politique. Et ce qui a fait problème, c’est qu’elle a été initiée non par des acteurs politiques, mais par des organisations de la société civile. Ayant souvent soutenu et écrit dans ces lignes que la société civile nigérienne est douteuse, non indépendante et finalement très politique, il nous semble que de plus en plus, nos ONG et Associations nigériennes se détournent de leur objet et se dévoient honteusement.

Jean-Louis Quermonne, professeur de science politique de réputation mondiale, propose comme définition la plus commune de la société civile : « l’ensemble des rapports interindividuels, des structures familiales, sociales, économiques, culturelles, religieuses, qui se déploient dans une société donnée, en dehors du cadre et de l’intervention de l’État. »

Au regard du principe de base que contient cette définition, que dire d’une société civile qui se déploie contre l’Etat ? Qui pourfend les Institutions, défie l’administration et viole les lois à longueur d’année, jouissant d’une sorte d’immunité que lui confèrent ses antennes extérieures et les medias internationaux, toujours prompts à défendre ces « faibles » structures de veille contre des Etats considérés comme forts et brutaux ?

Déjà en 1991, à l’issue de la Conférence nationale souveraine du Niger, des recommandations avaient été faites au Gouvernement de transition, relatives à l’assainissement du secteur des ONG et des associations. Aujourd’hui plus que jamais, cet assainissement s’avère nécessaire, au vu des dérives et directions prises, loin de leur vocation initiale, par les organisations dites de la société civile.

Passe encore que certaines d’entre elles ne servent qu’à la promotion personnelle de quelques individus ayant choisi cette voie pour assouvir des ambitions …souvent politiques. Mais que les OSC (organisations de la société civile) sous-traitent des combats politiques, cela est proprement indécent dans un Etat organisé. Car, n’est-ce pas une opération de sous-traitance que l’acte consistant pour la COPA 2016 à se ranger dans les pénates des Institutions, et confier ses revendications à Moussa Tchangari, Ali Idrissa, Sirajo Issa et autres animateurs moins connus de la société dite civile, qui ne sont en fait que des politiciens munis d’autres armes que des programmes politiques, et d’autres méthodes que les meetings de campagne. Certes, il n’est pas interdit aux OSC de juger le politique. Mais en se substituant aux forces politiques, les OSC faussent les règles du jeu, usurpent des prérogatives et dévient de leur propre mission. Lors de l’investiture du Président de la République le 02 avril dernier, la présidente de la Cour déplorait la montée de « l’intolérance de certains nigériens vis-à-vis des autres, qui s’est traduite par la tenue et la diffusion de propos inacceptables menaçant dangereusement la cohésion nationale et la quiétude sociale ». Ce que Mme Diori n’a pas dit et que chacun sait, est que les OSC sont les principaux auteurs de ces faits.

Comme on dit en hausa, la société dite civile « a acheté une bagarre », en reprenant le combat auquel a renoncé l’opposition politique dans sa déclaration du 17 avril. Ce faisant, elle interpelle les Autorités administratives sur leur devoir de fouiner et de mettre de l’ordre dans cette jungle d’organisations qui se caractérisent désormais par la très grande distance entre leur vocation initiale et leurs activités courantes, entre leurs statuts et leurs engagements publics, entre les règles qui les régissent et leurs comportements. Bref, par leurs objectifs clairement politiques.

Maï Riga (Le Républicain No2074)