Le Niger célébre ce 24 avril comme chaque année la fête nationale de la Concorde instituée depuis les accords de paix d’avril 1995 entre la rébellion armée qui sévissait au Nord du pays et les autorités de l’époque. Aujourd’hui cette fête a dépassé son cadre historique originelle pour devenir une célébration de l’unité nationale et la cohésion entre toutes les ethnies du pays. Une célébration qui vient à point nommé après des dures périodes électorales marquées par des assauts répétés de certains hommes politiques aux abois contre l’édifice qu’est l’unité nationale.

Pour rappel,  cette Journée a été institutionnalisée le 24 avril 1995, soit une année après la signature de l’accord de paix de Ouagadougou, le 9 octobre 1994, entre le gouvernement et la rébellion. Cette signature a consacré la fin de plusieurs années de conflits dans les régions d’Agadez et de Tahoua et une partie de celle de Zinder (département de Tanout). A ce long et laborieux processus de paix est venu se greffer le dernier accord intervenu en 2007 avec le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ) d’Aghali Alambo.

Mais la célébration de cette fête de la concorde édition 2016 revêt un caractère assez particulier à cause des menaces graves qui  pesent sur l’unité nationale dans le cadre du combat politique à l’occasion des élections générales qui ont eu lieu cette année. En effet, sous le prétexte de la lutte pour la conquête du pouvoir, certains hommes politiques ont tiré à volonté sur la corde sensible du communautarisme afin de mobiliser des militants pour leur soif effrénée de pouvoir. Nul doute que l’édition de cette année sera mise à profit par les autorités nigériennes et les organisateurs de cette fête pour rappeler les idéaux qui ont permis de rendre effective cette fête dont la renommée a dépassé les frontières nationales. Cet accord visait à mettre en vigueur un cessez-le-feu dès le lendemain ; de créer et d’installer un comité spécial de paix ; de promulguer la loi sur la décentralisation; d’adopter des textes relatifs aux unités à statut militaire particulier et de les mettre en place dans l’Aïr, l’Azawak et la Kawar; de démarrer le programme d’urgence et la mise en œuvre des stratégies de développement économique, social, culturel; de débuter l’exécution des opérations relatives à l’intégration, la réintégration, le recrutement d’éléments démobilisés de l’ORA dans l’administration publique, les FDS , les sociétés d’Etat, les lycées, l’université et les projets de développement ; de désarmer tous les groupes et bandes armées ; d’institutionnaliser une journée de la réconciliation nationale à la mémoire des victimes du conflit ; de laisser gérer librement les collectivités territoriales en ce qui concerne la réalisation des actions de développement économique, social et culturel d’intérêt régional ou local ; de mettre en place des centres d’accueil et des sites de réinsertion au profit des personnes déplacées; de rechercher les financements du programme économique et social contenu dans l’accord, etc.

Dans une interview qu’il a accordée en 2014 au quotidien Le Sahel, le Colonel-major Mahamadou Abou Tarka, Président de la Haute autorité à la consolidation de la paix avait souligné que « La situation actuelle du Niger reste marquée par les crises sécuritaires au Mali, en Libye, et au Nigeria. Mais on peut se réjouir du fait nous disposons aujourd’hui d’un réel avantage, du fait notamment des leçons que nous avons tirées de ces tristes événements des années 1990. Car, force est de constater que le front intérieur est solide, et surtout, que les anciens combattants se sont tous inscrits dans une dynamique de paix ». Il avait souligné que « Le gouvernement du Niger a fait énormément d’efforts pour intégrer les ex-combattants, un processus qui a été amorcé depuis les années 1995, à la faveur des accords de paix signés entre le gouvernement et les responsables de la rébellion. Le gouvernement a fait également des efforts dans le cadre de la décentralisation, ce qui a permis de renforcer les communes et de créer un cadre d’expression pour les citoyens ». Le Colonel Abou Tarka avait conclu que « tous les Nigériens restent aujourd’hui vigilants par rapport aux menaces terroristes des groupes islamistes qui assaillent la bande sahélienne. Il faut savoir également que si nous avons été épargnés jusque-là, c’est parce que les plus hautes autorités ont anticipé en prenant des mesures appropriées. C’est ainsi qu’il a été procédé, conformément aux engagements pris par le Président de la République, au renforcement des moyens opérationnels de nos valeureuses Forces de défense et de sécurité. C’est donc cette vision du Président de la République, qui privilégie l’approche de l’anticipation, qui nous vaut ce climat de paix et de sécurité qui domine au Niger. Dieu merci, les populations ont collaboré également, et le gouvernement a fait des actions concrètes sur le terrain pour les intéresser à la paix ».

Cette journée de la concorde devra être mise à profit par les nigériens pour panser les plaies ouvertes par certains politiciens peu soucieux de la préservation de l’unité nationale. En cela, le retour à des meilleurs sentiments d’une opposition qui était assez virulente il y a quelques temps de cela, constitue le signal fort donné à tous les nigériens pour que le trésor que constitue l’unité nationale soit protégé à jamais par les générations actuelles et futures.

Ibrahim B. (Le Républicain No 2073)