Directeur de recherche émérite au CNRS et directeur d’études à l’EHESS, Jean-Pierre Olivier de Sardan, 74 ans, a passé l’essentiel de son temps au Niger et en a même obtenu la nationalité. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur les populations Songaï-Zarma et d’études sur les conséquences des politiques dites de développement. En la matière, paru en 1995, son livre Anthropologie et développement, essai en socio-anthropologie du changement social (Khartala) fait aujourd’hui référence. Depuis plusieurs années Jean-Pierre Olivier de Sardan collabore au LASDEL, un laboratoire nigérien de sciences sociales et continue régulièrement de publier avec ses amis et chercheurs locaux.

La réélection de Mahamadou Issoufou, le président du Niger, le 20 mars dernier, est passée plutôt inaperçue en France où les grands médias l’ont quasiment ignorée. Pour briguer un deuxième mandat, celui qui semblait incarner l’espoir d’un renouveau démocratique lors de sa première élection en 2011, n’avait cette fois quasiment aucun adversaire sérieux face à lui. Emprisonné dans le cadre d’une affaire de trafic présumé d’enfants, Hama Amadou, son principal rival, n’a pu mener campagne et n’aurait récolté que 7,9% des voix au second tour contre 92,51% au sortant… Allié privilégié de la France dans la lutte contre le terrorisme islamiste dans la zone sahélienne, Mahamadou Issoufou savait pouvoir compter sur la bienveillance de l’ancienne puissance coloniale, laquelle à l’image de l’Union africaine n’a rien trouvé à redire à « la mascarade électorale » dénoncée par une opposition déconfite et sans projet. RAS du côté de Niamey ? Tout le contraire, selon l’ethnologue franco-nigérien Jean-Pierre Olivier de Sardan pour qui cette victoire en trompe l’œil risque de perpétuer « le clientélisme, l’affairisme, l’interventionnisme, la corruption ». Pour la troisième fois, il exprime dans « Marianne » ses inquiétudes sur l’état d’un pays en proie à la montée de l’islamisme radical.

Amis du PNDS (1), vous avez apparemment toutes les cartes en main : un Président réélu facilement (même s’il a dû aller jusqu’à un second tour pour le moins étrange où il s’est retrouvé face à un concurrent en prison et à un boycott) ; une majorité à l’assemblée qui pourrait vous éviter les inconvénients et les compromis d’une alliance avec d’autres partis et vous permettre une politique de rupture avec les formes de gouvernance du passé ; une opposition « concassée », désorientée, unie par la seule détestation de votre pouvoir, et dépourvue de propositions crédibles et de projets alternatifs. Tout semble aller bien pour vous.

Mais pour quoi faire ? Continuer comme avant ? Reproduire les erreurs du passé ? Instaurer ou enraciner un « Etat-PNDS » arrogant et sourd aux critiques ? Accentuer la répression contre vos opposants ? Laisser prospérer le clientélisme, l’affairisme, l’interventionnisme, la corruption ? Beaucoup de Nigériens le craignent, et pas seulement les militants de l’opposition. Espérons que leurs craintes seront non fondées. Espérons que la haine qui s’est installée lors de ces élections gâchées va se désamorcer. Espérons que, en vos rangs, l’aspiration réformatrice et le sens de l’intérêt général l’emporteront sur les comportements opportunistes, la soif de pouvoir, les appétits personnels et la tentation de la force.

Votre pire ennemi, aujourd’hui, est sans doute vous-même.

Mais tout ceci passe, en un sens, par votre capacité à écouter les critiques que beaucoup de Nigériens vous adressent. Pouvez-vous encore les entendre, sans traiter celui qui les exprime comme un ennemi ? En fait, votre pire ennemi, aujourd’hui, c’est sans doute vous-même…

Ce n’est en tout cas pas en ennemi que je m’adresse à vous. Ce n’est pas dans un esprit de dénigrement. Je n’ai aucun lien avec l’opposition, et je ne crois pas en ses capacités. C’est en ami que je vous fais part, dans cet article, de critiques importantes que j’ai souvent entendues dans la bouche d’interlocuteurs, qui, comme moi, ne veulent pas être rangés dans un camp ou dans l’autre, et qui veulent garder leur indépendance d’esprit et leur liberté de jugement sans être accusés de faire le jeu des uns ou des autres. Nombre de Nigériens souhaitent, comme moi, que cette nouvelle mandature tire les leçons des erreurs du passé et écoute pour une fois le désappointement de ceux qui avaient cru au changement il y a 5 ans.

Je partage leur avis, et je suis d’accord avec leurs critiques. Je vais donc vous faire part de celles-ci. Ayant, comme beaucoup de Nigériens, placé un certain espoir dans l’arrivée du PNDS aux affaires, je suis, comme beaucoup de Nigériens, très déçu de la gestion du pouvoir en terme de gouvernance. Certes vous avez à votre actif diverses réalisations chiffrées, que vous avez largement célébrées durant la campagne électorale, comme il se doit en de telles circonstances. Mais les chiffres ne sont pas tout, et ils peuvent masquer des failles, des déficits, ou des erreurs. Les bilans quantitatifs doivent toujours s’accompagner de bilans qualitatifs : or, la qualité de la vie politique, la qualité des élections, la qualité de la lutte contre la corruption, la qualité de la réforme de l’administration et de sa dépolitisation, la qualité des services publics n’ont pas été au rendez-vous, et dans ces divers domaines les déceptions sont profondes. Saurez-vous les regarder en face ?

La première erreur concerne le climat politique, qui est détestable. Les conditions dans lesquelles s’est déroulée la campagne électorale ont laissé un goût amer. Ce climat de haine a certes été alimenté par les deux camps. L’opposition l’a pour sa part largement entretenu. Il est dans son rôle de critiquer, mais on peut déplorer qu’elle ait trop souvent confondu critique et insulte. Depuis longtemps, et y compris durant la campagne électorale, elle s’est contentée de tirer à boulets rouges sur le Président Mahamadou Issoufou, sans proposer la moindre alternative crédible, et sans montrer le moindre signe de rupture avec ses propres erreurs antérieures.

Ceci étant, le pouvoir a lui aussi fortement contribué à l’exacerbation des tensions, par son intransigeance, par son refus de toute critique, par son harcèlement de l’opposition, par son obstination à régler ses comptes avec le parti Lumana à travers un bras de fer impitoyable. Pourquoi ne s’être pas élevé au-dessus des conflits de clans et des guerres fratricides, pourquoi n’avoir pas tout fait pour que puissent se tenir des élections apaisées ? C’est au pouvoir qu’il incombait de « décrisper », et d’instaurer un climat plus serein. Ceux qui gouvernent doivent gouverner pour tous les Nigériens, et pas contre une partie d’entre eux, même si celle-ci leur est hostile. La raison d’Etat (en l’occurrence le déroulement des élections dans un climat plus serein) aurait dû imposer la mise en liberté provisoire de Hama Amadou pour toute la campagne électorale (d’autant que personne au Niger ne croit à l’indépendance de la justice, surtout quand la raison d’Etat est en jeu).

Rester enfermé dans cette « culture politique nigérienne » de l’épreuve de force, du ay gin kyébé (« je vais te montrer de quoi je suis capable ») , de la guerre de clans, du « baabizé tarey » (en quelque sorte les « haines de familles »), de la « citadelle assiégée », de l’entêtement, du passage en force – culture politique très dommageable, répandue dans tous les partis, le vôtre comme ceux de l’opposition, et dont nous avons déjà eu divers exemples funestes dans le passé –  est une erreur majeure du PNDS au pouvoir, qui avait pourtant les moyens de calmer le jeu au lieu de souffler sur les braises, et de rompre avec ces mauvaises habitudes au lieu de les reproduire. La réélection du président Mahamadou Issoufou, qui aurait pu être acquise sans cela, a été ternie par cet acharnement, par la détention de son principal opposant, et par le climat de haine qui s’est instauré dans le pays. C’est un vrai gâchis !

Une erreur voisine de la précédente consiste à ne pas avoir mis en œuvre une politique volontariste de « technicisation », de « moralisation » et d’ « indépendantisation » des élections, autrement dit de mise en place de garanties incontestables pour que celles-ci soient techniquement réussies, politiquement impartiales et juridiquement incontestées, d’une part, et que soient limités le pouvoir de l’argent ou l’immixtion politique des agents de l’Etat d’autre part. Certes tous les partis sans exception ont recours à la fraude et tous dépendent du poids démesuré des commerçants (2). Mais le PNDS aurait dû se faire le champion d’une organisation technique impeccable et non partisane des élections. Or, toute pagaye favorise et aggrave les soupçons, surtout dans le climat de tensions actuelles. Tout faire pour que la logistique électorale soit en place largement en avance, tout faire pour que la CENI soit consensuelle, tout faire pour que les listes électorales soient incontestables (et biométriques), tout faire pour que l’organisation soit efficiente et transparente, et pour limiter les dépenses autorisées et les achats de voix: si le cercle de décision du pouvoir avait choisi cette stratégie pour la présente échéance électorale, le Président de la République aurait bénéficié d’une reconnaissance unanime, et aurait marqué sa rupture avec les mauvaises habitudes électorales du passé (qui sont aussi, ne l’oublions pas, celles de l’opposition). Cette occasion a été complètement manquée.

Des politiciens discrédités par diverses « affaires » continuent à être choyés par le pouvoir, et certains se retrouvent même dans le gouvernement qui vient d’être nommé.

L’absence de toute mesure significative de lutte contre la corruption est une autre erreur majeure. Quelles que soient les tentatives de la HALCIA et la rhétorique des déclarations officielles, les suites catastrophiques de l’affaire Zakey ont jeté un très grand doute sur la détermination du PNDS en ce domaine. L’homme d’affaire Zakey est le symbole même de la corruption dans notre pays, et des liens plus que troubles des commerçants avec le pouvoir quel qu’il soit. Le PNDS, quand il était dans l’opposition, avait abondamment dénoncé Zakey, mais il avait renoncé à le poursuivre une fois arrivé au pouvoir, au grand désappointement de beaucoup de ceux qui avaient voté pour lui, en invoquant le fait qu’il était « protégé » par Hama Amadou, alors allié au PNDS. Lors de la rupture entre Hama et le PNDS, Zakey a abandonné Lumana (selon sa stratégie d’être toujours du côté du pouvoir en place) pour rallier le PNDS. Or, celui-ci l’a accepté sans mot dire et en abandonnant toute idée de poursuite ! C’est un signal très négatif qui a été ainsi donné. Aujourd’hui Zakey a été un important soutien de la campagne de Mahamadou Issoufou (mais il a été désavoué par les électeurs dans son propre fief électoral). Plus généralement, et c’est cela le plus grave, les commissions illicites pour des contrats publics accordés à des entreprises et commerçants « amis » continuent à être perçues, de façon banalisée, par beaucoup de hauts fonctionnaires et de décideurs liés au pouvoir. Des politiciens discrédités par diverses « affaires » continuent à être choyés par le pouvoir, et certains se retrouvent même dans le gouvernement qui vient d’être nommé.

La fin de l’impunité pour les amis et protégés était aussi une attente des électeurs il y a cinq ans. Le PNDS a déçu cette attente. La restitution de leur argent par ordre ministériel aux commerçants ayant fait l’objet d’une saisie record des douanes à l’aéroport de Niamey pour transport illicite de plusieurs milliards FCFA a été une erreur profonde. C’est un autre signal très négatif donné à l’opinion publique. Les symboles comptent, en politique. Face à la culture régnante de l’impunité, punir ses amis lorsqu’ils enfreignent la loi aurait été un symbole positif, porteur d’exemplarité. Leur accorder un traitement de faveur produit l’effet inverse. C’est continuer comme avant. Comme faisait l’opposition en son temps. Où est le changement promis ?

La dépolitisation de l’administration était une autre promesse électorale du PNDS et une de ses revendications majeures quand il était dans l’opposition. Le moins qu’on puisse dire est que cette promesse a été oubliée. Pourtant, c’était aussi une attente forte des Nigériens, fatigués des combines politiciennes, de l’interventionnisme, et de l’importance démesurée et incessante des PAC (parents, amis et connaissances) et des RAC (relations, allégeances, et camarades de parti) dans la vie publique, le fonctionnement des services, les nominations et les affectations. Le bilan sur ce front est à peu près vierge. Ce devrait être pourtant le premier pas de toute réforme de la gestion des ressources humaines dans la fonction publique – dont chacun sait à quel point elle est, dans notre pays, catastrophique – et, au-delà, de toute réforme de l’administration (3).

Une dernière erreur que je voudrais souligner ici (4), qui est liée à la précédente, est la passivité de ce premier quinquennat sur la question de la qualité des services publics, dont tout usager sait à quel point elle est médiocre. Des secteurs comme la santé ou l’éducation, qui sont des secteurs clés, ne font l’objet aujourd’hui comme hier que d’une attention quantitative de la part du pouvoir nigérien, comme d’ailleurs de la Banque mondiale : combien d’argent dépensé, combien de fonctionnaires recrutés, combien de bâtiments construits, combien de malades soignés, combien d’élèves inscrits, combien, combien… Mais pour quoi faire ? Pour quelle qualité de service ? Qui pourrait aujourd’hui dire que les soins de santé délivrés dans nos CSI, nos maternités publiques, nos hôpitaux publics sont d’une qualité acceptable ? Personne. L’élite politique le sait bien : elle fréquente les cliniques privées, comme la majorité des cadres du pays.

Prenons l’exemple dramatique de l’école. Le président Mahamadou Issoufou a fait état, dans son bilan, de ce que plus de salles de classe (15.000) avaient été construites sous son mandat que sous les régimes précédents. Ce résultat est certes meilleur que celui de son prédécesseur, avec son Programme spécial du Président, mais se situe dans son strict prolongement : tout est focalisé sur la construction de bâtiments scolaires sans se soucier de l’enseignement qui y est dispensé. Or c’est la qualité désastreuse de cet enseignement qui est le problème majeur. On peut multiplier les critères quantitatifs élogieux (plus d’écoles, plus d’écoliers, plus d’enseignants): mais tout cela n’a guère de sens si l’enseignement qui est donné dans ces écoles est de très mauvaise qualité. On ne peut se concentrer sur le hardware en ignorant le software.

Des enseignants sous-formés, sous-motivés, sous-payés, fortement absentéistes, faisant des cours de (très) faible niveau dans des classes surpeuplées.

Or, le système scolaire nigérien est dans un état sinistré, en particulier à l’intérieur du pays : des enseignants sous-formés, sous-motivés, sous-payés, fortement absentéistes, faisant des cours de (très) faible niveau dans des classes surpeuplées. Certes le mal a commencé dans les années 80, avec l’ajustement structurel, la mise à la retraite anticipée des meilleurs enseignants, la fermeture des écoles normales, le recrutement des contractuels. Certes l’opposition actuelle n’a pas fait mieux en son temps. Certes la réouverture des écoles normales est un point positif. Mais on aurait attendu au moins une réflexion sérieuse et des expériences-pilotes de la part d’un parti comme le PNDS, réputé pour être un parti d’intellectuels et d’enseignants. Il est vrai que les cadres du PNDS, comme ceux de Lumana d’ailleurs, ou des autres partis, n’envoient pas leurs enfants à l’école publique, qui est l’école des pauvres. Mais un parti qui se réclame du socialisme, ou en tout cas de la social-démocratie, aurait dû se soucier prioritairement de relever le niveau de l’école des pauvres, qui est stratégique pour former les citoyens de demain, lutter contre les idéologies salafistes, et permettre un minimum de promotion sociale. On pourrait en dire autant des Universités : une politique de la quantité (multiplier les Universités) a été menée, aux dépens d’une politique de la qualité (élever le niveau des enseignements).

Je n’oublie pas que l’exercice du pouvoir se fait sous de nombreuses contraintes, et j’ai décrit il y a quelque temps dans un article du Républicain à Niamey, , quel qu’il soit, dans notre pays, et, à divers égards, dans les pays voisins. Mais ceux qui sont aux affaires effectuent néanmoins des choix, heureux ou malheureux, au sein de marges de manœuvres réelles, bien que moins importantes qu’on ne le croit en général. Rien n’obligeait le régime actuel à commettre ces diverses erreurs.

Mais on peut toujours tirer profit d’une erreur, ne serait-ce que pour ne pas la reproduire ou ne pas en commettre une similaire. Plus généralement, c’est l’analyse de ses propres erreurs et la volonté de les rectifier qui permet à une organisation de s’améliorer. C’est aussi vrai pour l’Etat, ou un parti politique. Mais, pour cela, encore faut-il être réceptif aux critiques.

Toute critique à votre égard est assimilée immédiatement à un complot du camp d’en face.

J’en reviens pour finir à cette question que, amis du PNDS, je vous posais au début. Le PNDS victorieux aujourd’hui montrera-t-il une telle capacité d’écoute ? Beaucoup de gens en doutent, car vous avez la réputation de ne pas accepter les critiques. Ceux qui vous expriment les critiques que j’ai résumées ici se voient régulièrement accusés par vos militants de faire le jeu de l’opposition ou de reprendre les rumeurs d’une supposée « cellule de diffusion des fausses rumeurs de l’opposition »… Toute critique à votre égard est assimilée immédiatement à un complot du camp d’en face.

Comment votre nouvelle marge de manœuvre va-t-elle être utilisée ? Pour continuer dans la même voie, ou pour rompre enfin avec diverses mauvaises habitudes du passé ? Il y a une fenêtre de réformes qui s’ouvre, avec un second mandat sans perspective de réélection à la fin, mais il faudra un grand courage politique pour l’utiliser. Le Président Mahamadou Issoufou sera-t-il en mesure de s’attaquer à une véritable réforme de la gouvernance, qui impliquerait de donner l’exemple dans vos propres rangs et de marquer des ruptures avec les habitudes de la classe politique ?

Hélas, la composition du nouveau gouvernement n’incite guère à l’optimisme : pléthorique, il reflète intégralement la logique classique des gratifications politiciennes. On ne peut y lire aucun renouvellement, aucune intention d’efficacité réformatrice, aucun signe de changement. Vous êtes d’ailleurs nombreux, amis du PNDS, à le déplorer.

Mais, au-delà de ce mauvais départ, il faudra voir avant tout ce que l’avenir fournira comme réponses aux six questions suivantes, liées aux six erreurs évoquées ci-dessus, pour savoir si nos déceptions d’hier ne se renouvelleront pas demain.

  • L’équipe gouvernementale issue de ces élections tentera-t-elle enfin de pacifier le climat politique, dans les faits et non seulement dans les mots ?
  • Les élections prochaines seront-elles enfin bien organisées, incontestables et équitables (les élections communales à venir peuvent servir de premier test) ?
  • La corruption sera-t-elle enfin combattue là où elle est la plus nocive, c’est-à-dire près du gouvernement et en haut de l’administration ?
  • Sera-t-il mis fin enfin à l’impunité, surtout quand il s’agit d’amis du pouvoir ?
  • La dépolitisation de l’administration (qui impliquerait nécessairement de fortes frustrations au sein du PNDS vainqueur) sera-t-elle enfin entreprise, comme première étape d’une réforme profonde des services publics ?
  • Va-t-on enfin mettre en chantier une refondation de la santé et de l’éducation, en plaçant la qualité comme priorité ?

Beaucoup de Nigériens se posent ces questions. La plupart d’entre eux refusent la guerre de clans qui a sévi lors des élections et refusent de faire allégeance à l’un ou l’autre camp. Nous ne voulons pas nous faire traiter comme des ennemis ou nous faire cataloguer comme des partisans de l’opposition simplement parce que nous nous exprimons sur ce que nous considérons être des erreurs ou des défaillances du régime.

Espérons que l’équipe dirigeante écoutera désormais un peu moins les courtisans, les commerçants et les politiciens, et un peu plus ces Nigériens déçus ; espérons qu’elle acceptera le bien-fondé de leurs critiques. Le véritable homme d’Etat n’est pas celui qui ne commet jamais d’erreurs (celui-ci n’existe pas), c’est celui qui tire les leçons de celles qui ont été commises.

Il m’est arrivé plusieurs fois de me faire traiter d’idéaliste en raison des propos ci-dessus, et de mon intention de les rendre publics. Si c’est être idéaliste que d’exercer sa liberté de critique face au pouvoir, oui je suis idéaliste ! Si c’est être idéaliste que de déplorer que le PNDS ait reproduit les pratiques qu’il avait critiquées quand il était dans l’opposition, oui je suis idéaliste ! Si c’est être idéaliste que de souhaiter une rupture avec les mœurs politiques qui gangrènent le pays depuis 25 ans, oui je suis idéaliste ! Mais, dans ce cas, beaucoup de Nigériens le sont aussi, et c’est une des quelques raisons d’espérer qui nous restent, face au profond discrédit de l’élite politique dans son ensemble, dont vous n’avez, je le crains, pas pris la mesure, bien qu’il soit une des plus graves menaces qui pèsent sur notre futur.

Oserez-vous la rupture avec les mœurs et routines politiques du passé ?  C’est là que se jouera le vrai bilan de la mandature qui commence.

Source : Marianne.net

PS : Le titre est modifié par la rédaction de Niger Inter