La JEPA, vous connaissez ? C’est la jeunesse de l’opposition regroupée au sein de la COPA 2016 (Coalition pour l’alternance). Il y a quelques jours, ces jeunes ont fait parler d’eux, en se montrant avant-gardistes et plus visionnaires que leurs anciens : ils ont appelé au respect de la constitution du Niger et demandé à leurs camarades et aînés « l’abandon des invectives malsaines et des insultes ».

Après avoir traité ces jeunes de vendus et d’immatures dans un premier accès de colère, les leaders de l’opposition ont honteusement fini par leur donner raison : en effet, dans une de ces démarches paradoxales dont elle seule a le secret, et à travers une déclaration portée dimanche après-midi à la connaissance du public, la COPA 2016 dit reprendre sa place au sein de l’hémicycle et de la Commission électorale nationale indépendante. En somme, elle est partie prenante aux institutions et processus qu’elle voue aux gémonies.

Irresponsable, la COPA 2016 ? C’est ce que disent déjà nombre de ses militants, à l’image de ce groupuscule de la « société civile politique » qui se fait appeler Collectif Résistance citoyenne, et qui entend, par une manifestation le 24 avril prochain, engager le mouvement de restauration de la démocratie et de l’Etat de droit « confisqués au Niger ». Nous saluons la grandeur d’âme des membres du Collectif, que nous avons vu brailler à la télévision, mais nous doutons qu’ils aient été là lors de la revendication démocratique de la fin des années 80, pour prétendre aujourd’hui « ne plus accepter, après tant de sacrifices consentis pour la voir naître et tant de luttes menées, parfois au péril de notre liberté et de notre vie qu’elle soit mise sous coupe réglée et qu’elle devienne la chose de quelques individus ».

N’en déplaise aux collectifs Résistance citoyenne et autres Sauvons le Niger, qui jusque-là n’ont sauvé que quelques individus de l’anonymat, la JEPA et la COPA vont dans le sens de l’histoire plus qu’ils ne vont à Canossa (pour ceux qui ne le savent pas, aller à Canossa- du nom d’une localité italienne- est une humiliation suprême, en référence à la demande de pardon en tenue de pénitent, d’un puissant empereur allemand à un pape sans armée qui l’avait excommunié en 1077).

Pour ramener la COPA à la raison, on parle de médiateurs parmi les anciens dirigeants politiques et les chefs traditionnels et religieux ; mais sa propre introspection a dû beaucoup compter : bien que mis en liberté provisoire par la justice dans l’affaire dite des bébés importés, son nouveau chef de file, Hama Amadou, traîne toujours les pieds du côté de Paris au lieu de venir remobiliser les troupes ; les députés de l’opposition, qui se sont saignés corps et poches pour obtenir le titre d’honorables, ont hâte d’accéder au retour sur investissement des législatives, qui n’est possible que s’ils occupent leurs sièges ; Seyni Omar vit un véritable drame, en devant se battre tous les jours pour maintenir à l’opposition des militants qui ne veulent plus en être ; pour inciter les autres membres de la COPA à effectuer un service minimum à l’assemblée nationale, il a dû menacer de rejoindre le camp présidentiel. Quant à Cissé, l’autre porte-parole de la COPA, il est véritablement ce que l’on appelle une coquille vide, puisque les deux députés de son parti (UDR Tabbat) n’ont jamais mis pied à la COPA et siègent à l’assemblée depuis son installation officielle.

Toutes les voies explorées s’étant avérées sans issue, la COPA reprend sa place, reconnaissant du coup la légitimité du dispositif institutionnel. Ce qui devrait réjouir le président Issoufou, qui a gardé sa main tendue à l’opposition tout en restant ferme sur la légitimité et la stabilité des institutions. La nouvelle disposition d’esprit de l’opposition devrait par contre créer de nouvelles dissensions en son sein, l’ex-exilé de Paris étant maintenant attendu à Niamey pour prendre la tête d’un nouveau front de l’opposition engagé pour la résistance citoyenne. Il reste à savoir si Hama Amadou, comme chat échaudé qui craint l’eau froide, a envie de se battre pour une cause autre qu’une vie (enfin) tranquille au milieu des siens.

Maï Riga (Le Républicain 2073 du jeudi 21 avril 2016)