La politique doit être une activité qui nous oblige à organiser et structurer notre société en vue de sa cohésion et de son développement harmonieux. Elle concerne tous les citoyens directement ou indirectement. Quel qu’en soit notre degré d’implication, nous devons toujours avoir à l’esprit que c’est le sens de l’intérêt général qui doit nous guider et non celui de nos intérêts particuliers et mesquins. Par conséquent, elle doit être empreinte de bonne foi, de fierté et d’engagement.

D’une manière ou d’une autre, nous faisons tous de la politique, soit en militant activement et librement dans des formations politiques, soit en manifestant nos sympathies pour tel ou tel autre parti politique. Nous pouvons aussi sans être militants ou sympathisants d’une quelconque formation politique, prendre position sur beaucoup de sujets politiques d’ici ou d’ailleurs, pour la simple et bonne raison que c’est de notre quotidien et de notre avenir qu’il s’agit. Faire de la politique, c’est donc contribuer ou s’engager sans détours, ni complexe pour le bien être de notre société. Nous devons être animés par le sentiment de bien parler et bien faire sans arrière-pensée. La politique ne doit en aucun cas servir de tremplin pour duper et  nuire ses concitoyens.

Cependant, dans notre pays, ces dernières années nous entendons quotidiennement un raisonnement provenant de certaines personnes malicieuses qui sèment le doute et la confusion dans les esprits des citoyens honnêtes mais non-avertis. Leur argument qui est d’ailleurs un leitmotiv est construit autour de la notion de la neutralité. Ils nous le ressassent chaque fois que nous abordons les controverses politiques, « moi je suis neutre, je ne suis ni militant ni sympathisant d’un parti politique ». Soit, mais nul ne peut empêcher à autrui d’être neutre, il a droit à sa neutralité. Seulement, il faut qu’il sache bien la conduire. Nous avons de nos concitoyens qui se cachent derrière ce concept pour jouer au mercenariat et à la fixation qui frise la pathologie.

Ils prônent et prêchent la neutralité à tout bout de champ. Pourtant, dans tout ce qu’ils disent, écrivent et font, il n’y’a rien de neutre. Leurs prises de position sont toujours biaisées et tendancieuses. Prenons le cas de la dichotomie majorité-opposition et leurs appréciations des deux camps. Ils disent n’appartenir à aucun des deux camps et n’avoir de sympathie pour aucun. S’il vous plait, prenez le temps de les écouter et de les lire. Pour certains d’entre eux tout ce que dit et fait la majorité est toujours faux et erronée et l’opposition a toujours raison. Pour d’autres c’est l’inverse, l’opposition a toujours tort et la vérité est toujours avec la majorité. Voilà, ce qu’ils appellent neutralité. Il arrive à certains parmi eux de basculer dans un camp comme dans l’autre selon la contrepartie offerte ou les rumeurs et les humeurs qui traversent leurs esprits instables.

Malheureusement, ces sophistes sont tapis dans la catégorie sociale de ce que nous appelons pompeusement et à tort » les intellectuels ». Etre intellectuel, ce n’est ni du manichéisme ni de la carence de jugeote et de discernement. C’est plutôt, le courage et la capacité d’apprécier les choses à leurs justes valeurs, c’est aussi faire bon usage de son esprit critique tout en s’engageant pour le rayonnement de sa patrie. Nous leur posons simplement la question de savoir : De quoi ont-ils peur ? Nous avons vaillamment combattu la dictature dans ce pays pour que la démocratie soit une réalité aujourd’hui. Nous sommes dans un cadre réellement démocratique et républicain où certains citoyens veulent même en abuser. Il est grand temps qu’ils sortent au grand jour pour soit approcher et apprécier les débats politiques sérieusement en toute neutralité, soit pour afficher leurs colorations politiques de manière claire, nette et responsable. C’est tout à leur honneur.

Une autre attitude impudique dans la politique nigérienne est celle de l’imposture et de la forfaiture. La triste réalité est que l’éducation civique et politique est le cadet des soucis de beaucoup de nos « politiciens ». Leur stratégie consiste à maintenir le peuple dans l’ignorance et le dénuement  pour mieux l’exploiter. Depuis l’avènement du multipartisme au Niger, nous assistons au dévoiement et au travestissement de la politique. De notre point de vue, on ne peut entrer dans l’arène politique sans un minimum de sagacité, d’honnêteté et de dignité. Nombreux sont les Nigériens qui se cachent derrière la politique pour ne défendre que leurs intérêts personnels. Ils sont tapis dans tous les partis politiques sans exception, ils font semblant de défendre les intérêts de notre pays, mais en réalité ils ne font que s’enrichir illicitement, éhontément et impunément. Nous avons vu toutes les déambulations, les cooptations et les combinaisons politiques des plus diaboliques au plus honteuses et abracadabrantes. La triste réalité, c’est qu’au Niger une race d’individus caractérisée par la laideur morale a fait irruption sur le noble terrain de la politique. Leur principale préoccupation c’est de dribbler et faufiler pour être dans une position au niveau de l’Etat pour piller, rançonner et racketter les honnêtes citoyens et de temps en temps leur donner des miettes dans ce qu’ils ont frauduleusement soustrait au peuple nigérien. Ils sont minoritaires, les femmes et hommes politiques qui dans leurs sphères de responsabilités pensent à « bien faire et laisser dire ». Seuls les avantages qu’ils tirent du pouvoir politique  les intéressent.

Ils ne songent pas du tout à s’investir pour la prospérité de notre pays et surtout pour un avenir radieux des générations futures. Ils ont réduit bon nombre de Nigériens à faire l’apologie du vol et du trafic d’influence. N’est-il pas fréquent au Niger d’entendre de la bouche du citoyen lambda le « conseil » suivant: « Tu fais de la politique, tu as une position, les autres sont en train de s’enrichir illicitement, et toi qu’est-ce que tu attends ? » « Tu es intelligent, utilise astucieusement la position que tu occupes, pense à toi et à ta famille, n’oublie pas que le pouvoir politique n’est pas éternel, profites en ». Il conclut en disant,  » ko yanzou kassoua ta watse, dan koli ya tchi riba ». En français, c’est à peu près ceci, « même si votre pouvoir prend fin aujourd’hui, tu auras tiré ton épingle du jeu ». Comme nous pouvons le constater, dans notre pays aujourd’hui, la turpitude est la règle et l’honnêteté est l’exception. Quel triste sort pour le Niger!

Nous sommes soucieux de la situation préoccupante dans laquelle se trouve notre pays, nous voulons la changer mais nous devons faire preuve de beaucoup plus de bonne volonté. Notre salut réside dans le refus de la soumission et du défaitisme. Le nigéro-pessimisme est un état d’esprit qui ne milite pas en faveur de notre dévouement dans l’édification d’une nation fière et émergente. Il est de notre devoir de dénoncer, combattre et faire payer sans complaisance les opportunistes et les spoliateurs quelle qu’en soit leur appartenance politique. L’incivisme et la kleptocratie dans une démocratie sont incompatibles avec la création des conditions spirituelles et matérielles pour le bien-être  du plus grand nombre de nos compatriotes.

Nous savons que le combat n’est pas facile, il est ardu et périlleux. N’oublions pas que dans notre pays, depuis le début des luttes démocratiques des années 90, le combat politique a toujours été entre les forces politiques qui veulent insuffler le changement et la rupture et les forces hostiles et allergiques aux idées novatrices et progressistes. A l’étape actuelle du combat politique, nous devons être lucides et vigilants pour éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain. Il est tout à fait loisible et constructif d’encourager et soutenir les politiciens qui se sont démarqués et qui ont tout récemment donné des preuves concrètes, à travers leurs réalisations de servir le Niger et non se servir. Nous savons qu’ils sont porteurs d’un projet de société pour l’émancipation et le progrès de notre vaillant peuple.

Aujourd’hui, la situation repose toujours sur le rapport de forces entre d’un côté ceux qui veulent faire évoluer les choses malgré les pesanteurs et les contraintes et de l’autre ceux qui veulent à tout prix étouffer dans l’œuf toute initiative salutaire et légitime pour leurs intérêts égoïstes. C’est vrai que Napoléon Bonaparte disait que : « Dans les révolutions, il y’a deux sortes de gens : ceux qui les font et ceux qui en profitent ». Pour le cas bien précis du Niger, nous ne pouvons-nous permettre l’indifférence et la complicité de laisser faire certains individus et leurs  pratiques qui plombent le développement économique et social de notre pays. Les citoyens sincères ne doivent pas céder aux assauts des malfrats. Quelles qu’en soient par ailleurs, nos différences politique et idéologique, nous avons un minimum sur lequel nous devons nous entendre, c’est la lutte contre la corruption, l’impunité et l’indignité pour l’émergence de notre pays.

Engageons nous et travaillons en synergie pour une véritable éducation politique et civique de nos compatriotes pour faire du Niger un pays où la justice sociale n’est plus une chimère. L’Histoire nous jugera et elle n’épargnera pas les citoyens qui sabotent les ambitions patriotiques des autres.

 

Zakaria Abdourahaman