Inoussa Saouna est présentement préfet du département de Boboye dans la région de Dosso. Il a servi également dans la région de Diffa comme préfet 4 ans durant sous la première mandature du président Issoufou. Avant d’être au commandement, il était acteur de la société civile. En reportage dans le Boboye, il a bien voulu accordé cet entretien à l’équipe de Niger Inter.

Niger Inter : Présentez-vous à nos lecteurs.

Inoussa Saouna : Je m’appelle Inoussa Saouna. Je suis préfet du département du Boboye depuis plus d’un an. Je voudrais d’abord remercier l’équipe de Niger Inter d’avoir effectué ce déplacement et sa contribution pour la promotion de la démocratie et l’état de droit. Votre organe d’un genre nouveau parce qu’en ligne est en train de montrer l’importance d’avoir des jeunes nigériens capables de promouvoir des entreprises de communication à la hauteur des défis de notre pays. Vous contribuez à faire connaitre davantage le Niger et j’encourage vivement votre initiative.

Niger Inter : Les conflits entre agriculteurs et éleveurs constituent un problème récurrent au Niger. Quel est l’état des lieux de la situation dans le Boboye où selon nos informations l’autorité a obtenu des résultats probants?

Inoussa Saouna : Je dirais que c’est une réalité que le Boboye a été régulièrement pointé du doigt comme étant une zone instable où le conflit entre agriculteurs/ éleveurs et agriculteurs/agriculteurs a occasionné de nombreuses pertes en vies humaines. Il faut également déplorer des pertes économiques et la déchirure du tissu social pendant plusieurs décennies. Cette situation avait même créée une sorte de méfiance entre les différentes couches de la communauté. C’est qu’il y a eu une approche au plus haut sommet de l’Etat. Souvenez-vous que déjà en 2012, il y a eu le forum de Birni sur la paix et la réconciliation présidé par le président de République Issoufou Mahamadou en personne. A travers ce forum tous les acteurs : spécialistes du foncier, agriculteurs, éleveurs, chefs traditionnels sont réunis pour chercher à savoir les causes profondes de ce conflit. A l’issue de ce forum, des recommandations pertinentes ont été proposées et ces recommandations ont été régulièrement mises en œuvre. Ce qui fait que pratiquement depuis plus d’un an il n’y a eu aucun conflit agriculteurs et éleveurs, aucun conflit agriculteurs et agriculteurs. Ce résultat est dû justement à plusieurs facteurs notamment l’implication de toutes les couches de la population : les chefs traditionnels, les notables de la région, les acteurs politiques ; il faut aussi noter le côté répressif de l’Etat. Par le passé l’Etat ne s’assumait pas comme il se doit dans la gestion de ces conflits raison pour laquelle on avait toujours obtenu des compromis et arrangements boiteux et temporaires. Aujourd’hui avec le travail de sensibilisation qui a été fait les gens ont compris que la force doit rester à la loi. Et en plus de ces efforts de communication le dispositif sur la gestion du foncier a été renforcé comme voie rationnelle de la prévention des conflits sur la gestion des ressources naturelles. Le résultat de toutes ces actions conjuguées c’est que désormais les gens ont compris en cas de problème foncier il vaudrait mieux aller à la justice plutôt que de chercher à se faire justice soi-même. Je suis fier de vous dire que depuis que je suis là on a enregistré aucun conflit. Mieux, toutes les zones où les gens ont connu des conflits, nous avons organisé des forums locaux pour les réconcilier. Nous sommes résolument dans un processus de l’installation définitive de la paix dans le Boboye. Ceci est à l’actif des populations du Boboye et également des autorités de la 7è République qui n’ont ménagé aucun effort pour que cette situation de paix et quiétude puisse s’instaurer dans le Niger en général et dans le Boboye en particulier.

Niger Inter : vous êtes dans le commandement durant la première mandature du président Issoufou. Quel état des lieux faites-vous de la Renaissance acte I ?

Inoussa Saouna : Effectivement après l’accession du président Issoufou à la magistrature suprême de notre pays, j’ai eu le privilège et l’honneur d’être parmi les jeunes nigériens à qui il a fait appel pour venir l’accompagner dans la mise en œuvre de son programme de Renaissance. Et c’est dans ce cadre que la responsabilité m’a été confiée dans le département de Diffa où j’ai été nommé préfet et j’y suis resté exactement 4 ans. C’est avec beaucoup de plaisir et de bonheur que j’ai participé de manière active à la transformation positive de notre pays dans le cadre de la mise en œuvre de ce programme. Et je le dis très sincèrement, entre 2011 et 2014 dans l’entité où j’ai servi, j’ai vu beaucoup de choses qui ont changé. Et la chose qui m’a le plus touché, ou j’allais dire,  mon baptême de feu était la gestion de la crise alimentaire de 2011 qui était consécutive à la sécheresse de la campagne hivernale 2010/2011. Et c’est la première fois que j’ai vécu cela en face et dans l’action au-delà des clichés que j’avais en restant à Niamey en écoutant les radios et télévisions et les articles de presse. J’ai vu la différence entre la perception qu’on avait et qu’on a encore de notre Niger en restant à Niamey et de ce qu’est réellement le Niger quand tu es sur le terrain. Et j’ai tiré une grande leçon, car comme vous le savez j’étais un activiste de la société civile habitué à la critique facile des actions gouvernementales. J’ai été confronté à la réalité c’est-à-dire la mise en œuvre, le fait de se mettre dans la position d’être critiquer plutôt que celle d’éternel critiquant. Et c’est là que j’ai vu la clairvoyance du président Issoufou qui, très tôt a lancé le programme d’urgence. Ce programme qui a permis en 2011 d’éviter au Niger une hécatombe parce que la sécheresse de 2011 était d’une sévérité extrême particulièrement dans la région de Diffa. N’eût été la précaution prise par les autorités de la 7ème République, la situation aurait été pire que la sécheresse des années 1983/84. J’ai vu comment les autorités nous ont mis la pression d’être aux côtés des populations en créant des activités génératrices des revenus ayant permis aux populations d’acheter la nourriture de rester sur place tout en protégeant l’environnement. J’ai également témoigné en termes d’infrastructures routières avant les actions du programmes de renaissance entre Zinder et Diffa vous mettez 6 heures de temps parce la route était totalement délabrée sur l’axe Zinder Gouré. Avant de quitter Diffa j’ai constaté toute la différence. J’ai également témoigné des aménagements agricoles au bénéfice des populations. Mais j’ai surtout témoigné dans le cadre de l’initiative 3N la transformation des habitudes. Avant les populations de Diffa ne connaissent que la production du poivron et ils le produisent une seule fois par an. Ils le vendent. Ils s’achètent du mil et c’est tout. Aujourd’hui avec l’initiative 3N on a mis en place un système qui permet aux populations de produire non seulement le poivron mais aussi du maïs, du haricot. Avant la tomate, la salade, l’oignon c’était importé de Zinder. Aujourd’hui Diffa produit ces denrées et souvent en surproduction parce que les terres sont très fertiles là-bas. A mon avis le programme de la renaissance acte I a indiscutablement transformé notre pays. Mais il faut l’admettre que le Niger est un pays où tout est prioritaire de sorte que 5 ans c’est vraiment insuffisant pour résoudre substantiellement nos problèmes et défis. Mais je note dans tous les secteurs sociaux de base (santé, éducation, agricultures, infrastructure etc.) le Niger a véritablement changé. Je dirais en substance que le programme de renaissance acte I a permis aux nigériens d’espérer résolument au mieux-être et je ne doute pas que le président de la République va traduire en actes concrets son programme de renaissance acte II voie royale de l’émergence du Niger à tout point de vue.

Niger Inter : Vous étiez également à Diffa lorsque notre pays a connu l’insécurité subséquente aux actions terroristes de la nébuleuse boko haram. Comment expliquez-vous la discorde entre pouvoir et société civile dans la gestion du volet humanitaire de cette crise ?

Inoussa Saouna : Effectivement j’ai séjourné à Diffa pendant quatre ans, j’ai été donc témoins de l’expansion de la nébuleuse Boko Haram dans la région de Diffa. Je  pense honnêtement si il a y a un domaine où nous nigériens devrons être reconnaissant pour le Président de la République Issouffou Mahamadou c’est celui de la lutte contre Boko Haram. En effet,  dès que la secte  Boko Haram a changé de stratégie au Nigéria avec une ambition de conquête territoriale,  le Président de république a convoqué une Réunion des chefs militaires pour planifier et mettre en œuvre l’opération « INGa » qui veut dire bouclier en langue kanouri.

Cette opération a consisté au renforcement des capacités de nos hommes dans la région de Diffa. Ainsi, les FDS ont été équipés en matériels, en hommes sur le terrain mais aussi d’autres mesures spéciales pour remonter le moral des troupes. Lorsque Boko Haram avait conquis en un temps éclair toute les villes frontalières nigérianes avec le Niger, nos hommes étaient prédisposés pour protéger nos fontières. Cette stratégie a permis de protéger la nation si non comme au Nigéria, Boko Haram envisageait conquérir des villes au Niger pour créer des Khalifas.

L’occupation des villes au Nigéria a créé une situation humanitaire sans précédent. En 2014 on estimait à 200 000 réfugiés et retournés venants du Nigéria. A ce niveau aussi le gouvernement a été proactif pour mobiliser les partenaires humanitaires afin d’intervenir rapidement pour prendre en charge cette situation. Il est  évident dans la gestion d’une crise comme celle créée par Boko Haram la gestion est complexe et peut susciter des réactions notamment des organisations de la société civile. Mon point de vue sur ce sujet est qu’en pareilles circonstances toute action ou position qui aura pour effet de moraliser nos troupes en stigmatisant est contreproductive. Je pense quand un pays est en face d’une menace sur son intégrité territoriale par une nébuleuse criminelle qui n’a aucune limite, c’est du devoir de chacun de soutenir l’état et d’apporter sa contribution pour corriger là où il y a des manquements.

Mais se constituer comme une force d’opposition au gouvernement dans cette matière ne me parait pas responsable. Mais chacun à sa vision des événements et ses convictions.

Niger Inter : vous l’avez dit tantôt, vous êtes acteur de la société civile. Avec le recul quelle appréciation faites-vous des actions de la société civile aujourd’hui dans l’accomplissement de sa mission ?

Inoussa Saouna : J’ai participé activement à tous les mouvements de la société civile nigérienne en faveur de la défense des causes sociales ou la défense de la démocratie.  Depuis 2011 donc je suis en retrait à cause de mes fonctions. Cette position m’a permis d’avoir une analyse de dehors. C’est-à-dire quitter la position du critiquant pour être dans la position du critiqué. Apprécier à juste valeur beaucoup d’acteurs qui travaillent honnêtement et en toute impartialité pour le renforcement de la démocratie, la préservation de nos libertés et la promotion des acquis sociaux. J’ai constaté que la plupart des camarades de la société civile ne connaissent pas en réalité notre pays. On est tous à Niamey en train d’imager un Niger qui est loin de ce que l’on pense. Cela fait que les actions n’ont pas une grande répercussion à l’intérieur du Pays. J’ai noté aussi qu’il y a des acteurs de la société civile qui ne voient que du noir dans ce pays. Il faut noter depuis les mouvements contre la vie chère des années 2005 auxquels nous avons pris activement part, le mouvement de la société civile nigérienne est devenu un acteur incontournable sur toutes les questions qui engagent la nation.  Profitant de ce rôle noble est apparu une nouvelle caste de la société civile qui sous le couvert de cette position constitue en vérité une catégorie spécieuse de politiciens.  Le comportement qu’on a observé durant le processus électoral qui vient de s’achever a démontré bien l’existence de cette caste.  Etre acteur de la société civile est une mission bénévole et noble qu’on s’est donnée, ce qui nécessite un comportement d’impartialité lors des débats politiques. Cette position permet d’être un recours en cas de difficulté entre les acteurs politiques comme on le constate dans d’autres pays. On peut défendre ses positions de principe sur le respect des valeurs démocratiques tout évitant de s’inféoder aux acteurs politiques. Hélas nous avons constaté le comportement de certains camarades  sous le couvert de la société ont joué un rôle politique majeur en connivence avec des forces politiques dans le but de saper et discrédité le processus électoral. Ce faisant on souille la société civile et on la discrédite dans son  rôle de veille démocratique.  On doit s’inspirer de nos amis de la sous-région.

Niger Inter : que pensez-vous des acteurs de la société civile qui n’observent aucune ligne de démarcation entre leur rôle et la politique ?

Inoussa Saouna : Je pense sincèrement quand on accepte de s’engager comme acteur de la société civile ou libres penseurs  on se doit d’avoir une ligne de démarcation avec la politique. Cela pour sa propre crédibilité.

Ils sont nombreux des acteurs de la société civile qui ont décidé en toute responsabilité de s’engager dans la politique. C’est un choix personnel et un engagement aussi  qu’il  vaut mieux faire en lieu et place du camouflage.

Je ne suis pas d’accord avec tous ces gens  sous le label de la société civile qui sont en réalité des acteurs politiques déguisés. Il faut avoir le courage de sortir ouvertement faire sa politique c’est aussi un engagement noble.

 C’est mon cas par exemple des que je me suis engagé  politiquement du coup je m’abstiens de parler et donner une position au nom de la société civile. Je demande à mes amis d’observer une certaine éthique dans ce sens. A mon avis c’est ainsi seulement à mon sens qu’on pourrait assurer  la relève.

Réalisée par Elh. Mahamadou Souleymane et Abdoul Aziz Moussa