Dr Saidou Hangadoumbo est un doyen de l’athlétisme nigérien. Il préside présentement l’Association des Anciens Athlètes du Niger (ADAAN). A l’occasion de la fête de la Concorde nationale, l’ADAAN vient d’organiser à Tillabery une rencontre sportive. Dans cet entretien, l’ancien pistard au semi-marathon parle des vertus du sport, l’état des lieux de l’athlétisme et de la politique sportive du Niger.

 

Niger Inter : Présentez-vous à nos lecteurs.

Dr Saidou Hangadoumbo : Je m’appelle Dr Saidou Hangadoumbo. Je vais me présenter sur le plan sportif pour être bref. Je suis un ancien coureur de 5.000 m, 10.000 m et de semi-marathon. J’ai commencé mes premiers pas en athlétisme grâce à la semaine sportive de la Nigelec en 1977. Au niveau des compétitions nationales je suis plusieurs fois médaillé de la semaine de la Nigelec, du Festival National de la Jeunesse, etc. et détenteur de plusieurs coupes. Entre autres : les coupes des 1 ere et 2 eme édition du cross du centre culturel Franco-Nigérien.

J’ai participé à plusieurs compétitions internationales civiles, militaires et universitaires en Afrique, Europe et aux USA dont des compétitions de la CONFEJES, championnat du monde militaire, des jeux universitaires et des meetings d’athlétisme de la sous-région (Mali, Burkina, Benin, etc).

En 1978, le Ministère de la jeunesse et des sports m’a désigné comme  le meilleur sportif de l’année, toutes les disciplines sportives confondues

Ma plus belle satisfaction a été ma double victoire, médaillé d’or sur les 5000 et 10000 contre un athlète redouté de Maradi, Mr Bouzou, au Festival de la Jeunesse de Dosso en 1980. Ce dernier a abandonné la course avant le 5 ème Km et transféré à l’hôpital dans la finale des 10000 mètres.

Niger Inter : Vous êtes président de l’Association des Anciens Athlètes du Niger (ADAAN). En tant que sportif quel est l’impact du sport sur notre santé ?

Dr Saidou Hangadoumbo : L’impact du sport sur notre santé a été démontré par plusieurs études. Cet impact est aussi vécu au quotidien par beaucoup de gens. Il est inestimable. Le sport permet un équilibre entre notre corps et notre esprit. Il stimule la physiologie de notre corps. Il booste aussi notre immunité. La combinaison de ces avantages permet de lutter contre beaucoup de maladies, allant des simples maux aux grands problèmes de santé publique comme le diabète et l’hypertension artérielle.

Cet impact sur notre santé permet d’être productif et de contribuer au développement économique de notre pays. Il permet de faire aussi des économies non négligeables sur les dépenses de santé des pouvoirs publics.

 Niger Inter : Vous êtes relativement âgé et vous continuez la pratique du sport. D’aucuns pensent que le sport c’est surtout pour les jeunes. Que pensez-vous ?

Dr Saidou Hangadoumbo : Le sport est très bénéfique pour tous les âgés et  ses vertus peuvent être communes à tous les âges. Il faut aussi noter que chaque âge peut avoir ses avantages spécifiques. Par exemple, pour les personnes âgées, le sport permet de lutter contre beaucoup de maladies comme celles que je viens d’énumérer plus haut. Le sport est un facteur qui contribue à améliorer notre santé s’il est régulièrement et bien pratiqué.

Niger Inter : Votre association vient d’organiser une manifestation sportive à Tillabéry le 23 Avril dernier, quel objectif avez-vous assigné à cette rencontre ?

Dr Saidou Hangadoumbo : Il y a les objectifs de l’association qui sont :

–          Contribuer  à la détection des jeunes athlètes

–          Contribuer au développement de l’athlétisme au Niger

Dans le cadre spécifique de la journée de la concorde nationale, l’objectif était de contribuer à la consolidation de la paix à travers le sport qui est un puissant moyen de rapprochement entre les citoyens d’un même pays et entre les peuples du monde entier.

 Niger Inter : En tant que président de l’Association des Anciens Athlètes du Niger, quelles sont les difficultés de nos athlètes aujourd’hui ?

Dr Saidou Hangadoumbo : Ces difficultés se classent en deux catégories :

Premièrement, les problèmes des athlètes en activité sont nombreux. Il y a une insuffisance de meetings d’athlétisme sur le plan national, une insuffisance de participation aux compétitions sous régionales, régionales et internationales, un suivi non approprié des athlètes sur tous les plans

Secundo, les problèmes des anciens athlètes qui nous concernent le plus, sont énormes. Ils ont pour noms l’abandon total des anciennes gloires, leur non implication dans l’organisation des manifestations sportives nationales, un manque de statut des anciens athlètes, une perception de concurrence au lieu de complémentarité à l’endroit de la Fédération Nigérienne d’Athlétisme.

Depuis plusieurs années, le Niger été admis au niveau mondial comme membre de l’association des anciens athlètes. Nous avons été invités à des assemblées générales par les plus hautes autorités du sport mondial. Malheureusement, la Fédération Nationale d’Athlétisme a toujours  refusé son soutien afin que le Niger participe à ces assemblées générales au niveau mondial. Dans l’intérêt de l’athlétisme et pour éviter une polémique inutile, nous avons renoncé à poursuivre la fédération pour abus de pouvoir.

 Niger Inter : Comment motiver les jeunes athlètes à développer leur potentiel ?

Dr Saidou Hangadoumbo : Comme tous les autres sportifs, pour être motivés, les athlètes ont besoin de plusieurs compétitions, d’un encadrement technique de haut niveau, des prix, de certificats de témoignage, d’un complément alimentaire, des frais de transport, des regroupements sportifs, des stages. Les motivations pécuniaires ne sont pas négligeables également.

Quelle est votre appréciation de la politique sportive de notre pays notamment l’athlétisme que vous connaissez-bien ?

Dr Saidou Hangadoumbo : Comme vous le savez, dans notre pays, les politiques, dans tous les domaines, sont irréprochables. Le problème est l’application des textes. Par exemple, il y a des textes récents sur le statut des anciens sportifs de haut niveau. A ma connaissance, l’application de ces textes n’est pas effective.

 Il faut des hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Il faut des hommes et des femmes qui aiment le sport. Par exemple quand Mr Boulama Manga était ministre dans les années 1977-1978, il allait courir tous les matins au stade. Le sport était obligatoire pour tout le staff de son ministère avant d’aller au service. Il donnait l’exemple. Il liait l’acte à la parole.

En plus des problèmes d’hommes et femmes, il faut ajouter la mauvaise gestion des moyens et l’insuffisance de ces derniers.

Niger Inter : Le Niger vient de renouer avec les championnats scolaires pendant les grandes vacances. Comment appréciez-vous l’apport de ces rencontres scolaires pour booster le sport chez les jeunes ?

Dr Saidou Hangadoumbo : Ces championnats scolaires sont très importants. Ils sont d’une part un facteur de brassage des jeunes. D’autre part, ils permettent aussi et surtout de détecter des nouveaux athlètes et permettent aux anciens d’améliorer leurs performances.

Cependant, il faut signaler que ces championnats ne doivent pas être de simples promenades de santé pour les élèves. Ils doivent être précédés d’une pratique du sport pendant les cours d’éducation physique et sportive et des compétitions sportives locales. Très malheureusement, la pratique du sport diminue dans les établissements scolaires. Presque tous les élèves s’arrangent à avoir des dispenses pour ne pas pratiquer le sport à l’école. Pour atteindre les objectifs des championnats scolaires, le statu quo doit changer. Il faudrait que cette initiative soit capitalisée pour détecter des talents une promotion effective du sport dans notre pays.

Propos recueillis par Elh. M. Souleymane