Il est de coutume que les medias, et bien d’autres types d’observateurs, marquent les 100 premiers jours d’un régime politique, non pas en dressant son bilan (la période est bien trop courte pour cela) mais en analysant  ses orientations. Il s’agit pour eux de  voir, en quelque sorte, si les premiers actes posés vont dans le bon sens et augurent de lendemains meilleurs pour le pays et ses citoyens. Les départs ratés, en effet, se rattrapent difficilement, d’où l’importance d’observer ces 100 jours.

Et que doit-on justement en retenir ? Que s’est-il passé depuis le 2 avril 2016, date de prestation de serment du Président Issoufou, pour un second mandat de cinq ans ?

Pour l’essentiel, il y eut le généreux discours d’investiture, qui confirme les options majeures du programme de Renaissance, dont les réalisations atteignent maintenant, dans tous les secteurs, leur vitesse de croisière : oui, le Niger est en chantier, cela se voit, et l’on voudrait que ça continue, à un rythme encore plus soutenu.

Le Président Issoufou a, dès sa prestation de serment, renouvelé sa confiance à M. Brigi Rafini pour conduire l’action gouvernementale, au poste de Premier ministre. Cela n’a surpris personne d‘ailleurs, les Nigériens dans leur grande majorité reconnaissant à cet homme compétence et intégrité, ardeur au travail et pondération.

Si la reconduction de M. Brigi a été unanimement saluée, il n’en a pas été de même pour la nomination de ses ministres, qui a suscité les foudres de plus d’un Nigérien. L’équipe gouvernementale, bien que comprenant quelques valeurs sûres, est tout d’abord considérée comme pléthorique (40 ministres), la plus pléthorique jamais composée au Niger : à titre d’exemples, des directions nationales sont élevées au rang de ministères, et deux ministres ont carrément quelques prérogatives de maires. Tout cela, parce qu’il a fallu « partager » entre plusieurs formations politiques ayant soutenu le candidat Issoufou.

Autre conséquence de cette situation, le cabinet est peuplé de chefs de partis, au détriment des technocrates dont notre administration a tant besoin pour sortir de sa léthargie,  de son manque d’initiatives et de son absence d’innovation. Sans compter la moralité douteuse de certains membres du gouvernement (au moins un) qui, en ce moment même ou par le passé, ont maille à partir avec la justice ; et la présence en son sein de personnalités ayant  une attirance particulière (et donc suspecte) pour uniquement les postes de ministres.

Ce gouvernement, espère-t-on, est  provisoire, sa rectification étant un impératif de bonne gouvernance, pour le ramener à des proportions acceptables en nombre, et en expurger les brebis galeuses (repris de justice et incompétents notoires).

Trois mois, disions-nous, c’est un peu court pour juger l’action. Et pour ce qui est des premières orientations du pouvoir nouveau, l’on peut considérer comme bons points les lignes tracées par Issoufou lors de son investiture et la reconduction de M. Brigi Rafini. Et comme mauvais point la formation du gouvernement, en rupture  avec la nécessité de rationaliser les services de l’Etat, la modestie de moyens de notre pays et les valeurs fondatrices du parti présidentiel et des Institutions  de la République, qui réprouvent sans ambiguïté les inconduites morales des dirigeants et les actes de mal gouvernance.

Maï Riga (Le Républicain nO 2075 du 4 mai 2016)