Plus de deux ans après son enlèvement en avril 2014 par Boko Haram dans une école secondaire de Chibok, au nord-est du Nigeria, Amina Ali est libre. Elle est la première des 219 lycéennes enlevées par le groupe terroriste à recouvrer la liberté.

Une fillette de quatre mois

Amina Ali, qui avait 17 ans lors de son enlèvement, a été secourue mardi dans la zone de la forêt de Sambisa (État de Borno), connue pour être le bastion de Boko Haram.

Dans un communiqué publié mercredi 18 mai, l’armée nigériane a précisé les circonstances du retour de la jeune femme. Mardi, des soldats et des villageois membres d’une milice d’autodéfense – qui assistent les militaires nigérians dans la lutte contre Boko Haram – ont été déployés à Baale, près de la ville de Damboa (à 40 km de Chibok). Ils ont « secouru une Mademoiselle Amina Ali et un terroriste présumé de Boko Haram, Mohammed Hayatu, qui prétend être son mari », indique le porte-parole de l’armée, Sani Usman.

Une enquête ouverte contre son mari

Sur une photographie fournie par l’armée nigériane, on peut voir une jeune femme hébétée, assise sur une chaise en plastique, portant un long hijab de couleur claire, un pagne rose et de simples tongs. Elle porte d’une main un bébé, présenté comme sa fillette de quatre mois, Safiya.

Celui qu’elle présente comme son mari apparaît également sur l’une des photographies dévoilées par l’armée. Ce dernier, Mohammed Hayatu, est pour l’heure considéré comme un « terroriste présumé de Boko Haram ». Selon le porte-parole de l’armée, le colonel Sani Usman, il « fait l’objet d’une enquête approfondie au Centre Conjoint de Renseignements » et il est « bien traité ».

La plupart des autres captives toujours en vie ?

Peu d’informations ont pour l’heure filtré à ce sujet. Interrogés par la presse, des porte-paroles du mouvement BringBackOurGirls ont assuré que la jeune femme « a fourni des informations utiles sur le fait que les autres lycéennes étaient toujours retenues captives dans la forêt de Sambisa ».

Selon l’un des responsables locaux du mouvement, Amina a également dit qu’au moins « six d’entre elles étaient déjà mortes ». Des informations qui n’ont pas été confirmées par les autorités nigérianes et qui restent donc à prendre avec beaucoup de précaution.

Rencontre prévue avec Muhammadu Buhari

Plus d’informations pourraient être diffusées ce jeudi par le président Muhammadu Buhari, qui reçoit la jeune femme dans l’après-midi, a déclaré le gouverneur de l’État de Borno. Amina Ali doit prendre l’avion de Maiduguri, capitale de l’État de Borno, pour Abuja jeudi après-midi, a précisé Kashim Shettima.

Selon l’armée, la jeune rescapée a été transportée à Maiduguri dans un hélicoptère militaire, depuis une caserne de Damboa, à 90 km de là, avec son bébé de quatre mois et l’homme qu’elle présente comme son mari.

« Avant cela, ils ont été examinés par un médecin de l’armée de l’air et leur état de santé a été jugé stable, avec une tension normale », a indiqué mercredi le porte-parole de l’armée.

Formidable explosion de joie à Chibok

Après avoir été libérée par les miliciens, la jeune femme a d’abord été ramenée à sa mère, Binta Ali, dans sa localité natale de Mbalala, près de Chibok. « La fille et la mère sont tombées dans les bras l’une de l’autre, et la mère a éclaté en sanglots », a rapporté un chef communautaire de Chibok. Amina et son frère Mai sont les seuls enfants encore vivants de Binta Ali, la soixantaine. Ses onze autres enfants sont tous morts. Le père d’Amina est par ailleurs décédé de maladie pendant la captivité d’Amina.

Des parents et des voisins se sont rapidement réunis pour fêter ces retrouvailles, chantant et manifestant leur joie. Le patron des opérations humanitaires Stephen O’Brien, en visite à Maiduguri, a ainsi déclaré que ce retour avait été accueilli localement comme « une nouvelle formidable », mais il a également rappelé que « des milliers » d’autres personnes restaient aux mains du groupe, suscitant l’inquiétude des familles.

Selon plusieurs ONG de défense des droits de l’Homme, les milliers de femmes enlevées depuis le début du conflit par Boko Haram sont bien souvent transformées en esclaves sexuelles ou en bombes humaines, tandis que les garçons et les hommes sont enrôlés de force par les rebelles.

Jeune Afrique