MESDAMES ET MESSIEURS

Je voudrais commencer par remercier, au nom du Président de la République, ce grand rassemblement des femmes de ce matin  par lequel nous célébrons, comme chaque année la mobilisation mémorable d’un certain 13 mai 1991. Ce jour-là une élite des femmes du Niger avait cru pouvoir ne pas accepter ce qu’elles avaient considéré comme une forme de banalisation des femmes à travers la place mineure qui leur avait été faite dans la Commission devant préparer le grand événement de la Conférence nationale en perspective.

Leur révolte de ce jour-là a acquis depuis lors une valeur emblématique et nous voilà qui célébrons cette journée comme le symbole d’une certaine victoire de la femme nigérienne.

 Cette journée se veut comme un moment de réflexion visant à faire une évaluation du combat réalisé sur le long chemin escarpé de l’émancipation de la femme au Niger. C’est pourquoi le thème retenu cette année est libellé  » l’autonomisation des femmes en lien avec le développement durable ».  Ce thème en soi résume tout le défi auquel sont confrontées les femmes, mais ce défi, plus qu’un défi pour les femmes est un défi pour notre société tout entière. Aussi bien requiert-il notre mobilisation à tous, hommes et femmes politiques, acteurs sociaux comme acteurs économiques.

Ce thème cadre opportunément avec les engagements pris par notre pays lors du sommet sur le développement durable tenu le 25 septembre 2015, à l’occasion duquel les États membres de l’ONU ont adopté un nouveau programme de développement durable comprenant un ensemble de 17 objectifs mondiaux  visant à lutter contre la pauvreté, les inégalités, l’injustice et les effets du changement climatique d’ici à 2030.

MESDAMES ET MESSIEURS,
JourneedelafemmeDans notre pays, malgré leur nombre ( plus de 50,60% de la population) les femmes sont confinées dans un statut social pour ainsi dire minoré et sont confrontées à des difficultés particulièrement aiguës tant sur le plan social que sur le plan économique. Ces difficultés portent des noms terribles, qui sont:
– la pauvreté: il est établi en effet que dans notre société où prévaut  tant de pauvreté, 4 pauvres sur 5 sont des femmes. Cette inégalité se reflète dans les statistiques à travers le taux de la consommation par tête d’habitants qui est de 45% inférieure au sein des ménages dirigés par les femmes. Elle s’exprime dans l’accès aux crédits (17,5% des demandes sont satisfaites  pour les femmes contre 27,4% pour les hommes) ainsi que dans les opportunités d’emploi (27% pour les femmes contre 51% pour les hommes).

– La mortalité maternelle: un véritable fléau tel que l’expriment les 535 décès pour 10000 naissances pour l’année 2012. Les décès liés à la maternité représentent 39% des décès des femmes en âge de procréer et 34% des décès des jeunes filles âgées de 15 à 19ans.

– la morbidité maternelle: on évalue à près de 800 le nombre de nouveaux cas de fistules obstétricales au Niger chaque année, pour ne  rester que  dans le  registre hideux de cette pathologie  inacceptable.

– l’analphabétisme: 73% des femmes ne savent ni lire ni écrire. Seulement 57% des filles sont inscrites à l’école primaire; au niveau du secondaire elles sont seulement 10%.

– la dernière difficulté que je vais citer est relative à la faible résilience des femmes aux effets du changement climatique, en particulier dans le domaine de l’insécurité alimentaire.

Mesdames et Messieurs,
la situation que je viens de dépeindre très rapidement est éloquente et met en évidence le manque à gagner qui résulte dans le domaine du développement du pays du sort qui est réservé aux femmes. Pourtant des initiatives n’ont pas manqué d’être prises ces dernières années, dont les effets s’ils n’ont pas été spectaculaires sont loin d’être négligeables: ainsi est-il :
– du Programme « Adolescentes » visant à réduire les mariages et les grossesses des enfants. Il faut dire que c’est là le défi de tous nos défis en matière de lutte contre la pauvreté. Il est intolérable que des enfants sans revenus soient mariés et commencent de façon précoce à fabriquer littéralement des enfants auxquels ils ne peuvent assurer le minimum élémentaire.
– de la mise en place des plusieurs systèmes de filets sociaux pour faire face à la crise alimentaire, au nombre desquels le cash transfert au profit des villages déficitaires. Ces opérations ont  pour cible de prédilection les femmes appartenant aux ménages les plus vulnérables.
– du fonds de solidarité au profit des femmes rurales;
– de l’ouverture des lignes de crédit exclusivement destinées aux femmes;
– de la dotation de plusieurs groupements féminins en équipements d’allègement des tâches domestiques dans toute les régions du pays;
– de l’instauration de la gratuité de la césarienne, de la consultation prénatale, du dépistage et de la prise en charge des cancers gynécologiques ainsi que de la gratuité des soins des enfants de 0 à 5 ans.

Mesdames et Messieurs,
Je disais tantôt que le défi de l’autonomisation de la femme est le défi du développement de notre pays. Et au cœur de cette problématique sont logées 2 questions que le Président Issoufou Mahamadou a mis en exergue avec insistance à l’occasion de son discours d’investiture le 2 avril dernier. La première question est celle qu’il a résumé à travers le concept de la Renaissance culturelle lorsqu’il nous a convié à repenser notre rapport au temps, au travail, au bien public, à la politique et à tous ces actes anodins que nous posons tous les jours mais qui sont les symptômes de problématiques aux enjeux bien plus vastes. Le Président nous a appelé à un véritable changement de mentalité afin que nous intégrions un tant soit peu les exigences de la modernité sans laquelle nous continuerons à végéter dans l’impasse de nos difficulté actuelles qui étaient déjà les difficultés des nombreuses générations qui nous avaient précédées. En vérité la femme est l’enjeu central de la Renaissance culturelle. Nous ne serons vraiment modernes que le jour où nous aurons fait une autre place à la femme en lui donnant les moyens de son autonomie.
La deuxième question soulevée par   le Président de la République est celle   de la transition démographique si indispensable pour le développement de notre pays et la prospérité de notre société.

 Ces deux questions sont dialectiquement liées et elles ont pour enjeu commun la femme et son autonomisation. Comme marque de son engagement dans le sens de ce combat le Président de la République a créé un ministère spécialement dédié à la question de la démographie et un ministère de la Renaissance culturelle et de la modernisation sociale.

Cette journée doit donc ëtre mise à profit pour que nous réfléchissions ensemble, les hommes et les femmes, afin de tirer le meilleur profit des acquis institutionnels générés par l’engagement tout particulier du Président Issoufou Mahamadou. C’est là le meilleur des gages de notre fidélité à l’esprit du combat des vaillantes femmes du 13 mai 1991. C’est aussi la condition des avancées auxquelles nous aspirons.

Je vous remercie