On l’entend souvent dire, c’est sans cesse ressassé, et certains medias privés l’évoquent comme si leur propre souffle en dépendait : la communication gouvernementale laisse à désirer.

Face aux critiques en tous genres qui lui sont portées, nous ne défendrons pas la communication gouvernementale, mais nous ne lui jetterons pas la pierre non plus. Nous sommes cependant convaincus qu’elle est largement incomprise.

On voudrait que la com’ du gouvernement réponde à toutes les attaques visant l’action gouvernementale, on en oublie que seul celui qui agit est l’objet de critiques, le plus souvent de la part de ceux qui ne font rien. Faudrait-il toujours leur répondre ?

On voudrait que la com’ du gouvernement démente toutes les déclarations de l’opposition, de ses medias et de ses organisations de la société civile ; on feint de voir qu’une telle réaction amplifie le message initial et fait donc le jeu de ses auteurs. On l’a vécu souvent, l’opposition, à travers notamment ses alliés médiatiques et le colportage de rumeurs, a tenté d’installer dans les esprits l’idée que le Niger traversait une grave crise politique et était au bord de l’implosion. Cela a si bien fonctionné à l’extérieur que des médiateurs nous ont été envoyés par la communauté internationale, qui ont découvert sur place qu’il n’en était rien. Une communication qui riposterait à ces manœuvres politiques contribuerait tout simplement à accréditer la thèse de la crise.   

L’observation du comportement de l’opposition et de ses relais nous apprend entre autres que ces organisations ne sont nullement intéressées par la vérité : lorsqu’elles s’expriment, c’est uniquement dans le but de nuire, de discréditer l’adversaire politique. Or, celui-ci, tenant du pouvoir, détenteur d’une légitimité issue des urnes, est censé agir pour le bien commun. De ce fait, il n’a guère besoin de se justifier tous les jours face aux accusations de l’opposition que le peuple a choisi de ne pas porter au pouvoir.

Nous ne nous étendrons pas sur les agitations de ceux qui considèrent que la communication est « nulle » parce que ce ne sont pas eux qui la font. C’est un des traits de notre  pays, et il commence à un niveau hautement politique : ne nous fait-on pas croire que le Niger est « mal géré » parce que les leaders de la COPA ne sont pas à sa tête ?

Nous ferons aussi l’impasse sur tous ceux qui font observer que les medias proches de l’opposition (TV et journaux) sont bien suivis. C’est normal : le public des medias est ainsi fait que partout dans le monde, il se délecte de l’hostilité au gouvernement. Les alternances au pouvoir font que chaque camp politique en profitera un jour…

La communication gouvernementale souffre certes du mauvais usage des medias publics par les dirigeants, dont certains pensent que communiquer c’est passer à volonté à la télé nationale ; elle est ravagée par la frilosité de beaucoup de ministres, qui assistent passivement à leur propre lynchage médiatique ; elle souffre d’être principalement tenue par des journalistes et d’autres profils inadaptés, là où il faut des « communicants » ; elle manque souvent de moyens matériels et financiers (paradoxalement, ceux-ci sont davantage mobilisés par les oppositions politiques) parce que le gouvernement a d’autres priorités. Mais elle a le mérite d’éclore et d’intéresser enfin les acteurs politiques, les medias et les observateurs de tous bords.

Maï Riga (Le Républicain No 2078 du 26 Mai 2016)