Effet de la lourdeur liée à leur nombre ou à leur disparité ? Ou de la lenteur que dicte toute précaution au démarrage ? Nul ne le sait. Toujours est-il que le gouvernement Brigi 2, nommé le 11 avril dernier, semble avoir du retard à l’allumage. Pour ainsi dire, le pays est sorti des élections mais le travail n’a guère repris. La machine administrative, qui attendait les nouveaux ministres pour se remettre en marche, scrute encore on ne sait quel signe, plus fort que les femmes et les hommes qui ont été placés à sa tête.

Nous avions déjà défendu dans ces lignes que la pléthore du gouvernement était un vrai problème, une équipe resserrée étant toujours, par nature, plus soudée dans l’action et mieux organisée dans les attributions de ses membres ; nous avions aussi fait valoir qu’un rajeunissement de l’équipe ne pouvait que faire du bien au pays, les ministres qui ont cumulé plusieurs années en poste ayant en principe atteint les limites de leurs capacités à innover ; nous avions enfin estimé que le gouvernement devait contenir plus de technocrates que de politiques, car le deuxième mandat de Issoufou Mahamadou avait besoin de se donner toutes les garanties de réussite (pour une sortie en panache), ce que ne permettrait pas une équipe de chefs de partis.

Nous avions appelé de nos vœux un gouvernement rajeuni, resserré et technocrate pour donner un coup de fouet salvateur à notre administration, devenue au fil des ans sclérosée, attentiste, routinière, incompétente, sans imagination, et même corrompue, comme le témoignent de récents événements.

La quasi léthargie qui frappe l’action gouvernementale depuis cinq semaines nous donne malheureusement raison : depuis qu’ils sont nommés, la plupart des ministres en sont encore à chercher à comprendre comment fonctionne leur entité. Ils visitent les installations techniques et les bâtiments (que certains connaissaient très bien déjà), s’enquièrent des conditions de travail du personnel (même quand ils en faisaient partie il y a peu) et promettent des solutions (des promesses qu’ils continueront de faire jusqu’à leur départ). On connaît ça comme dirait l’autre, et ces visites, menées dans une forme immuable depuis des décennies, symbolisent à elles seules le mal profond qui ronge notre administration : la non créativité.

Cinq semaines, c’est peut-être trop peu pour faire bouger les lignes, mais c’est suffisant pour se familiariser avec le personnel et les dossiers, dépoussiérer les organigrammes, choisir ses principaux collaborateurs et impulser une dynamique nouvelle aux services. C’est ce que n’arrivent pas encore à faire nombre de nos ministres, et c’est ce qui est source de cet attentisme constaté dans l’administration.

L’administration, faut-il le rappeler, est le moteur du développement. La qualité de son encadrement politique et technique, la compétence, la loyauté et le patriotisme de ses cadres, la disponibilité de ses services et la confiance des citoyens constituent les fondements de son efficacité. Un département ministériel – celui de la Renaissance culturelle – a été créé en avril pour, entre autres missions, refonder l’administration nigérienne et changer nos mentalités, vis-à-vis notamment de la chose publique. Nous attendons que le ministre Assoumana Malam Issa sorte aussi de la routine des visites de services pour nous montrer l’essentiel : la voie à suivre. Car, c’est bien chez lui que ça doit commencer.

Maï Riga (Le Républicain no 2077)