Trouver un logement à Niamey relève de l’exploit. Les prix des loyers grimpent sans cesse. Dans toutes les catégories du célibatérium aux appartements, les bailleurs ne font que monter les enchères. Une sorte de sélection naturelle s’instaure de plus en plus : les plus pauvres se retrouvent résolument à la périphérie. Chose inquiétante, à moyen et long termes, quel sera le sort du nigérien moyen quand on sait que la politique du transport urbain reste assez timide. A qui la faute ? C’est justement ce que la rédaction du Républicain et ses lecteurs voudraient bien comprendre. Quelques acteurs donnent ici leur ébauche de la problématique du loyer à Niamey.

« Je paye le loyer de cette mini villa à 60.000f pendant plus d’un an et un jour débarqua notre bailleur que je ne connais même pas. Il m’intima qu’à compter de ce mois le loyer passe à 80.000fr soit 20.000f de plus. Sans autre forme de procès, il me dit que c’est juste une information et si je ne peux pas payer c’est le moment de me trouver une autre maison. J’étais très sidéré parce qu’il n’a rien aménagé dans la maison qui pourrait au moins justifier cette subite augmentation », nous confie ce jeune médecin du CHR de Tillabéry, possédant un appartement de location à Niamey, Route Filingué.

D’aucuns disent que la flambée des prix des loyers incombe aux intermédiaires qui ont en charge la gérance des biens d’autrui. « La majorité des intermédiaires qui ont en charge la gérance des biens d’autrui sont à la base des augmentations des prix des loyers. Ceux qui n’ont pas ce pouvoir sont de mèche avec certains bailleurs sans pitié pour les inciter à augmenter car selon eux l’appartement du bailleur occuperait une position géographique importante qui lui permettra de mettre la barre haute pour mieux profiter », affirme ce chauffeur lui-même locataire.

C’est pourquoi, une maison habitée au mois de février à 30.000f lorsqu’elle change de locataire le mois prochain elle oscillera entre 30.000f à 40.000f, raconte M. Mahamadou, intermédiaire depuis 2010 dans un quartier populaire de Niamey. Parmi ces intermédiaires, il y a ceux qui ont pour mission de vous trouver une maison et en retour vous leur donnez 2000f voire 5000f en fonction de la maison et du quartier. Juste les ‘’frais de déplacement’’. C’est de cette activité que nous vivons et entretenons nos familles même s’il y a des brebis galeuses qui cherchent à ternir notre image, ajoute M. Mahamadou.

Selon Elh Niandou (un bailleur), il n’est pas question que ses maisons soient confiées à des intermédiaires pour une quelconque gérance. « Mes maisons sont gérées par moi-même parce que je ne veux frustrer personne, je veux plutôt aider ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir un appartement. En ce qui me concerne je fais du social car mes maisons sont à prix bas pour permettre aux locataires de payer facilement sans bagarre et sans rancune. Par exemple mes célibatériums depuis 2005 à aujourd’hui sont à 20.000f. Ils n’ont connu aucune augmentation et je ne souhaite pas le faire ».

En marge des généreux bailleurs existent aussi des ‘’cruels’’ animés de mauvaise foi. C’est ainsi que « pour nous (les locataires) vider de sa cour commune, il a avancé le prétexte de vouloir effectuer des travaux colossaux dans toutes les maisons. Il a donné deux mois le temps d’avoir une autre maison pour lui libérer sa cour or à Niamey vous pouvez faire trois mois sans avoir une maison donc il faut obligatoirement associer à la mission un intermédiaire et ce n’est qu’au troisième mois que nous avons enfin quitté les lieux. En réalité le bailleur voulait se débarrasser de nous, anciens locataires pour trouver d’autres qui payeront plus. Aujourd’hui il fait louer ses maisons à 30.000f au lieu 20.000f », se lamente Mme Aicha, Surveillante dans une école de la place.

Pour M. Nayoussa Djimraou, SG du Mouvement pour la Promotion d’une Citoyenneté Responsable (MPCR), l’Etat s’est désengagé du contrôle social en ce qui est de la protection des familles. La constitution a fait obligation à l’Etat qu’il est le garant de la condition de vie de ces citoyens et de la collectivité territoriale. Depuis 1996 une ordonnance fut prise pour réglementer la loi sur le bail mais elle a été écartée, rappelle-t-il.

Nous assistons aujourd’hui à un constat clair : d’un côté les bailleurs, les locataires, les intermédiaires et de l’autre côté le gouvernement qui regarde impuissant les citoyens maltraités par les bailleurs. Le marché de loyers aujourd’hui se fluctue en fonction des situations et en fonction des humeurs des intermédiaires. Les intermédiaires quoi qu’on dise ont une responsabilité en la matière en ce sens que ce sont eux qui font les dé- marches entre le bailleur et le locataire. Parfois une maison se trouvant ce mois à 15000f et lorsq’ à peine elle change de locataire les intermédiaires diront qu’elle est à 22500f !

Selon des sources concordantes, sur chaque loyer confié par mois l’intermé- diaire se retrouve avec le loyer d’un(01) mois comme commission et c’est pourquoi pour eux il faut majorer pour qu’au moins leur mois soit aussi majoré. Ils ne savent pas qu’ils font du tort aux locataires qui est dans une maison un an, 5 ans voire plusieurs années. Cette situation arrange quelques fois le bailleur qui estime que le nouveau goudron traverse la devanture de son appartement en location donc il faut augmenter et si l’occupant refuse, il est remercié de quitter les lieux car il y a d’autres qui attendent.

Tous ces facteurs font que ces intermédiaires véreux créent une spéculation sur les prix. Ils détiennent un vrai pouvoir. Un commerce comme un autre. Au détriment du locataire sans appui ni secours face à ce calvaire urbain. En attendant le très éclaté ministère des domaines et de l’habitat prendre le taureau par les cornes, les locataires prient de tous leurs vœux pour une politique efficiente de l’habitat au profit du plus grand nombre des habitants. Disposer d’un habitat descend constitue aussi un droit fondamental.

Halidou Nouhou (Le Républicain No 2078 du 26 mai 2016)