L’opération Mai Boulala est décidément en marche : l’on vient d’apprendre l’arrestation des personnalités dans le cadre de la gestion de la Cellule crises alimentaires en plus des inculpés du concours d’entrée à fonction publique pour le compte du ministère de la santé. Le combat pour la justice sociale, fil conducteur du président Issoufou Mahamadou alors opposant historique est une forte attente des Nigériens qui ont un sentiment d’indignation de l’inaction et du laisser-aller sur les pratiques corruptives au Niger. Cette contribution vise humblement à rappeler comment le président Issoufou a raté la bataille de la lutte contre cette gangrène qu’est la corruption sous sa première mandature.

Il faut le dire tout net : dans l’effort de lutte contre  la corruption au Niger il y a eu des actes et des symboles très forts ( HALCIA, ligne verte, Pool judiciaire), mais depuis nous sommes toujours au stade de la profession de foi, des vœux pieux.  Nous aurions voulu sous le premier mandat d’Issoufou que cet engagement électoral ait un succès plus éclatant. Nous aurions voulu dès l’entame de la gouvernance du président Issoufou que tous les crimes économiques à l’encontre de l’Etat soient réparés. Sans faiblesse. Nous aurions voulu que la fondation de la Renaissance repose également sur ce dossier très attendu par les Nigériens.

Mais les impératifs de la realpolitik ont eu raison sur cette ambition. C’est dire que le régime de la Renaissance, au premier mandat, avait fait le choix de la stabilité sur la bonne gouvernance en tant que telle. Et on le sait : sans stabilité, sans sécurité rien de grand ne peut se réaliser.

Alliance Hama/Issoufou, du compromis au puzzle…

Pour parler de la lutte contre la corruption sous la première mandature d’Issoufou , il faudrait rappeler qu’ au commencement il y avait l’affaire Zakou Djibo dit Zakai. En effet, à peine installé, le régime d’Issoufou avait voulu répondre aux récriminations de la presse sur un nouveau scandale dont Zakai était l’acteur principal sous la transition de salou Djibo. Des fonctionnaires du trésor étaient incarcérés alors que le manitou alias Zakai n’était nullement inquiété.

Sous l’impulsion du président Issoufou le processus de la levée de l’immunité du député Zakai a été enclenché. Mais contre toute attente Hama Amadou à l’époque au perchoir, opposa un veto à Issoufou à savoir que si jamais son militant était inquiété, le Lumana rejoindra le MNSD pour une nouvelle alliance contre Issoufou. Ce n’était qu’un secret de polichinelle.

La suite est connue : le compromis a été trouvé.  Zakai a été sommé de démissionner de son poste de député et même de rembourser ce qu’il devait à l’Etat. C’était le prix à payer, la condition pour que Lumana reste dans l’alliance au pouvoir. Et comme la stabilité du nouveau régime était décisive car comme nous le confia plus tard une personnalité du pouvoir, il fallait jouer ce compromis avec Hama Amadou. Car il était hors de question de réhabiliter le MNSD de sitôt au risque de travestir la lutte anti tazarce.

C’était justement sans tenir compte du piège, du puzzle dans lequel l’ex PAN avait poussé le président Issoufou. Par la force des choses, le PNDS était presque obligé de faire avec Zakai. Et par ricochet, c’est tout un volet du programme de la Renaissance qui était en cause dans ce compromis à savoir la lutte contre la corruption.

Ceci expliquant cela, on comprend l’inaction, la léthargie face à tous ces députés dont l’immunité a été levée. A l’époque, les marges de manœuvre du président Issoufou étaient très réduites tant il était nécessaire de contenter et satisfaire les desiderata d’un allié trop « needy » (demandeur et encombrant). Comme quoi entre les principes et la realpolitik, l’idéal et la réalité le fossé est énorme. Et aussi, Albert Einstein avait raison : « Ce n’est pas avec ceux qui ont créé les problèmes qu’il faut espérer les résoudre »

Que faire aujourd’hui ?

Aujourd’hui le président Issoufou est tenu d’éclater ou décomposer ce puzzle pour débloquer ce « chantier » qu’est la lutte contre la corruption comme remède pour booster significativement la bonne gouvernance au Niger. Et on le sait, entre temps, face à la consécration de l’impunité subséquente à l’affaire Zakai, certains « camarades roses » croyant que tout est permis se sont servis allègrement. Du moins selon une certaine opinion.

Mais nul doute qu’au regard des actes posés, l’on peut dire que le président Issoufou est sur la bonne voie. Certes la lutte contre la corruption grande ou petite est très complexe. Mais le vœu des nigériens est que le président Issoufou aille jusqu’au bout : les délinquants d’hier et d’aujourd’hui doivent subir la rigueur de la loi. C’est ainsi seulement qu’il sera fidèle à l’éthique et le style de gouvernance du calife Omar Ibn Khatab. Une de ses meilleures références. Et comme chacun le sait, le prophète de l’islam, du reste maître du calife Omar avait juré face à un acte de corruption que même si c’était sa propre fille Fatima qui aurait volé, il n’hésiterait pas à lui couper la main.

C’est dire que pour lutter véritablement contre la corruption, le président Issoufou doit se faire violence : il doit reprendre et sanctionner même ses apparatchiks qui se seraient servis au détriment du peuple. C’est avant tout sa promesse électorale. Et c’est cela  aussi prêcher la vertu par l’exemple.

Elh. Mahamadou Souleymane