« NIGER, EXAMEN DE CONSCIENCE » ! C’est le titre de l’ouvrage publié  par notre compatriote AMADOU ADAMOU Bachirou dit « Maitre Bachir », aux éditions Adrien POUSSOU dont la parution officielle est prévue le 20 mai prochain en France. AMADOU ADAMOU Bachirou est juriste, constitutionnaliste, il prépare actuellement une thèse en droit public sur le thème : «les rapports entre la Cour de justice et les juridictions constitutionnelles des Etats de la CEDEAO. Contribution à l’étude la promotion des droits humains depuis l’ouverture démocratique en Afrique ». L’auteur bien connu sur les réseaux sociaux est un intellectuel engagé et n’hésite pas à prendre part au débat politique africain notamment le débat politique Nigérien.

Dans cet essai politique, Maitre Bachir dresse un véritable réquisitoire à charge contre la classe politique nigérienne. Il met en lumière la défaillance du sytème politique nigérien et l’incrédulité du personnel politique et appelle à un changement de la classe politique. Plusieurs volets ont été abordés dans cet ouvrage notamment : le patriotisme, l’engagement de la jeunesse en politique, la corruption, le mensonge politique, la responsabilité des médias et surtout l’épineuse question de la politique d’AREVA au Niger.

Selon l’auteur, son ouvrage indique le peu de clairvoyance politique de la classe politique nigérienne dans son ensemble et le résultat est aujourd’hui patent : le Niger est encore à la traîne alors que le monde est à la croisée des chemins. Plutôt que de prendre la mesure de la situation, de rassembler les compétences, les idées, les énergies et faire face à la réalité, les hommes politiques se retranchent dans des positions politiques et s’engagent dans des diatribes stériles, s’accusent mutuellement pour qu’enfin de compte personne ne veuille s’assumer, laissant ainsi les vrais problèmes de l’heure.

Selon l’auteur, c’est le constat de la pratique politique en cours dans notre pays qui a inspiré la publication de cet ouvrage. Ainsi souligne-t-il, la pratique politique en cours au Niger se fait contre la volonté des Nigériens, qui, pour beaucoup d’entre eux, éprouvent un sentiment de malaise et d’impuissance et ont du mal à comprendre leurs élites dans ce qu’il est convenu d’appeler l’ « entreprise politique ». Pourtant, il fallait de mon point de vue, relever sans ambages, les visions locales  étriquées et sans lendemain sur lesquelles se cramponne depuis des années la classe politique nigérienne. Du plus loin que l’on puisse regarder, le Niger a toujours été un terreau de crises politique et institutionnelle, rendant ainsi l’espoir d’un avenir meilleur de plus en plus mitigé. C’est pourquoi, il va falloir prendre la mesure de la situation qui est aujourd’hui celle de la mondialisation qui nous impose des alternatives autres que celles que l’on a pu voir jusque là à l’oeuvre.

Il met en lumière l’attitude de certains intellectuels nigériens, qui consiste à refuser les différences idéologiques au détriment du dialogue politique national et de la paix sociale ; les triomphalismes,  les rancœurs politiques, les peurs qui ont remplacés le courage, la dignité, la foi et l’espoir dans un Niger où la fraternité, le travail et le progrès constituent la devise. L’orgueil national, la flamme patriotique, le sens de l’Etat et du devoir s’amenuisent de jour en jour au Niger, tandis que le nouveau discours politique tourné vers le régionalisme et l’ethnie renforce les peurs. Ce qui, dit-il, l’amène à appeler à une prise de conscience collective pour vaincre ces peurs et construire ensemble, à partir d’aujourd’hui notre pays, plutôt que de prendre part du fait de nos triomphalismes et nos rancœurs à la destruction de notre propre nation, de notre effort de développement. D’où le choix du titre fort indicatif « examen de conscience ».

L’auteur souligne avec véhémence la démission de l’élite intellectuelle dans la sauvegarde de la démocratie et propose une nouvelle approche politique au Niger face à la précarité et les crises politiques récurrentes.  Ainsi, souligne l’auteur, « le discours politique doit être réorienté vers la responsabilité collective des citoyens » car dit-il, « notre destin dépendra de nous et ne doit pas nous être écrit, il nous appartient à nous et à nous seuls de le décider, de l’écrire si nous voulons atteindre la hauteur de nos ambitions…pour ce faire, chaque Nigérien devra se montrer à la hauteur de l’ambition, en oubliant un tant soit peu, les rancœurs divisionnistes engendrées par nos intérêts égoïstes ». Cet effort de construction nationale passe selon lui par un double objectif :  la  perspective souveraine et patriotique. les Nigériens de tout bord, doivent se rendre à l’évidence que le pays est avide de changements et que ces derniers s’imposent à tous, à chaque niveau de la société. D’autre part, l’auteur évoque ce qu’il appelle le patriotisme néolibéral qui consiste à faire allégeance aux multinationales et autres sociétés étrangères en les exonérants des taxes et impôts au détriment du peuple nigérien. Il invite ainsi les dirigeants à mener une politique étrangère à la hauteur de nos attentes en arrêtant d’endetter aveuglement le pays dans l’intérêt des générations présentes et futures.

Dans son livre, l’auteur soutient que les Nigériens doivent être sincères avec eux-mêmes, et doivent bannir de leur langage le discours politique divisionniste qui consiste à réduire les citoyens d’une seule et même nation à des simples « gagnants » et « perdants». Ce n’est pas le propre de la démocratie que de se limiter à une simple élection. Le Niger est au-delà de cette vision réductrice qui favorise de plus en plus l’exclusion des compétences nationales au nom de leur choix politique ou idéologique. Ces comportements n’offrent aucun cadre pour la citoyenneté républicaine pourtant inscrite dans nos textes fondamentaux.

Oumou Gado