« Le véritable enjeu des élections professionnelles, c’est qu’elles participent de la bonne gouvernance dans les activités des centrales syndicales », déclare Mahaman Ousmane, président de la Commission Nationale des Elections Professionnelles (CONEP)

Mahaman Ousmane est titulaire d’un Diplôme de 3ème Cycle, Section Administration Générale, obtenue  à l’Ecole Nationale d’Administration de Lomé (Togo), option Administration Publique ; d’un Diplôme de formation des formateurs en gestion des ressources humaines des collectivités territoriales, obtenu Centre international de formation de l’organisation internationale du travail à Turin (Italie) ; d’un Certificat de formation internationale en Politique Economique du Développement Durable, obtenu à Beijing en République populaire de Chine…entre autres. Il a occupé plusieurs hautes fonctions au sein de l’administration : Secrétaire général adjoint du ministère de l’Education Nationale ; ministre de la Fonction Publique , du Travail et de l’Emploi ; Directeur de Cabinet du Premier ministre chef du gouvernement ;  Directeur de Cabinet du Président du Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie ; président du Conseil d’Administration de la Société de Patrimoine des Eaux du Niger (SPEN) ….Il est actuellement Conseiller technique institutionnel du Haut Commissaire à la Modernisation de l’Etat et président de la Commission Nationale des Elections Professionnelles (CONEP).

 

LE Républicain : Vous êtes le président de la  Commission nationale des élections professionnelles : (CONEP ). Que faut-il entendre par ces élections ?

Mahamane Ousmane :  Merci pour cette opportunité que vous nous offrez de parler de la CONEP. Je tiens aussi à  remercier et féliciter votre journal, Le Républicain, qui depuis plus de vingt ans, s’est imposé comme un journal crédible.  Comme vous le savez, notre pays, depuis fort longtemps, a fait l’option d’une multiplicité d’opinions, tant politiques que syndicales. De par même le texte fondateur de notre République, qu’est la constitution, une place de choix est reconnue à la multiplicité syndicale, c’est-à-dire à la diversité d’opinions syndicales. De ce fait, depuis un certain nombre d’années, nous assistons à un foisonnement de création de centrales syndicales. En même temps que le pays a favorisé cette multiplicité des opinions syndicales, il a également, notamment au niveau des pouvoirs publics, le devoir de prendre langue avec les différents syndicats, chaque fois qu’il y a des préoccupations d’ordre social en vue d’entamer un dialogue social pour trouver des solutions les plus durables et qui tiennent compte des intérêts de la majorité dans notre pays. A la limite, on aura l’impression que ce sont des approches contradictoires, mais ça ne l’est pas dans le fond. On peut vouloir créer la multiplicité des opinions, mais il va falloir aussi, de par  les responsabilités qui pèsent sur les épaules des pouvoirs publics, s’organiser pour que le dialogue social auquel je faisais allusion puisse se faire dans un minimum de sérénité et surtout avec une responsabilité sans faille.  Donc, c’est pour se faire qu’il va falloir à un certain moment donné, se dire que de toutes ces centrales syndicales, il faudrait soupeser la légitimité de chacune d’entre elles. Et comment soupeser cette légitimité, si ce n’est à travers l’organisation d’élections qui vont permettre de voir laquelle des centrales qui existent dans notre pays, draine le plus de travailleurs. En fonction de cela, en tant que pouvoir public, on pourrait se positionner pour dire laquelle sur les quatre, cinq, six premières centrales syndicales, a le plus de monde, et donc c’est travers celles là que dorénavant on pourra engager un dialogue social lorsqu’il s’impose. Voila, de façon très précise, ce qui a conduit les pouvoirs publics nigériens, à mettre en place, par le biais du ministère en charge du travail, la commission nationale des élections professionnelles. C’est une première dans notre pays, mais c’est une première, à mon avis, d’importance. Donc cette commission regroupe l’ensemble des sensibilités syndicales. Et toutes les décisions, depuis l’installation de la CONEP, sont prises de façon transparentes et  en présence de l’ensemble des participants, notamment ceux représentant les centrales syndicales et un certain nombre de commis de l’Etat qui représentent les ministères. Voila pourquoi les pouvoirs publics ont installé la commission nationale des élections professionnelles et voila ce à quoi on s’attelle depuis bientôt deux ans, au niveau de la commission, pour organiser, avec toute la rigueur requise et surtout en créant les conditions qui puissent fédérer le maximum de syndicalistes autour de ce processus, particulièrement en ce qui concerne la confection du fichier électoral.

Au fond, quels sont les enjeux de telles élections pour les pouvoirs publics et pour les centrales syndicales ?

Mahaman Ousmane : Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, nous observons un foisonnement de centrales syndicales dans notre pays, ce qui n’est pas mauvais ; c’est un principe qui est admis par la constitution. Nous observons également que les pouvoirs publics ont opté pour la promotion du dialogue social, donc ca veut dire qu’il y a une prédisposition à l’écoute et aux échanges. Et comme il faut le faire dans un minimum de rigueur et d’efficacité, l’enjeu de ces élections pour les  pouvoirs publics, c’est de pouvoir se déterminer sur la légitimité des centrales syndicales. Une fois que les élections sont organisées, les pouvoirs publics pourront voir laquelle des centrales a le plus de travailleurs derrière elle et avec laquelle il faut dorénavant discuter et arrêter un certain nombre de décisions. L’enjeu pour les centrales syndicales, c’est évidemment de conforter cette légitimité. L’autre enjeu aussi,  c’est celui, à la limite, que je qualifierai d’existentiel, parce que ce sont des structures reconnues par nos textes fondateurs et ce sont des structures qui sont gérées par les deniers publics. Il y a des subventions qui sont accordées pour faciliter le fonctionnement de ces structures, tant par l’Etat que par un certain nombre de ses démembrements, notamment la Caisse nationale de sécurité sociale et l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi (ANPE). Donc, c’est avec ces moyens que les structures essaient de fonctionner tous les ans ; Il est clair que, une fois que ces élections seraient organisées et qu’on aurait déterminé les centrales les plus représentatives, à un moment donné un choix devrait certainement s’opérer. Il faut se regarder dans les yeux et se dire un certain nombre de vérités et donc à ce niveau, il y aura certainement de ces centrales, qui ne bénéficieront pas de ces subventions des finances publiques et des démembrements de l’Etat. Et donc pour ces structures, l’enjeu c’est de pouvoir tenir le temps que le mandat finisse, étant donné que le mandat des élections professionnelles dure quatre ans. Et donc une fois qu’on est exclu de ces facilités au niveau du gouvernement et de ses démembrements, l’enjeu pour celles qui n’auront plus cet appui là, c’est de réfléchir sur les moyens qui vont permettre de continuer à exister en attendant la fin du mandat qui aurait consacré les élections que nous sommes en train d’envisager. Mais dans le fond, je crois que le véritable enjeu de ces élections,, c’est qu’elles participent de la gouvernance dans les activités du monde syndicale. Parce que ces élections là, si elles devraient se tenir avec toute la rigueur requise, il faudrait un socle au niveau de l’ensemble du territoire national, à travers les structures des centrales syndicales ; parce que, comme vous le savez, les centrales syndicales ont leurs représentations au niveau de la capitale, Niamey, mais elles ont aussi le devoir de se faire représenter au niveau de toutes les autres circonscriptions administratives, notamment la région, le département et la commune, avec l’appui des inspecteurs régionaux. C’est-à-dire que l’enjeu, c’est de vérifier l’existence de ces structures là, au-delà du niveau central, mais c’est aussi de voir, si ca n’existait pas, de faire en sorte qu’à partir de ces élections, que l’on puisse restructurer, pour que cette présence sur l’ensemble du territoire national soit des plus perceptibles. Donc à travers cette structuration, on ne fera que bonne œuvre du fonctionnement des centrales syndicales, parce que là, on sortirait de l’informel, pour formaliser leur existence et pour que dorénavant nous sachions qu’il y a des représentants dûment mandatés par leurs structures et donc reconnues par les inspecteurs régionaux, qui pour le moment, sont les seuls relais au delà de la capitale. Donc, voilà, ce n’est peut être pas de façon très exclusive, mais ce sont les quelques enjeux que je pourrais évoquer par rapport à ces élections en vue.

Oui mais Monsieur pourquoi ça traine dans l’organisation de ces élections ? Qu’est ce qui bloque ?

Mahaman Ousmane : Vous savez, on pourrait le comprendre, parce que, il y a quelques années, notamment en 1999, mon pays m’a offert l’opportunité d’être membre du gouvernement et j’avais déjà le souci, moi, d’organiser ces élections professionnelles. Mais on était dans une situation exceptionnelle où du fait du coup d’état, nous avions observé une rupture de nos relations avec nos principaux partenaires financiers, particulièrement. Et en son temps, les seules ressources du pays ne pouvaient pas permettre d’organiser ces élections. C’est pour dire que cette revendication existait déjà bien avant 1999. Mais par bonheur, cette fois-ci, les pouvoirs publics ont bien voulu donner un contenu à ces élections professionnelles, même si au tout début, très peu de gens y croyaient. Mais depuis qu’on a installé la CONEP et que nous avons été opérationnels, au fur et à mesure, les différents acteurs réalisent que nous sommes en train d’emprunter un chemin irréversible. Et donc en ce moment, même ceux qui ne croyaient pas sont obligés maintenant de prendre un temps de réflexion pour dire qu’il va falloir s’organiser, parce que l’impression, qui se dégage c’est que ces élections auront bel et bien lieu. Et aujourd’hui, avec tout ce que nous avons pu mobiliser en termes d’acquisitions, en termes d’outils, de supports, on réalise qu’on va pouvoir aller vers ces élections. Du coup, beaucoup s’organisent pour ne pas rater ce rendez-vous qui va certainement être historique dans le monde syndical au Niger. Evidemment, les réticences que nous avons enregistrées, c’est dans tout processus électoral, au plan syndical comme au plan politique, il y en a qui sont bien préparés, il y en a qui le sont moins ; il y en a qui les veulent et d’autres pas du tout, c’est la particularité de la vie humaine, on n’a jamais le consensus autour d’une question. Mais en ce qui nous concerne en tant que responsable de cette commission, nous sommes obligé de gérer, y compris malheureusement  ces états d’humeurs, en faisant en sorte que le collectif puisse prévaloir sur certaines individualités. Donc, sans avoir des comportements jusqu’auboutistes, nous essayons de slalomer si je puis dire, parce que, ce sont des opinions souvent contradictions que nous sommes obligés de gérer, mais vraiment notre boussole, l’indicateur que nous avons, c’est, nonobstant tout ce que nous avons comme difficultés, de maintenir le cap pour pouvoir aller vers ces élections professionnels. Et aujourd’hui, je peux dire qu’avec les moyens que nous avons pu mobiliser au travers des finances publiques et avec l’accompagnement et la grâce de Dieu,  nous pensons pouvoir organiser ces élections avant la fin de l’année.

Propos recueillis par Gorel Harouna (Le Républicain No 2079)