Le Niger de demain peut compter sur le leadership féminin. Rachida Mamane Oumarou, cette jeune bâtisseuse a son mot à dire pour une véritable renaissance du Niger. Elle se donne pour challenge de réussir là où beaucoup d’hommes ont « lamentablement échoués ». Très engagée et activiste devant l’éternel, Rachida ne croit plus en la capacité de la classe politique actuelle à sortir le Niger de l’ornière. Ses maîtres mots : alternative crédible pour le Niger. Elle en fait une passion. La rubrique développement personnel et leadership de Niger Inter vous fait découvrir une attachante jeune dame qui a choisi de bâtir le Niger. Au propre comme au figuré. Entretien.

Niger Inter : Présentez-vous à nos lecteurs et internautes.

Mme Rachida Mamane Oumarou : Je m’appelle Mamane Oumarou Rachida, née le 17 Avril 1984 à Arlit. Je suis titulaire d’un master en logistique transport et d’un DUT (Diplôme Universitaire de Technologie) en technique de commercialisation. Présentement je suis chef d’entreprise (société Individuelle dont je suis la Directrice Générale)  en BTP et location des camions Bennes.  En tant que Chef d’Entreprise j’avais eu à exécuter plusieurs contrats de travail: le chantier Moujia/ Illela/ Badaguichiri (pose de pavés et bordures). Aussi j’ai eu à faire les travaux de renforcement et d’extension du réseau de distribution d’eau dans la ville de Niamey. J’ai présentement un contrat de travail avec la Satom. Sur le plan associatif, je suis promotrice d’une ONG dénommée Association Nigérienne pour la Défense des droits de la femme ( ANDDF / Karey Hakin Mata). Auparavant j’avais travaillé à Alcatel -Lucent succursale Niger 2009/2010. J’ai aussi travaillé chez Areva en tant que Gestionnaire Maintenance et suivi de budget de la maintenance  de 2010 à 2012 avant de créer ma propre Entreprise.

A mes heures perdues, je suis très active sur les réseaux sociaux et je fais partie d’un groupe des jeunes qui ne croient plus  en la capacité de la classe politique actuelle à diriger objectivement et efficacement le Niger du 21 siècle.

Niger Inter : Vous êtes diplômée en logistique et transport, est-ce un choix personnel ou une recommandation de la famille ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : Mon choix d’être logisticienne est purement personnel. C’est un domaine de nos jours qui est promoteur surtout dans un pays enclavé comme le nôtre.

Niger Inter :  Vous êtes jeune et chef d’entreprise est-ce à dire que vous ne croyez plus à la fonction publique en choisissant de travailler pour vous-même ?

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Chantier SL2T

Mme Rachida Mamane Oumarou : Dans la vie, il faut savoir ce que l’on veut. J’ai fait très tôt le choix du privé et je ne regrette pas. Cela ne veut pas dire que la fonction publique n’est pas intéressante. Je pense d’ailleurs qu’il faudrait que les jeunes  aient de l’initiative en créant leurs propres entreprises car l’Etat ne peut plus offrir du boulot à tout le monde. L’autre avantage pour les jeunes de créer leurs entreprises, c’est également l’opportunité qu’ils peuvent offrir aux autres en termes d’emplois et de motivation à réaliser leurs propres objectifs dans la vie. Certes vous me direz que  c’est risquant de s’engager dans le privé mais avec la détermination et la persévérance on arrivera à relever les défis.

Niger Inter : Pouvez-vous nous parler de votre entreprise et de ses réalisations ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : Ma société dénommée Service Logistique Transport Talak (SL2T) est une entreprise à responsabilité limitée qui intervient dans plusieurs domaines d’activités : location des camions, livraison et vente du gravier et sables, pose et fabrication de pavés et adduction d’eau potable. A ce titre nous avons eu à réaliser les activités ci-après :

  • Travaux de renforcement et d’extension du réseau de distribution d’eau de la ville de Niamey
  • Chantier Moujia-Illéla- Badaguichiri : Travaux de pose de pavés et Bordures
  • Chantier de Noom Hôtel Niamey
  • Contrat de location des camions avec la Société Satom

Niger Inter : Quels sont les défis à relever par votre entreprise dans l’environnement des affaires au Niger ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : Les problèmes essentiels que nous rencontrons c’est surtout la concurrence déloyale. Beaucoup de particuliers font la même chose que nous  de façon illégale. Cependant nous nous imposons par la qualité de nos services et l’exécution parfaite des différents contrats que nous avons signés avec nos partenaires.

Niger Inter :  Qu’est-ce qui  vous  motive à persévérer dans l’entreprenariat ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : L’un des avantages de l’Entreprenariat c’est de participer de façon active et concrète au développement de son pays, par la création de l’emploi. L’autre c’est l’indépendance personnelle.  Je pense que la plus grande joie de travailler pour soi c’est l’opportunité que vous avez non seulement de réaliser vos objectifs mais aussi de développer votre potentiel. On a tendance à s’oublier quand on travaille pour autrui et le travail est subi comme une contrainte, une servitude. Alors que  quand on travaille pour soi on vise l’amélioration continuelle, on vise l’excellence. Ce qui fait que si vous aimez ce que vous faites, le travail est loin d’être vécu comme une servitude mais comme un moyen d’accomplissement, une libération.

Niger Inter : Avez-vous doutez de vous-même à vos débuts quant à vos capacités à honorer vos engagements vis-à-vis de vos partenaires ?

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Chantier SL2T

Mme Rachida Mamane Oumarou : Sincèrement, je n’ai jamais douté de mes capacités à honorer mes engagements. En effet, quand vous vous engagez dans une entreprise votre crédibilité et celle de l’entreprise dépendent du respect des engagements souscrits. J’ai toujours eu le souci d’offrir des prestations de qualité à mes clients. Il s’agit pour moi de faire la différence afin que chacun découvre que nous aussi les femmes  pouvons réussir là où certains hommes ont lamentablement échoués. J’ai une pleine conscience du travail bien fait. Et je considère mes engagements toujours comme un challenge, un défi à relever. C’est vrai que l’engagement est une lourde responsabilité mais par principe je suis de nature optimiste ce qui fait je vois toujours le côté positif à savoir le succès, la réussite de mes projets ou contrats avec mes partenaires.

Niger Inter : Vous êtes également responsable d’une ONG féminine « Karey Hakin Mata ». N’est-ce pas une ONG de plus ?

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ANDDF / Karey Hakin Mata

Mme Rachida Mamane Oumarou : Ce n’est pas une ONG de plus. Aucune structure de défense ou de promotion des droits de la femme n’est de plus. Malgré les énormes efforts faits par les pouvoirs publics et les partenaires pour promouvoir les droits de la femme dans notre pays, cette dernière continue de souffrir de certaines discriminations liées à son statut de femme. Nous pensons donc à notre humble avis que la pluralité des ONGs œuvrant dans le domaine de la lutte pour l’affermissement de la dignité de la femme n’est qu’une stratégie de plus dans la conquête des droits de la femme. L’ONG ANDDF karey hakin Mata est une ONG en gestation. C’est un cadre associatif que nous sommes en train de mettre en place pour apporter notre modeste contribution pour l’affirmation de la dignité de la femme par l’amélioration des conditions de vie des femmes rurales et/ ou urbaines dont les droits sont ignorés ou violés. Il s’agit pour nous de nous positionner en porte-parole de toutes les femmes qui souffrent de certaines violences physiques ou morales ou qui sont martyrisées du fait de leur statut de femme.

Niger Inter : Quelle est votre perspective pour le leadership féminin au Niger ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : En ce qui concerne les perspectives du leadership féminin au Niger, nous pouvons dire qu’il a de beaux jours devant lui d’autant plus que les femmes du fait de la sensibilisation, prennent de plus en plus conscience et se frayent de plus en plus de chemin dans des domaines qui jadis étaient la chasse gardée des hommes. Cela ne veut pas dire que les choses sont gagnées d’avance. Nous devons nous battre pour plus de représentation au sein des hautes sphères de l’Etat et dans toutes les structures de gestion de l’Etat pour apporter notre contribution à l’édification de l’édifice Niger. Tout comme nous avons intérêt à nous battre dans le secteur privé. Je pense que les femmes doivent se battre sur tous les plans pour une émancipation effective de la femme. Pour ce faire, il faudrait un accès équitable à l’éducation pour la petite fille comme le jeune garçon. C’est dire qu’il importe de donner à la femme la chance de développer son potentiel. Je pense qu’il est permis d’espérer car de plus en plus les filles vont à l’école et arrivent à faire des études supérieures. Toutefois les défis restent et demeurent réels pour la gent féminine. C’est pourquoi je me suis engagée dans la vie associative pour apporter ma modeste contribution.

Niger Inter :  Vous êtes également membre fondateur d’un groupe de réflexion des jeunes qui prônent l’alternance face à la classe politique actuelle. Un groupe très actif sur les réseaux sociaux. Pouvez-vous nous parlez du pourquoi et l’objectif de ce groupe de réflexion ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : Effectivement je fais partie d’un groupe de réflexion pour une alternance démocratique, Certains diront certainement que nous rêvons.  Mais il est aussi permis de rêver, comme dirait l’autre. Nous avons créés ce groupe après avoir fait une analyse rétrospective et objective de la situation politique actuelle du Pays. Depuis le début de notre processus démocratique en 1990,  ce sont les mêmes personnes qui dirigent ce pays en s’adonnant à un jeu des chaises musicales. Nous avons connu toutes formes d’alliances politiques entre des partis qui ne partagent pas les mêmes idéologies pour les mêmes résultats. C’est l’affairisme au sommet de l’Etat, c’est la dilapidation des maigres ressources de l’Etat, ce sont des règlements de compte ; tout ceci sur fond d’exclusion ou de clochardisation des jeunes. C’est pour remédier à tous ces maux que, nous avons décidé de la création de ce cadre qui se veut apolitique, non confessionnel et qui a le mérite non seulement de dénoncer les travers de la gouvernance politique actuelle mais aussi de se présenter en alternative crédible.

Niger Inter : Votre cadre de réflexion est très pessimiste quant à la capacité de la classe politique actuelle à instaurer un véritable changement au Niger. Sur quoi repose votre prétention en tant que jeunes de faire mieux que les acteurs actuels ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : Nous avons la chance de fréquenter de grandes écoles (nous ne prétendons pas que tel n’est pas le cas des dirigeants actuels), de nous lancer très tôt dans la gestion en créant nos propres entreprises et d’apprendre de leur erreurs. Nous n’avons pas la prétention de faire du miracle mais nous pensons que nous pourrions changer beaucoup de choses dont la gestion cahoteuse des affaires publiques que nous dénonçons quotidiennement. Il me semble que le Niger a plus que jamais besoin d’être gouverné autrement. Si ailleurs ça marche, ce n’est pas par miracle. Le Niger a besoin d’être dirigé par des voies et moyens rationnels. Il faufrait nous agripper aux valeurs universelles de bonne gouvernance pour sortir notre pays de l’impasse. Notre prophète Mohamed (PSL) n’a-t-il pas dit que : « un peuple peut prospérer dans la mécréance mais jamais dans l’injustice » ? Autrement dit, le Niger a besoin de la part de ses dirigeants des valeurs comme la justice, l’honnêté et le sens du travail et de la patrie. Il va sans dire qu’au niveau de notre groupe de réflexion nous considérons que la classe politique actuelle a failli sur ce terrain. Et c’est pourquoi nous suscitons le débat au sein de la jeunesse nigérienne sur la nécessité d’une alternative crédible incarnée par une génération consciente de tous les  enjeux pour l’avenir de notre pays, notre avenir.

Niger Inter : Pourtant quand on observe au Niger,  il y a des jeunes dans les partis politiques comme dans la société civile corrompus et en quête du gain facile. Est-ce que votre cadre n’est-il pas aussi dans une logique de positionnement ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : Non, notre cadre n’est pas dans une logique de positionnement. Nous cherchons à nous constituer en alternative crédible. Et c’est pourquoi, nous sensibilisons la jeunesse pour qu’elle se libère des tares (corruption, favoritisme) que nous dénonçons, pour adopter une attitude de citoyen honnête avec des prédispositions de développement.

Par ailleurs c’est pour combattre chez les jeunes leur propension à aimer le gain facile que nous demandons à nos membres de participer aux financements de nos actions. Ce qui aura en amont l’avantage de les responsabiliser.

Niger Inter :  Quels sont selon vous les valeurs à promouvoir pour la renaissance du Niger ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : La renaissance doit promouvoir l’honnêteté, la compétence, la justice sociale. Sans ces valeurs qui doivent fonder les actions de toute nation progressiste, la renaissance ratera le rendez-vous du développement prôné par ses promoteurs.

Niger Inter : Citez trois leaders ou penseurs politiques que vous admirez ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : On peut retenir Nelson Mandela, Cheik Anta Diop et Indira Gandhi.

Niger Inter : citez trois femmes leaders modèles pour vous ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : Son excellence Aichatou Mindaoudou, la PDG de ASUSU Madame Ibrahim Yacouba Reki Moussa et Khadijah l’épouse du prophète Mohamed (SAW) .

Niger Inter : De quel courant politique vous-vous situez ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : Je ne suis ni droitiste, ni gauchiste, ni centriste. Je ne suis pas politicienne active pour le moment. Je suis pour l’instant une jeune entrepreneure en herbe et activiste qui milite pour une meilleure gestion des affaires de l’Etat et pour l’affirmation des droits de l’homme en général et de ceux des femmes en particulier.

Niger Inter : En tant que jeune entrepreneure pouvez-vous citez quelques qualités d’un leader en politique comme dans les affaires ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : Dans les affaires ou dans la politique, je pense que les valeurs suivantes sont indispensables : l’honnêteté, la persévérance,  l’audace et l’objectivité.

Niger Inter : Sur Facebook votre ‘’name test’’ indique que « tu t’inquiètes trop pour les autres et cela te pompe ton énergie. Tu prends soin de tout le monde et est sympa avec tout le monde. C’est pourquoi il te reste que peu de temps pour toi ». Ce test reflète-t-il votre réalité ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : C’est toujours gênant de parler de soi. Je reconnais justement être à l’écoute des autres et prête à servir. Je pense que lorsqu’on côtoie au quotidien la pauvreté et la précarité comme c’est le cas dans mon pays, si on n’a pas un os à la place du cœur, on ne peut qu’être sensible pour aider, être utile aux autres.  Je suis convaincu que la générosité et la solidarité sont aussi essentielles comme vertus pour faire avancer certaines causes dans un monde fait de plus en plus d’exclusion de l’humain.

Niger Inter : Un autre test portant sur quel job correspond à votre personnalité révèle que vous êtes politicienne. On dit souvent que tout est politique. Pouvez-vous nous parlez de votre engagement politique ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : L’Homme est un animal politique a-t-on coutume de dire. Pour le moment,  je ne suis pas une politicienne. Je ne me suis pas engagée politiquement. Je ne suis militante d’aucun parti politique. En ma qualité de citoyenne, soucieuse du devenir de mon pays, je dénonce la mauvaise gouvernance des autorités mais apprécie à sa juste valeur les bonnes actions menées par les gouvernants.

Néanmoins, ne soyez pas non plus étonné d’apprendre qu’un jour que je milite dans un parti afin de faire valoir mes points de vue et servir mon pays.

Niger Inter : Actualité oblige : notre pays fait face aux attaques terroristes éprouvantes de la part de Boko Haram. Selon vous comment éradiquez cette secte et ses méfaits dans notre pays et la sous-région ?

Mme Rachida Mamane Oumarou : Depuis plus d’une année, Boko Haram sème la terreur et le désarroi au sein des populations de la région de Diffa. Selon les informations qui nous parviennent, la secte envisage de créer sur les territoires du Niger, du nord Nigéria, du Tchad et du Cameroun, un Etat islamique. Elle mène des raids contre les forces de défense et de sécurité et contre les populations.

A notre avis, il faut les combattre militairement mais aussi mettre en œuvre des projets de développement au profit des populations afin de renforcer la résilience  des populations de la région. Je ne vous apprends rien, la région de Diffa est l’une des régions les plus pauvres du Niger et dont le taux de scolarisation est l’un des plus faibles. Il faut donc combiner les actions militaires et les actions de développement pour mettre fin à cette nébuleuse qui endeuille des familles nigériennes. Que Dieu accorde une victoire éclatante à nos FDS face à Boko Haram !

Réalisée par Elh. Mahamadou Souleymane et Abdoul Aziz Moussa