Le président de la République Issoufou Mahamadou était à la 49ème Session extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO le weekend dernier à Dakar.  Avec les événements de Bosso, le chef de l’Etat n’avait pas cédé au populisme pour rentrer à Niamey du moment où il devait largement réfléchir avec ses pairs sur les voies et moyens pour faire face au terrorisme. ET le sommet a été essentiellement consacré à ce sujet. Par ailleurs, le président de la République avait dans « ses valises » un important dossier pour faire entendre la cause du Niger. En principe ce sommet devait entériner la présidence du Niger à la Commission de l’UEMOA. Rappel d’une promesse non tenue par le Sénégal.

L’Etat est une continuité, dit-on. Mais Macky Sall, par ses manœuvres, vient de violer ce principe à l’occasion du sommet de la CEDEAO, le weekend dernier. Qui ne se souvient pas de cet accord entre le Sénégal et le Niger pour le poste de président de la Commission de l’UEMOA en 2011 à Cotonou ?   En son temps, écrit Jeune Afrique : « Faute d’accord entre les huit chefs d’État lors des deux dernières réunions de l’organisation régionale, à Bamako en janvier et à Lomé en mai, le consensus a en effet pris la forme d’un contrat entre les deux hommes. Hadjibou Soumaré doit s’engager, par écrit, à ne faire qu’un seul mandat de quatre ans et à laisser ainsi la place au Nigérien. »

Contre toute attente, l’on apprend : « Le sommet extraordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union économique monétaire ouest africaine (UEMOA), réuni ce dimanche à Dakar, a décidé de maintenir à son poste jusqu’au prochain sommet, l’actuel président de la Commission de l’UEMOA, le Sénégalais Cheikh Hadjibou Soumaré, ».

Comme pour noyer le poisson, d’aucuns ont vite accusé le président Issoufou, par conséquent le Niger de Boulimie. Il est plutôt question de respect des principes d’une institution mais aussi et surtout de l’engagement d’un Etat. S’agissant de l’UEMOA, tout le monde est d’accord sur le principe d’égalité des Etats membres et du caractère tournant de la présidence de cette institution.

Quant à l’engagement du Sénégal entériné par un accord signé par l’ex président Abdoulaye Wade, ce n’est qu’un secret de polichinelle. Le weekend dernier, il était question dans l’ordre normal des choses que le Sénégalais Hadjibou Soumaré passe le témoigne au nigérien Abdallah Boureima ou Jilles Baillet à la tête de la Commission de l’UEMOA.

Au lieu de respecter l’engagement de son pays, Macky Sall avait voulu faire du chantage au Niger. Vouloir céder la présidence de la Commission de l’UEMOA en exigeant d’obtenir du Niger le poste de Vice-gouverneur de la BCEAO occupé par le Niger en dépit du fait que les textes de la BCEAO n’autorisent pas ces desiderata de Macky Sall. Une belle manière de remettre en cause sur toute la ligne l’engagement du Sénégal.

Et selon un observateur de la diplomatie sous-régionale,  quand on considère les places occupées par les sénégalais au niveau des institutions régionales et africaines, il y a lieu de se demander entre le Sénégal et le Niger qui est plus boulimique ? N’est-ce pas la boulimie du Sénégal qui a fait perdre à la Banque Africaine de Développement (BAD) un de ses membres notamment le Tchad ?

 C’est dans la même tentative de noyer le poisson que le journal Les Afriques voudrait innocenter le président Macky Sall en endossant la responsabilité aux autres chefs d’Etats membres. En effet, parlant de Cheikh Hadjibou Soumaré, Les Afriques écrit : « Ce dernier, qui n’était pas dans les plans du palais de Dakar, a été sauvé de justesse par les présidents Ouattara, Faure Eyadéma, IBK et Patrice Talon. »

A l’épreuve des faits, ce n’est pas les autres chefs d’Etats membres de l’Union qui sont instigateurs de cette demande si spécieuse du Sénégal en contre partie du poste de Vice-gouverneur de la BCEAO. C’était bel et bien Macky Sall qui était à la manœuvre. Pourtant le Sénégal dispose du siège de cette institution.

Ce n’est pas être chauvin que de rappeler ces faits. Car le chauvinisme selon ce mot de Sékou Touré : « C’est une bêtise. Une forme d’ignorance. »

Elh. M. Souleymane