Le Niger est-il victime d’un ‘’ naufrage judiciaire’’ ? C’est une interrogation légitime des nigériens sur la lenteur judiciaire ou l’absence d’action dans le traitement des affaires scabreuses de corruption. En effet, c’est un constat : l’opération Maiboulala semble plombée. Impuissants, les citoyens qui avaient cru aux promesses des plus hautes autorités de donner coudées franches à la justice pour sévir contre les délinquants sont en passe de déchanter. Si le président Issoufou n’attaque pas ce chantier avec courage et abnégation, ne risque-t-il pas à la fin de son mandat de laisser l’image d’un homme qui n’a pas su transformer la réalité comme il l’avait promis ? Commentaire.

Le sentiment du sacre de l’impunité, d’une justice à deux vitesses booste également celui de la mal gouvernance dans le pays. L’impression pour les citoyens d’être dans une République bananière n’est pas bon signe dans une démocratie. C’est un secret de polichinelle : les ‘’affaires louches’’ sous le mandat d’Issoufou Mahamadou qui continuent de défrayer la chronique entachent tous les efforts du régime en matière de bonne gouvernance. A la vérité, les nigériens observent mais à bien les écouter, ils n’attendent de leur président que le respect de ses engagements électoraux. Dans la vie réelle ou virtuelle, des nigériens de bonne foi et même des partisans du président de la République s’étonnent face au laisser-aller dans la gestion des affaires de l’Etat sous la 7ème République. Celle-ci tarde à se démarquer des mauvaises pratiques des régimes liberticides et léonins précédents caractérisés par la gestion des PAC (parents, amis et connaissances) une sorte d’oligarchie aux antipodes de l’esprit républicain et démocratique du peuple.

Nous interprétons cette réaction des Nigériens dans la vie de tous les jours comme sur les médias sociaux non seulement comme une traduction de la très forte demande de justice mais aussi une invite au président de la République de satisfaire effectivement son engagement électoral à l’endroit du peuple.

Parlant de la corruption, nous écrivions récemment : « Vivement que le président Issoufou se réveille de son « sommeil dogmatique pour lutter véritablement contre la corruption. C’est avant tout sa promesse électorale. Cela n’est possible qu’en prêchant résolument la vertu par l’exemple. C’est cela l’éthique et le style de gouvernance d’Omar Ibn Khatab. Une des références du président Issoufou. »

Bilan mitigé d’Issoufou au premier mandat

A partir du bilan très mitigé du président de la République sur le terrain de la justice au cours du premier mandat, il y a lieu de se demander comment inverser la tendance ? Comment sortir de l’impasse ? Comment donner un contenu concret en termes d’actions pour capitaliser les acquis et les symboles très forts dont le président a bien doté le Niger sur le plan judiciaire ? Bref, comment sortir de cette situation qui ressemble bien à la parabole du « moulin du diable » ?

La première mesure : briser ce sentiment de deux poids, deux mesures à savoir une justice clémente pour les uns et impitoyable pour les autres. Il va sans dire que le régime en place convaincra les Nigériens lorsqu’enfin ils témoigneront de la répression sans complaisance des indélicatesses et des délinquants d’hier et d’aujourd’hui. Les nigériens sauront gré à leur président lorsque celui-ci décide d’appliquer une justice équitable en sévissant sans distinction de la coloration politique des délinquants.

C’est ainsi seulement que le président Issoufou aura l’assentiment du peuple nigérien. C’est cela son propre « fil conducteur » qu’il s’était lui-même tracé toute sa vie à l’opposition et réitéré plusieurs fois dans ses discours.

Certes, dans cette odyssée, les aléas de la realpolitik ont eu raison, par moments, de la détermination du président Issoufou à satisfaire la soif de justice des nigériens dans un pays où la gestion du pouvoir donne souvent très peu de marge de manœuvre au président élu tant le jeu des alliances est décisif dans le choix et l’orientation de la ‘’gouvernementalité’’, comme dirait ce jeune politologue nigérien.

La deuxième mesure : donner suite aux dossiers brûlants de corruption qui sont encore pendants comme ces fraudes aux concours de la fonction publique comme ceux de recrutement des agents de santé et des finances. Nous n’ignorons pas que la justice est souvent lente. Mais, mieux vaut tard que jamais. A ce moment très crucial de son second mandat, le président Issoufou pourrait revenir à la charge. Ou disons-le net, le président pourrait se ressaisir. Il s’agit simplement de rassurer résolument les nigériens que lorsqu’il recevait le président de la HALCIA et le Sécrétaire général de Transparency section Niger il voudrait sincèrement  répondre de manière appropriée à une de leurs attentes fortes : cette soif de justice qui n’a que trop tardé.

Nous pensons que de la même manière que les nigérians se délectent aujourd’hui des actions de Muhammadu Buhari sur la sanction de la corruption et crimes s assimilés, autant les nigériens se satisferont du déclic du président Issoufou. Certes, comparaison n’est pas raison. Le Nigeria n’est pas le Niger.

Dans ce sens, le président Issoufou pourrait procéder à l’auto-motivation en se rappelant qu’il a fait surtout rêver les nigériens en leur déclarant savoir transformer la réalité au lieu de s’agenouiller.

Et comme précaution, le président Issoufou ne manque pas d’inspiration à partir de l’éthique socialiste. « Je n’ai jamais séparé la République des idées de justice sociale, sans laquelle elle n’est qu’un mot », disait Jean Jaurès. Et Martin Luther King nous avertit : « La véritable grandeur d’un homme ne se mesure pas à des moments où il est à son aise, mais lorsqu’il traverse une période de controverses et de défis ! » Juste un rappel utile  dans le souci constant de la proximité avec les nigériens… et leurs attentes.

Elh. Mahamadou Souleymane