Cet article est une contribution du nigérien Dr Abdoul-Fatah Kanta qui travaille dans un domaine de l’énergie solaire. Il est titulaire d’une Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) à l’Université de Franche Comté (France) en 2013.

L’énergie notamment électrique est un facteur essentiel du développement économique, social et politique car elle permet d’améliorer les capacités de production en rendant possible le travail en dehors des périodes ensoleillées. Sa disponibilité influence profondément le bien-être des individus, que ce soit à travers l’accès à l’eau, la productivité agricole, la santé, l’éducation, la création d’emploi ou la durabilité environnementale.

La consommation énergétique au Niger est faible et est d’environ 0,14 tep/habitant, contre 0,5 en moyenne en Afrique et 1,2 dans le monde.

La faible couverture énergétique peut expliquer la faible espérance de vie (52 ans), le taux de mortalité maternelle élevé (supérieur à 500 pour 100000), le taux de mortalité infanto-juvénile de 127 pour 1000 en moyenne mais 148 en zone rurale, à cause de la difficulté de prise en charge sanitaire des populations rurales sans électricité, ainsi que par un impact négatif sur le développement d’activités génératrices de revenu en zone rurale.

Au regard de ce qui précède, et aussi de notre démographie galopante, il y a nécessité de repenser notre modèle énergétique afin d’assoir une véritable politique en la matière et qui prendra en compte toutes les couches de la population.

A la dernière conférence sur le climat de Paris (COP21) des engagements ont étés pris pour le financement des pays en voie de développement. Notre pays doit être en mesure de définir des priorités et des programmes afin de mobiliser les ressources financières pour son adaptation. Pour cela il faut une volonté politique forte clairement définie.

Un meilleur accès à l’énergie….solaire

Au Niger le mix énergétique pose plusieurs problèmes : des risques sur les ressources naturelles dû à la surconsommation de la biomasse ; l’impact important de la volatilité des cours du pétrole ; l’insécurité en raison de la dépendance de produits importés (presque 2/3 de l’approvisionnement électrique est assuré par le Nigéria).

Malgré un potentiel énorme en énergies fossiles et renouvelables, le Niger présente des déficits énergétiques importants. La couverture électrique au Niger est extrêmement faible et la consommation d’énergie s’articule essentiellement autour de la biomasse.

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Le faible taux couverture électrique conduit à une répartition discriminatoire suivant qu’il s’agisse du milieu rural ou urbain. Ainsi, les zones rurales qui abritent plus de 75 % de la population nigérienne ont une couverture en l’électricité quasi-inexistante.

La prépondérance de la population rurale est l’une des contraintes majeures car elle rend le développement des infrastructures d’électricité très onéreux et limitent les économies d’échelle.

De plus, en raison de l’insuffisance des investissements, l’offre est peu fiable, comme en témoignent les fortes pertes du transport et de la distribution.

Pour couvrir une très grande partie du pays il faut nécessairement développer l’électricité rurale grâce aux sources décentralisées (solaire, éolien, etc.). Malheureusement ces sources d’énergie sont restées à un stade de développement embryonnaire malgré plus de 40 ans d’expérience en énergie solaire et surtout que le pays a du soleil à ne plus savoir qu’en faire.

Si le développement des énergies renouvelables était déjà un impératif vu l’épuisement des ressources fossiles, le réchauffement climatique a permis de donner une nouvelle impulsion un peu partout à travers le monde.

Actuellement, une grande partie de la population et surtout rurale doit faire face à des difficultés particulières, dont notamment le manque d’accès à l’électricité, aux combustibles et aux technologies de cuisson propres, ainsi qu’à la distance vis-à-vis des réseaux électriques nationaux. Or presque toutes les activités humaines, de la production aux soins de santé, requièrent un apport en énergie. Les enjeux énergétiques des zones rurales sont différents de ceux des zones urbaines : les zones rurales sont caractérisées par une faible densité de population, et donc des coûts de connexion élevés, une demande énergétique destinée à un usage domestique et agricole et des ressources financières plus faibles.

Compte tenu des coûts importants du transport de l’énergie vers le monde rural et du faible rendement financier, il présente peu d’intérêt pour les entreprises. Pour pallier ce manque, il convient de recourir à des systèmes décentralisés grâce à l’énergie solaire. Cette technologie représente aujourd’hui la solution la plus économique pour l’électrification, hors réseau ou via mini-réseau, des zones isolées.

Le Niger, vaste potentiel solaire… largement inexploité

Les conditions climatiques et géographiques du Niger lui confèrent de grandes potentialités dans le domaine des énergies renouvelables et surtout du solaire et de l’éolien. Le Niger possède un ensoleillement important sur toute son étendue avec des maxima dans sa partie Nord. Une étude menée par la NASA entre 1983 et 2005 montre que la zone située près du fort en ruine d’Agadem connaît un ensoleillement moyen de 6,78 kWh/m2. Cela fait de cette zone la deuxième qui reçoit le plus de lumière en moyenne dans l’année. La première, étant située à l’Est de l’île de Kiribati avec un ensoleillement de 6,92 kWh/m2.

Malgré la disponibilité du potentiel en énergie solaire, il n’existe pas encore d’approche globale d’électrification à partir de cette énergie. Toutefois, des efforts ont été déployés pour la valorisation de cette source, notamment l’équipement des infrastructures dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’hydraulique, de la communication (faisceaux hertziens, radio, etc.).

Quelques timides investissements sont en cours ou ont été réalisés par l’Etat et ses partenaires, principalement dans le cadre des secteurs de la santé (équipement des centres de santé) et de l’hydraulique villageoise (pompage d’eau solaire), en plus de quelques investissements privés.

Aussi, le Niger a obtenu en 2015 un prêt de la BAD en vue de financer son programme d’électrification rural à partir des énergies renouvelables.

Un autre programme d’électrification des zones rurales est mené par l’agence nigérienne de promotion de l’électrification en milieu rural avec pour objectif l’électrification des 14000 villages nigériens, à raison d’environ 1000 par an.

Bref historique : Le Niger est l’un des pionniers en matière d’énergie solaire dans la sous-région. Dès l’année 1961 le gouvernement du Niger a émis l’idée de créer un centre expérimental à Niamey pour entreprendre des études en vue de l’exploitation de l’énergie solaire. Les premières installations solaires concernaient les séchoirs, les chauffe-eau et les cuisinières solaires, le tout fabriqué localement. Malheureusement, le manque d’intérêt combiné à l’effondrement des cours de l’uranium, dont dépendait largement le Niger a poussé les autorités de l’époque à réduire considérablement le financement et ainsi abandonné le « rêve solaire ».

Diverses contraintes ont freiné le développement de cette technologie, limitant son apport dans le bilan énergétique global : le faible développement des ressources humaines ; la faiblesse des cadres institutionnel et réglementaire qui résulte d’un manque de stratégie de développement et d’un manque de réglementation et de coordination ; l’insuffisance du financement ; la faible dissémination des résultats de la recherche, causée par une absence de stratégie de communication et un transfert technologique faible.

L’une des préoccupations de notre gouvernement doit être de garantir un accès équitable de l’énergie à tous les Nigériens. Malgré le coût des infrastructures d’installation, l’énergie solaire est une solution à l’accès des populations rurales nigériennes à l’énergie.

Approches pour améliorer l’offre finale

Il est important de combiner les approches locales, nationales et régionales pour améliorer l’offre. Le gouvernement et les autorités locales auront un rôle majeur à jouer dans l’élaboration de politiques urbaines et rurales pertinentes et intégrées, afin de répondre à la demande croissante en électricité, en chaleur et en transport des populations, et d’assurer la convergence des niveaux de vie.

Le Niger a élaboré un Programme National de référence et d’Accès aux Services Energétiques (PRASE) visant à « contribuer à la réduction de la pauvreté et à l’atteinte des OMD par l’amélioration de l’Accès aux Services Energétiques (ASE) de populations nigériennes, notamment celles vivant en milieu rural, dans une perspective durable ». Le PRASE vise spécifiquement à accroître de manière efficace et durable l’accès aux services énergétiques modernes, à promouvoir des activités économiques locales, à mettre en place un cadre institutionnel favorable à l’ASE et à assurer le renforcement des acteurs autour d’un PPP dynamique.

Aussi, un processus de réforme institutionnelle est en cours au sein du ministère de l’énergie et du pétrole en vue de rationnaliser et de redynamiser le secteur de l’énergie. Cette initiative touchera plusieurs structures comme le Centre National de l’Energie Solaire (CNES), la Cellule d’électrification rurale (CER), etc. qui sont impliquées dans le domaine.

Une évolution institutionnelle a abouti à la création de l’Agence Nigérienne de Financement des Infrastructures des Collectivités Territoriales (ANFICT). Ces mutations témoignent de la volonté des autorités de parvenir à un paysage institutionnel plus efficace pour appuyer les politiques d’accès aux services énergétiques.

Un nouveau code d’électricité qui a été voté début mai par l’assemblée nationale prévoit la création un fonds pour l’appui au financement de la promotion des projets d’énergies renouvelables et de la maîtrise de l’énergie.

Comme on le voit, le cadre institutionnel commence à favoriser le développement des énergies renouvelables. Il ne reste plus qu’à transformer les intentions en réalisation.

La mise en place par les autorités d’une politique intégrée de l’énergie, peut favoriser à la fois l’amélioration des structures et infrastructures existantes, la promotion d’initiatives nouvelles en faveur des populations défavorisées et la coopération régionale.

Le recours à l’initiative privée là où les bénéfices peuvent être mutuels est certainement une dimension de la solution.

La réforme nationale doit aussi s’accompagner d’une approche transfrontalière. En effet, la nature des projets d’électricité, notamment leur taille et les possibilités d’économies d’échelle qui leur sont liées, justifie l’extension des réseaux au-delà des frontières.

Favoriser les initiatives régionales en faveur d’une amélioration de l’accès à l’électricité constitue à juste titre l’une des propositions fondamentales de l’initiative Énergie du Nepad. Là encore, la mise en place d’un cadre régulateur commun adéquat reste une condition cruciale de succès.

Perspectives : Les équipements solaires les plus répandus au Niger et probablement dans le monde, sont les systèmes photovoltaïques. L’obstacle majeur à leur utilisation massive réside dans leur prix. Pour lever cet obstacle il faut, agir aux niveaux de la production et de la commercialisation. De nombreux chercheurs, se penchent sur la question. Les spécialistes en énergie photovoltaïque annoncent pour le moyen terme la baisse en dessous du dollar du watt. Ainsi les panneaux solaires seraient alors à la portée du plus grand nombre de personnes intéressées.

Le renchérissement des produits pétroliers et le changement climatique ont créé un regain d’intérêt pour les énergies renouvelables en général à l’échelle mondiale.

C’est ainsi qu’on note la création d’une Agence Internationale pour les Energies Renouvelables (IRENA) basée à Abu Dhabi aux Emirats Arabes Unis.

Dans la sous-région, la CEDEAO a également un vaste programme pour les énergies renouvelables. Vers la fin de l’année 2009, la Commission de la CEDEAO a mis en place le Centre Régional de la CEDEAO pour l’Energie Renouvelable et l’Efficacité d’Energie (ECREEE) dont le siège se trouve au Cap-Vert.

Beaucoup de pays s’oriente vers le solaire. On peut citer l’exemple du Burkina Faso qui s’offre une grande centrale solaire avec le soutien financier de l’union européenne. Cette centrale comptera 40 unités de 2400 panneaux solaires chacune ce qui représente un total de 96 000 panneaux photovoltaïques. Le tout produira 32 gigawatt-heures par an, soit 6% de production totale d’électricité du pays à partir de 2013. Cela permettra de couvrir la consommation d’énergie d’environ 400 000 personnes.

Il y a aussi comme exemple le projet Khi Solar One qui offrira à l’Afrique du Sud sa première tour solaire. Dotée d’une tour de 200 m de haut et de 4500 héliostats permettant de réfléchir les rayons lumineux, cette centrale fournira 50 MW.

Au Bénin, le gouvernement a pris la décision d’alimenter les bâtiments accueillant les ministères et la présidence de la République grâce à l’énergie solaire. L’utilisation de l’énergie solaire deviendra donc une alternative pour concilier la nécessité de l’alimentation ininterrompue en énergie électrique des bâtiments administratifs et la satisfaction des besoins en énergie des populations

En février dernier, le Roi du Maroc a inauguré, près de Ouarzazate, la première tranche d’une centrale solaire appelée à devenir, selon ses promoteurs, la plus importante du monde.

Il y a énormément des exemples des projets en la matière. Le Niger doit s’inscrire dans cette démarche rien que pour diversifier les sources et ainsi assurer son indépendance énergétique. L’absence d’offre énergétique suffisante et de qualité posent beaucoup des préjudices à tous les niveaux.

Le rythme de l’évolution de la population nous impose de réfléchir à notre indépendance énergétique et également à diversifier les sources. Le secteur agricole qui occupe une place importante dans notre économie, continuera à jouer un rôle essentiel dans la croissance économique du pays.

Toute approche à long terme doit prendre en compte deux sortes d’enjeux énergétiques radicalement différents, à savoir : ceux auxquels les villes se voient confrontées et ceux qui se posent dans les zones rurales.

 

 

Dr Abdoul-Fatah KANTA

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Dr Abdoul-Fatah Kanta