Les projets de développement constituent le principal instrument de mise en œuvre des politiques et stratégies de développement économique et social des Etats. Ainsi, il est judicieux de se fixer des objectifs à atteindre dans un horizon temporel bien défini, mais il est tout aussi bon de se doter des moyens notamment financiers pour les atteindre. Avec les objectifs de développement durable (ODD) et les 2500 milliards de dollars de financement nécessaire chaque année pour leurs réalisations, des pays comme le Niger ont du pain sur la planche car, ils se doivent de trouver l’argent nécessaire, et/ou  additionnel pour financer leur développement. Ainsi, suite au cuisant échec des OMD dont l’échéance était fixée à 2015, les Etats du monde entier se sont mis d’accord sur un nouveau et ambitieux programme : l’agenda 2030. Il s’agit maintenant d’atteindre 17 objectifs de développement durable pour une prospérité partagée et un mieux-être pour tous à l’horizon 2030. L’atteinte de ces objectifs nécessite des financements importants. Pour certains experts du développement il faudra 2500 milliards de dollars par an. En clair, il faudra mobiliser et dépenser dans les quinze prochaines années qui nous séparent de 2030, la rondelette somme de 37 500 milliards de dollars. (N’osez même pas faire la conversion en CFA tellement que le chiffre sera énorme.)   La question qu’on est en droit de se poser est de savoir où, et comment faudra-t-il faire pour mobiliser tout cet argent ? Faut-il compter sur l’aide publique au développement qui, malgré tout, montre des limites (Dan Bissa MOYO, l’aide publique au développement) ou bien sur les recettes fiscales des Etats avec les contraintes liées à l’évasion fiscale entre autres ou encore sur le financement des marchés financiers ?

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LES RECETTES INTERNES ET L’AIDE PUBLIQUE AU DEVELOPPEMENT…

Le Niger comme un certain nombre de pays africains a choisi d’exécuter les grands projets qui doivent lui permettre d’atteindre ses objectifs de développement dans un cadre précis : Le Plan de Développement Economique et Social (PDES). Pour trouver les financements nécessaires, le Niger fait appel aussi bien aux recettes internes qu’aux financements extérieurs. Ce choix s’explique et c’est aussi le cas pour les autres pays africains par le fait que les recettes internes essentiellement constituées des recettes fiscales et douanières sont insuffisantes de nos jours pour le financement des projets de développement. Les réformes visant à élargir l’assiette fiscale, à réduire les exonérations et à renforcer le maillage fiscal territorial par la création de nouveaux bureaux des douanes (quatre nouveaux bureaux de plein exercice et deux directions régionales ont ainsi été créés). L’application intégrale des dispositions de la loi minière de 2006 a permis d’accroître les recettes fiscales, notamment celles liées à la TVA. Malgré ces efforts, le taux de collecte des revenus se situe seulement à 15.3 % du PIB en 2014, une légère baisse par rapport à 2013. Les difficultés pour notre administration fiscale de toucher toutes les personnes physiques et morales assujetties au paiement de l’impôt font que malgré toutes les réformes, et tous les efforts fournis au Niger, le taux de pression fiscale flirte avec les 14%. Ces recettes collectées ne suffisent pas pour financer les projets de développement. La modernisation des services fiscaux ainsi que l’élargissement de l’assiette fiscale ne feront sans doute pas évoluer grandement la situation. Pourtant, la contribution du fisc au budget national est très intéressante. La  direction générale des impôts a, par exemple pour l’année 2015, collectée à peu près 600 milliards de cfa. Si on remontait 20 années en arrières, avec cet argent, l’Etat aurait pu financer son budget, ce qui n’est pas possible aujourd’hui. Pour pallier à ces insuffisances, d’autres voies s’offrent à notre pays. Il y a, comme abordé plus haut, l’aide publique au développement. Toutefois, il faut noter que les pays donateurs n’ont jamais pu à l’exception notable de quelques-uns (Luxemburg, Norvège, Suède, Royaume Uni) tenir la promesse de consacrer 0.7% de leur revenu national brut (RNB) à l’aide publique au développement. A titre d’exemple, en 2014 les Etats-Unis avait consacré 0.19% de leur revenu national brut, soit 32.7 milliards de dollars à l’APD, l’Allemagne 0.41%, soit 16.2 milliards de dollars, la France 0.36%, soit 10.4 milliards de dollars et le Japon 0.19 %, soit 9.2 milliards de dollars. Au cours de cette année 2014, seul le Royaume Uni a pu respecter l’engagement de consacrer 0.7 de son revenu national brut à l’aide publique au développement. Ce pays a, en effet, consacré 0.71% de son RNB, soit 19.3 milliards de dollars à l’APD. IL faut toutefois le reconnaître, cette aide publique au développement connaît et connaîtra des évolutions.  Malheureusement, dans la plupart des cas, entre pays donateurs et le pays qui reçoit l’APD, les relations se transforment en relations entre mentors et superviseurs. Ce qui provoque un certain ressentiment chez les pays qui reçoivent l’aide. Une situation qu’a eu a déploré le ministre des finances du Malawi à l’occasion de la conférence d’Adis Abéba, sur le financement du développement, en juillet 2015. Parce que de telles attitudes peuvent jouer sur l’efficacité de cette aide. Au Niger, l’APD qui compte pour 10% de notre PIB fait intervenir plus de 500 partenaires bilatéraux, multilatéraux et non gouvernementaux, et chacun avec ses modalités propres et ses règles et procédures. Ce qui conduit souvent à la dispersion des moyens et aux retards considérables dans l’exécution des projets comme en est le cas de Kandadji où interviennent onze (11) partenaires techniques et financiers dont chacun a ses propres procédures et règles.  Si l’aide publique au développement montre ses limites, les pays devraient pouvoir se tourner vers d’autres types de financements.

LE FINANCEMENT BANCAIRE…

Il faut le préciser, pour bénéficier de ces financements, c’est la croix et la bannière. En effet, pour le financement de certains projets de développements, ce sont des ressources longues qui sont recommandées. Alors qu’au niveau des banques commerciales, on constate l’absence de ce type de ressources. Cela constitue un handicap majeur pour les entreprises qui doivent dans le cadre de l’exécution des marchés qu’elles gagnent soit auprès de l’Etat ou ailleurs de pouvoir correctement les exécuter. Elles sont d’office exclues de l’accès au financement bancaire. Pour pallier à ce problème, l’Etat doit mettre en place une banque de développement qui doit s’occuper du financement des entreprises. A côté de cette banque, l’Etat doit créer une structure qui aura pour mission principale d’apporter la garantie aux entreprises au niveau des banques pour leur faciliter l’accès au financement. Ce système peut donner de bons résultats si les moyens sont mis à la disposition de ces différents acteurs.

LE MARCHE FINANCIER ET LA FINANCE ISLAMIQUE…

Au niveau sous régional, plusieurs pays se rendent souvent sur les marchés financiers internationaux pour y lever des sommes importantes pour le financement de leurs projets de développement. Le Niger, avec l’appui de Fonds UEMOA-titres  « instrument technique destiné à accompagner les Etats dans leurs interventions sur les marchés » se doit par le biais d’appel public à épargne de levé d’importantes sommes d’argent destinées à financer son projet de développement.   Aussi, comme l’ont déjà expérimenté la côte d’Ivoire et le Sénégal, le Niger se  doit de se tourner vers la finance islamique via une levée de SUKUK dans le marché régional pour y diversifier les sources de financement de son PDES tome 2.

Mais pour que tout cela puisse donner des bons résultats il faut de la transparence, et du sérieux dans le management de ces fonds. Nous nous devons de changer de mentalité pour avancer sans quoi le Niger, comme à la belotte, aura des atouts (Aide publique au développement), des as (Le financement bancaire, Marché financier, Finance Islamique) et des valets (croissance à deux chiffres), mais risquera de ne pas détenir les bonnes cartes, parce que jouant hors-jeu. Cet hors-jeu là c’est l’intégrité. Il n’est pas encore tard si l’on y prend conscience pour rattraper ce train de développement qui est déjà à très grande vitesse.

SAMI Youssoufou 

( étudiant en master 2 en Gestion de Projets à BEM Dakar, et en Politiques Publiques, Développement Régional et Local à l’UCAD)