Ce n’est plus une rumeur mais une réalité. Le MNSD/Nassara de Seini Oumarou a décidé de rallier le camp présidentiel pour soutenir les actions de la « Renaissance Acte 2 ». La décision a été prise le 13 août 2016 par le bureau politique national à la majorité écrasante de 144 sur 148 délégués présents. Cette décision s’est appuyée sur les décisions et recommandations issues des travaux de la commission mise en place pour réfléchir sur les différentes options qui s’offrent au parti après les élections présidentielles et législatives. Celle-ci a fait une série de propositions dont celle de rejoindre la majorité au pouvoir.  La commission politique du parti a alors adopté celle de rallier le camp présidentiel et l’a soumise au bureau qui l’a à son tour adoptée majoritairement. Cette décision n’a pas été facile tant les débats ont été houleux, les partisans du non ralliement ont essayé pendant toute la soirée du 13 de convaincre la majorité à ne pas rejoindre le camp de Issoufou.

Le MNSD devient ainsi le 53ème parti politique qui soutient l’action du Président de la République qui bénéficiait déjà d’une majorité très confortable.

La décision ne semble pas étonner plusieurs analystes qui s’y attendaient. Mais beaucoup se demandent pourquoi le Président Issoufou tient tant à travailler avec le MNSD. Dans tous les cas la venue du MNSD dans la majorité a des implications aussi bien pour ses nouveaux et anciens alliés.

            Les implications de la décision du 13 août

Le ralliement du camp présidentiel par le MNSD a deux conséquences : la recomposition du paysage politique nigérien et l’affaiblissement de l’opposition.

            Recomposition du paysage politique et la redistribution des rôles au sein de la majorité

Pour conquérir le pouvoir, Issoufou Mahamadou a obtenu le soutien de 52 partis politiques, les uns ayant soutenu sa candidature dès le premier tour, les autres au second tour. Ce qui  lui a valu d’être réélu avec près de 93%. Ces partis forment en outre une majorité de 119 députés, qui permettent au Président de la République de faire adopter facilement les textes dont il a besoin pour gouverner.

Le recours au MNSD, un calcul politique ou une exigence de la communauté internationale ?

Dans cette réflexion, il n’est pas question pour nous de nous appesantir sur les motifs du rapprochement mais de voir ses implications au plan politique.

La venue dans le camp présidentiel va changer la donne au sein de l’Assemblée nationale et dans le gouvernement. A l’Assemblée, le MNSD avec ses 20 députés sera la deuxième force de la majorité. Elle sera en termes de préséance devant le groupe parlementaire Jamhuriya et donc aura des postes au sein du bureau de l’Assemblée, correspondant à sa taille. Elle va donc bouleverser l’ordre établi faisant probablement ainsi des mécontents dans les rangs de cette formation qui ne pourrait pas apprécier l’adhésion du MNSD à la renaissance. Il faut rappeler que le Jamhuriya est né il y a un an, après que M. Albadé et ses camarades politiques aient vainement essayé de prendre la direction du parti.

Donc, une alliance PNDS –MNSD, peut être ressentie par les militants du MPR Jamhuriya et même les observateurs politiques comme une sorte de trahison de la part du PNDS et du Président de la République Issoufou Mahamadou qu’ils ont sauvé d’une cohabitation politique en 2013 après le départ de LUMANA de la majorité. A cet effet tous les Nigériens reconnaissent que M. Albadé Abouba et ses amis politiques avaient pris des risques politiques énormes en Août 2013 en rentrant dans le gouvernement d’Union Nationale.

Le pire est à venir pour tous les partis de la majorité avec la formation très prochaine d’un nouveau gouvernement. Beaucoup de partis vont perdre des ministères puisqu’il faut faire de la place aux nouveaux venus. Le MNDS serait crédité de 6 à 7 ministres. Si cette indiscrétion se concrétise, il faut dire que tous seraient écumés. Le MNSD va donc toucher aux privilèges de tous les partis y compris ceux du PNDS dont plusieurs de ses militants n’apprécient pas l’alliance concoctée avec le MNSD. Pour tous les partis, c’est l’ennemi d’hier qui vient ébranler la stabilité, la tranquillité et surtout amoindrir leurs avantages alors qu’il n’a pas participé à la lutte et à la victoire.

Des émules, il en aura aussi au sein du MNSD. Le caractère majoritaire de la décision du 13 août ne change rien à la démolition du parti. Beaucoup de militants de base qui ont eu maille à partir avec le régime ne comprennent pas la décision de la direction. Ils lui reprochent le manque de constance dans les prises de décisions. Ce qui a conduit certains analystes à affirmer que le grand baobab à scier ses racines et donc va mourir inexorablement. Ce qui est sûr, à notre humble avis, le MNSD par la décision de rallier le camp présidentiel perdra politiquement plus qu’il en gagnera.

            La fin de la COPA 2016 et renforcement du LUMANA

Avec le départ du MNSD de l’opposition, c’est la deuxième force de la COPA 2016 qui quitte le regroupement. La conséquence première c’est que la COPA prend un véritable coup de massue. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, le LUMANA sortira renforcé par cette décision du MNSD de participer à la gestion du pouvoir.

A moyen et à long terme, l’opposition en général et le LUMANA en particulier peut se voir renforcer par la venue des militants de certains partis mécontents de la majorité actuelle. Il peut s’agir de militants de Jamhuriyya, du MNSD et surtout du PNDS. Ces derniers peuvent donc renforcer l’opposition que nous pensons atterrée.

            Leçons à tirer …

Cette décision du MNSD prouve à suffisance qu’au Niger, les partis n’ont pas d’idéologie, ni de constance dans leurs prises de position. On découvre aussi que seuls les intérêts des dirigeants des partis sont pris en compte. Sinon, il est impensable que le MNSD qui hier pourfendait le PNDS et qui l’accusait de tous les noms d’oiseaux sauvages puissent décider de le rejoindre aujourd’hui. S’il adhère au Guri, cela veut dire qu’il se méconnait et doit donc s’excuser publiquement.

La conclusion est que la politique au Niger n’obéit à une aucune règle d’éthique. Dans tout ce méli-mélo, c’est la jeunesse qui paie un lourd tribut. Elle se voit trainée de gauche à droite sans que son consentement ne soit requis. D’ailleurs, elle risque d’être le plus grand perdant puisque ceux qui sont artisans de cette alliance contre nature ne sont pas des jeunes et militent pour s’accorder des avantages liés au pouvoir. Les jeunes n’auront ni de portes feuilles ministériels, ni de poste de responsabilités dans la haute sphère de l’Etat. C’est pourquoi, nous pensons qu’ils doivent songer à créer leurs propres structures politiques pour prendre en charge leur destin. Sinon, ils risqueront d’être des dindons de la farce pour des politiciens avides de gain, prêts à sacrifier tout le monde pour leurs propres intérêts. Il est grand temps que la jeunesse se réveille et qu’elle impose à cette classe politique vieillissante, sans foi ni loi un comportement responsable.

Rachida Mamane Oumarou ( membre fondateur du cadre de réflexion pour l’alternance)