Les réactions aux interdictions des burkinis sur plusieurs plages françaises suscitent autant de moqueries que de questionnements dans la presse étrangère.

Interdiction à Cannes, à Sisco, au Touquet…. La décision de plusieurs  maires français d’interdire le burkini de leurs plages intrigue la presse étrangère. Et que la polémique fasse parler jusqu’à la tête du gouvernement (Manuel Valls déclarant ce mercredi soutenir ces maires car ce vêtement n’est « pas compatible avec les valeurs de la France ») surprend à l’étranger, où l’on ne comprend pas vraiment les tenants et aboutissants d’une telle affaire.

Ironie et faux combat

Il y a d’abord ceux qui ne se privent pas de se moquer plus ou moins gentiment des Français en affichant leur incompréhension. A commencer par l' »International New York Times », qui titre : « La France désigne la dernière menace sur sa sécurité : le burkini ».

Evidemment, la presse britannique n’épargne pas non plus son voisin français. « The Guardian » publie ainsi un article intitulé : « Cinq raisons de porter un burkini – et pas juste pour ennuyer les Français ».  Dans ce texte, la journaliste Remona Aly explique pour quelles raisons le port de ce maillot de bain intégral constitue selon elle, au contraire des discours dominant la scène politique française, un acte de liberté et de féminisme, poussant son lectorat à « refuser d’être poussé hors du débat par ceux qui disent défendre la libération des femmes ».

Certains journaux vont plus loin en condamnant l’interdiction comme un acte « inutile », voire une erreur. Ainsi, Kathleen Parker juge dans le « Washington Post » que les maires français se trompent de combat. Elle estime même que cette interdiction est le « produit d’une islamophobie nourrie par les attentats terroristes et d’une politique de stigmatisation soutenue par des maires aux idées courtes. »

Un contexte pesant

Ces interdictions ne suscitent guère d’enthousiasme, qualifiées de « stupides et sexistes » par l’édition américaine du « Huffington Post » ou d' »acte de fanatisme idiot » par « The Telegraph ». Pour ce dernier journal, il est même « plus probable que cela fâche les musulmans modérés » dans un contexte de tension après les attentats de cet été.

Le site Algérie Focus en appelle lui aux musulmans : ce même contexte justifie selon lui de ne pas chercher de « provocation inutile » en portant la burqa ou le burkini. Dans un article du 8 août traduit par « Courrier International« , le site conseille aux musulmans de France d’agir intelligemment et de respecter les règles du pays : « Nous ne pouvons nous abstenir de faire grief à ces musulmans qui persistent à se singulariser de la sorte, sachant bien que la société occidentale est arrivée à un tel niveau de crispation à l’égard des musulmans, compte tenu de l’actualité, que la moindre anicroche sera déformée dans le sens d’une plus grande marginalisation des musulmans ».

Révélateur de l’état d’esprit français

La presse étrangère prend bien en compte les tensions dues à la série d’attentats qui ont frappé le sol français, mais cela ne suffit pas à ses yeux à expliquer l’ampleur de la polémique. Une telle affaire semble en effet non seulement inconcevable pour la plus grande partie de la presse anglo-saxonne, mais pas non plus souhaitable.

Aux Etats-Unis, toujours dans sa chronique du « Washington Post », Kathleen Parker tente un parallèle audacieux, expliquant que “le burkini est devenu le drapeau des confédérés de la France » devenant plus important pour ce qu’il représente dans l’esprit des personnes que pour ce qu’il est réellement.

« Comme le drapeau [des confédérés], le burkini signifie des choses différentes pour les gens, mais il est devenu un symbole puissant de l’affrontement culturel entre patriotes français et immigrés musulmans ».

Finalement, le coeur du problème serait cette laïcité « à la française ». Elle peut être difficile à saisir pour d’autres pays : Sean O’Grady explique ainsi dans « The Independent » que le « communautarisme » dont la France semble avoir peur est intraduisible directement en anglais, en tout cas dans sa dimension péjorative. Mais même une fois ce point de vue compris, la presse étrangère estime que ce débat ne fait qu’éloigner du vrai problème, élevant au rang de priorité un sujet anodin.

Martin Lavielle

L'Obs

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