Le printemps est cette période douce où les fleurs des arbres participent à la beauté du paysage. Il est souvent appelé la saison de l’espoir, car il précède l’été et ses jours ensoleillés. En somme, il représente le présent délicieux qui prépare un futur radieux.

Au Niger, comme partout, la jeunesse symbolise le printemps, à travers son état d’esprit et son niveau de maturité. Son état actuel présage du futur de la nation.

Cependant, la nature hétéroclite de la jeunesse nigérienne laisse entrevoir plusieurs printemps, dont il est difficile de savoir, aujourd’hui, celui qui va dessiner les contours du futur nigérien. Même si une certaine tendance se dégage de plus en plus.

Partons alors à la découverte de quelques printemps de cette jeunesse sur laquelle se pose l’espoir de tout un peuple.

  •  Le printemps de l’incivisme

 Il faut, bien sûr, préciser qu’il existe des hommes et des femmes politiques intègres. Mais le devoir d’honnêteté nous fait également constater que les partis politiques ont fortement contribué à l’établissement d’un comportement incivique au Niger. Le mérite n’existe que par adhésion politique (ou presque). Les fautes sont couvertes et protégées, toujours au nom de cette adhésion qui devient finalement un blanc seing. La patrie est mise au service des partis. Et la fin justifie les moyens : dilapidation des maigres ressources, corruption, détournements, …

La jeunesse étant le futur de la nation, on pourrait s’attendre à une inflexion de ces attitudes et l’introduction de pratiques saines. Que nenni.

Au contraire, elle est devenue l’anse par laquelle certains hommes politiques agissent dans leurs forfaitures. Ce qui a été rendu  possible grâce (ou à cause) de sa polarisation politique absolue, qui consiste à vendre son âme à un parti politique. Au point où tout se défend (lorsqu’il s’agit du camp choisi) et tout se critique (dans l’autre cas).

 Lorsqu’elle se polarise, cette partie de la jeunesse le fait sans réserve, ni mesure, ni retenue. Elle y va avec ses compétences et son énergie.

Si le parti choisi est aux affaires, elle devient complice des mêmes forfaitures qu’elle décriait la veille, à travers un silence assourdissant. Lorsqu’elle doit se prononcer, son énergie est mise au service de l’indéfendable.

Si le parti choisi n’est pas aux affaires, alors sa propre patrie lui devient étrangère. Elle étale les problèmes de son pays, avec fierté, devant le monde entier. Elle lui souhaite le pire. Elle met son énergie au service de la régression générale et ses compétences aux services de la désinformation.

Elle souhaite que la case commune brûle, afin que le camp d’en face laisse la place à celui qu’elle a choisi. Dans cette haine absurde, elle ne se rend pas compte qu’une case ne brûle jamais à moitié. Quand elle brûle, elle brûle pour tous ses occupants. La patrie est ainsi au service du parti. Et la fin justifie les moyens.

  •  Le printemps de l’insouciance

 Une autre partie de la jeunesse navigue dans l’océan de l’insouciance. Elle nous révèle un trait caractéristique particulier des nigériens : le désir de compliments faciles et abondants (sans un travail concret et bénéfique au profit de la société).

Elle présente parfois des tendances narcissiques, où chacun pense qu’il est beau, et veut qu’on le dise. Et puis c’est tout.

Il suffit de faire un tour sur les réseaux sociaux pour s’en convaincre. En effet, chaque nouvelle chemise (ou robe ou jallaba) est mise en valeur à travers une pose aussitôt publiée, où l’auteur est en attente d’un fameux « joli tof », « nice picture », auquel il répond tout satisfait de sa (prétendue ou vraie) beauté « merci » ou « Mr6 » pour les plus branchés.

Si ce n’est pas l’habillement qui est exposé, c’est la voiture, ou la maison, ou le bureau, ou même une table de restaurant bien servie. Bref, une façon de dire aux gens : « voyez-vous, j’ai réussi… », «je suis dans de bonnes conditions…. ».

 Comme si la réussite individuelle est le seul repère de cette jeunesse.

 Pourtant, quand on regarde tous les défis auxquels elle doit se préparer à faire face (énergie, eau, santé, éducation, emplois, ….), on a le droit de se demander de quel côté de l’histoire elle veut s’inscrire.

 Une autre partie de cette même jeunesse veut tout simplement montrer au monde entier qu’elle est fière de sa progéniture. Comme si le monde (ou elle-même) en doutait. Elle étale alors la vie de ces anges devant le monde.

 A l’heure où les données relatives aux personnes deviennent stratégiques (pour des raisons diverses), au point de voir se créer de nouvelles spécialités (comme les data scientist, par exemple) beaucoup de gens ont choisi de se vendre et de vendre leur famille à vil prix, sur les réseaux sociaux. Ils croient être acteurs. Mais en réalité, ils ne sont qu’une marchandise. Quelqu’un disait à propos : « lorsqu’un service est gratuit, vous êtes la marchandise ».

Vivement les jours où ces publications (ou posts) concerneront des solutions qui soulagent la population de ses souffrances quotidiennes. Peu de gens le font déjà. Mais ils représentent une goutte d’eau dans l’océan de l’insouciance.

  •  Le printemps magique

 Chez les enfants, la pensée magique consiste à croire qu’il suffit de désirer fortement quelque chose pour l’obtenir. Il paraît que cet état d’esprit s’arrête autour de 5-6 ans. Lorsqu’il continue à l’âge adulte, il est alors symptomatique d’une immaturité mentale.

Malheureusement, au niveau d’une partie de la jeunesse nigérienne cet état d’esprit continue bien au-delà de 6 ans.

En effet, face à tous les problèmes que connait la société, on l’entend dire assez souvent « ça va aller ». En prenant le soin d’ajouter « Incha Allah ». Et puis c’est tout.

Au même moment, chacun ne s’occupe que de ses propres affaires. La démarche de l’intérêt général est quasiment inexistante. Mais « ça va aller », « Incha Allah ».

A moins de se croire aux côtés d’Alice aux pays des merveilles, cette partie de la jeunesse doit se réveiller et mettre les mains dans les cambouis en reconsidérant sa position par rapport à l’intérêt collectif.

En outre, elle aurait dû se rendre compte déjà que la pensée, quelle que soit sa force ne fait pas bouger les choses, tant qu’il n’y a pas d’action.

  • Le printemps des résignés

Il s’agit de l’autre partie importante de la jeunesse à qui l’occasion n’est jamais donnée de construire un espoir. De l’entretenir, et de le faire grandir.

On ne lui tend la main que pour prendre son bulletin de vote. Puis, elle est de nouveau oubliée. Laissée à elle-même. D’ailleurs, elle a fini par comprendre que les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent.

Lorsqu’elle est en milieu rural, elle ne compte que sur la clémence du ciel pour avoir un hivernage fécond. Elle ne sait pas diversifier ses activités, car elle n’a ni la formation, et encore moins les moyens.

Lorsqu’elle est en milieu urbain, elle baigne dans l’amertume et le rejet de tout un « système ». Elle se sent oubliée, délaissée. Et cela, à juste titre.

Une fois qu’elle comprend que les critiques inaudibles dans les fadas ne font que l’enfoncer dans l’immobilisme, elle veut devenir « contractuelle ». Et cela, même dans l’enseignement.

Et oui, ce noble travail est devenu (en partie) un refuge des résignés au Niger. Ils y vont pour « gagner quelque chose » à la fin du mois. Certains n’ont pas le niveau pour enseigner, mais qu’à cela ne tienne !

Ils trouvent que c’est l’un des seuls  moyens faciles pour « soutirer » quelque chose à « gomnati ».

L’éducation qui est le fer de lance de tout développement prend alors un sérieux coup. Cherchez le coupable.

 Il faut préciser, au passage, qu’il y’a des enseignants de très bonne facture et qui font un très bon boulot (par vocation et non par résignation).

  •  Le printemps de l’espoir

Dans ce capharnaüm, il existe une partie de la jeunesse qui est bien consciente du rôle qui doit être le sien dans l’idée de l’intérêt collectif et global. Tous ses actes tendent à créer une dynamique au service du développement socioéconomique du Niger. La fin de toutes ses actions et réflexions reste le Niger. Elle choisit alors plusieurs moyens pour y arriver : associations, création d’entreprises (et donc d’emplois et de richesses), groupes de réflexion, sociétés d’investissement, partis politiques (pour ceux qui mettent le parti au service de la patrie, et non l’inverse).

Ce printemps est malheureusement celui qui rencontre le plus d’obstacles dans la société nigérienne.

Dans cette confusion née du paradigme du printemps de la jeunesse nigérienne, deux questions fondamentales nécessitent des réponses :

 -Quel printemps a aujourd’hui le crayon qui dessine les contours du futur du Niger ?

-Comment faire converger tous ces printemps vers le printemps de l’espoir ?

Mamane Oumarou