Après la tempête de la présidentielle du 21 février dernier, l’heure, pourrait-on dire,  est à l’apaisement et à la reconfiguration de la classe politique au Niger. En effet, selon certaines informations, le Mouvement national pour la société de développement (MNSD)-Nassara s’apprête à quitter l’opposition pour rejoindre la majorité présidentielle. Ce, à l’issue d’une réunion du Bureau politique tenue le week-end dernier à Niamey, où la décision a été prise en vue de répondre « favorablement à l’appel du président de la République » de former un gouvernement d’union nationale, « dans les intérêts supérieurs de notre pays ». Dans ce sens, mandat a été donné au président du parti, Seini Oumarou, «d’entamer les démarches utiles » en vue « de concrétiser la volonté » du parti de «  participer à la gestion du pouvoir ». De prime abord, cela est une bonne chose, que les Nigériens fument le calumet de la paix et se donnent la main pour la construction de leur pays.

Le bilan mitigé du parti aux dernières élections, n’est pas étranger à une telle décision

Le hic, c’est que cette main tendue du président Mahamadou Issoufou, ne date pas d’hier, mais plutôt de sa réélection contestée en mars dernier à l’issue du second tour de la présidentielle, par l’opposition qui avait fait front contre lui, à travers la Coalition pour l’alternance (Copa 2016) dont on se souvient qu’elle avait rejeté la proposition présidentielle, conditionnant « tout dialogue » à « une transition » vers de nouvelles élections « transparentes et crédibles ». Moins de six mois après, ce parti de l’opposition semble revenir à de meilleurs sentiments, à en croire sa décision d’intégrer à présent le gouvernement. Que s’est-il passé ?, pourrait-on s’interroger. En tout cas, le timing de cette décision amène à s’interroger  non seulement sur les raisons d’un tel revirement, mais aussi sur l’avenir de ce parti. Surtout, si les autres partis de l’opposition doivent vivre ce ralliement comme une trahison, quand on sait que depuis sa perte du pouvoir en 2010, le MNSD  était devenu l’une des figures de proue, connue pour ses critiques acerbes contre la gestion du président Mahamadou Issoufou. En se risquant à des explications sur les raisons de ce retournement de… boubou, on peut dire que le bilan mitigé de ce parti aux dernières élections, n’est pas étranger à une telle décision. Car, visiblement en perte de vitesse sur le terrain, le parti peut être mû par la volonté de se refaire une santé. Or, il est connu qu’en Afrique, il est plus facile de se faire de la visibilité quand on est au pouvoir  plutôt que dans l’opposition. D’autant qu’être opposant en Afrique, ne nourrit pas toujours son homme. C’est pourquoi beaucoup viennent en politique pour se faire une place au soleil, en s’abritant, hélas, sous la tente du pouvoir. Parfois, au détriment de l’opinion des militants à la base. Ceux-ci  sont en effet souvent déroutés par certaines prises de position de leurs dirigeants, à tel point qu’ils finissent par considérer leurs dirigeants et leurs adversaires politiques, comme les caïmans d’un même marigot. Ce revirement du MNSD pourrait aussi s’expliquer par l’attitude de son allié, le Modem Fa Lumana de Hama Amadou. En effet, le radicalisme de l’opposition contre Mahamadou Issoufou lors du dernier scrutin présidentiel, était aussi lié à la détention en prison de son champion, Hama Amadou, pour une sombre affaire de trafic de bébés. Arrivé deuxième à la présidentielle, ce dernier n’avait pas la possibilité de battre campagne. Mais depuis que l’opposant a été remis en liberté provisoire fin mars, juste au lendemain de la présidentielle, son parti est devenu quelque peu aphone et atone. Cela aussi peut avoir poussé le MNSD à adopter la position qui est la sienne aujourd’hui, pour sa propre survie.

C’est Mahamadou Issoufou qui peut boire tranquillement son petit lait

Maintenant, la question est de savoir ce que le MNSD a à gagner ou à perdre en ralliant  la majorité présidentielle. En pesant le pour et le contre, sans doute a-t-il plus à gagner qu’à perdre, du moins à court terme. Mais à long terme, ne court-il pas le risque d’un suicide politique ? L’histoire nous le dira. En attendant, c’est Mahamadou Issoufou qui peut boire tranquillement son petit lait ; lui qui a besoin de calme pour dérouler son programme et dont la sérénité est déjà assez troublée par les attaques récurrentes de Boko Haram sur son sol. Nul doute qu’un tel ralliement contribuera à décrisper l’atmosphère sociopolitique dont le mercure était monté à un tel niveau que l’on avait craint, à un moment donné, le pire. Cela dit, force est de constater qu’en Afrique, il n’est pas facile d’être opposant. Si fait qu’il n’est pas rare de voir certains, parfois parmi les plus radicaux, aller à la soupe à la moindre occasion. Ils préfèrent ainsi ne plus broyer du noir dans une opposition qui a peu de chances, avec les moyens limités qui sont les siens, de bouleverser un jour l’ordre des choses. De ce point de vue, c’est la démocratie qui perd. Car, il faut toujours un débat contradictoire sain, pour la tirer vers le haut. Or, si ceux-là qui peuvent porter ce débat contradictoire, doivent troquer leur silence contre des strapontins, c’est le peuple qui sera le plus à plaindre. En tout état de cause, en réussissant à battre ses adversaires dans les urnes, puis à les rallier à sa cause, Mahamadou Issoufou s’assure une double victoire sur ses opposants et donne la preuve qu’il a bien les cartes de la maison Niger en main. Et ce ralliement d’une grosse pointure de l’opposition comme le MNSD au pouvoir, est une fois de plus la preuve qu’en politique, il ne faut jamais dire jamais. Tant elle semble avoir ses raisons que la raison du citoyen lambda ignore. En tout cas, il y a de quoi donner raison à ceux qui pensent que la politique, surtout en Afrique, est le monde de tous les possibles.

 

« Le Pays »

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