Le Mouvement national pour la société de développement (MNSD Nassara) a décidé de tourner la page de 7 années d’opposition en prenant la main tendue du président Issoufou Mahamadou. Ses désormais ex alliés de l’opposition ont fait contre mauvaise fortune bon cœur. Sans conteste, ce départ réduit l’opposition à sa portion congrue. Elle lui enlève aussi sa partie la moins belliqueuse, la moins va t-en guerre.

Il reste aux dirigeants du MNSD à satisfaire 2 exigences : la première tient à la déclaration officielle que leur parti doit publier sur sa désaffiliation de l’opposition et conséquent son adhésion à la majorité ; la deuxième, clarifier les termes du contrat politique que le MNSD va signer avec le pouvoir. Nous disons avec le pouvoir parce que le MNSD répond à un appel au rassemblement du président de la République, qui est, comme le prescrit la Constitution, au dessus de la mêlée. Pour l’instant, il est peu probable que ce soit expressément une alliance entre le PNDS et le MNSD.

En parlant de contrat, on indique, de sources non officielles, que le retour avant terme du président Issoufou de ses vacances, une semaine seulement après son départ, pourrait rentrer dans la perspective de mettre au point le document d’entente. Car le mois de septembre serait chargé tant pour le président de la République, qui assistera au sommet des pays non alignés au Venezuela et à l’Assemblée Générale des Nations unies, que pour le Premier ministre, chef du gouvernement.

Sur les termes du contrat, il y a aujourd’hui trop de supputations. Certains laissent croire, certainement dans une logique de désinformation, que le MNSD héritera de la Primature ou de la Présidence de l’Assemblée nationale. Ce sont des supputations d’autant que les négociations n’ont pas véritablement atteint leur vitesse de croisière pour en déterminer la finalité. Dans un régime semi présidentiel, la mise en œuvre du programme sur la base duquel le président de la République a été élu relève du Premier ministre, chef du gouvernement. Ce dernier est aussi chef de la majorité. Le MNSD, rappelons-le, n’était pas d’accord avec le programme du président Issoufou. Même si aujourd’hui, il a rallié la majorité par nécessité, il est peu probable que le pilotage du programme présidentiel lui soit confié.

Quant à la Présidence de l’Assemblée nationale, il faut simplement rappeler que le titulaire, militant du PNDS, a été élu, il y a seulement 4 mois. Le président est élu pour la durée de la législature à moins de modifier la Constitution pour les besoins de la cause comme cela a été le cas au Sénégal, à l’époque du président Abdoulaye Wade, avec tout le discrédit qui en a résulté. Autre possibilité, amener le titulaire a démissionné de son plein gré ou à le faire démissionner avec éventuellement des conséquences politiques qu’on ne saurait tout de suite appréhender. Rien n’est donc encore joué.

Pour l’heure, ce sont les partis de la majorité qui s’inquiètent de leur sort avec l’arrivée du MNSD. Curieusement, les dirigeants du MPR Jamhuriya sont sereins, et ceux du MPN Kishin Kassa envisagent de saluer le ralliement de l’ex parti Etat, apprend-on. Les partis de la majorité envisageraient de rencontrer le président Issoufou pour être fixés sur leur sort.

Franc jeu !

Beaucoup semblent créditer la thèse de la sincérité du MNSD. Ce parti est prêt à participer à la gestion du pouvoir par son entrée au gouvernement. Preuve de leur sérieux, les dirigeants du MNSD viennent de mettre les petits plats dans les grands en menaçant de sanctions les frondeurs qui tenteraient de discréditer la décision souveraine du parti. Tel que cela a été dit, il n y a nulle place pour les plaisanteries. On s’attend alors à voir les Ibrahim Foukori, Ibrahim Hamidou et  Issoufou Tamboura, qui sont contre le ralliement, exclus du parti s’ils continuent à vilipender publiquement cette décision. Il est vrai que ce sont des figures bien connues du parti, qui expriment clairement leur opinion même s’ils ne sont pas des leaders dans leurs localités, donc en mesure d’influencer les bases du MNSD.

Une nouvelle configuration du paysage politique

Ces 6 dernières années, la coalition de l’opposition a connu une forte instabilité qui renseigne sur sa fragilité et le déficit d’ambitions et d’engagement de ses membres. On a connu l’Alliance pour la Réconciliation Nationale (ARN), l’Alliance pour la Réconciliation, la Démocratie et la République (ARDR) et la Coalition pour l’Alternance (COPA 2016). Et puis, plus rien. Toutes ces alliances ont fondu comme beurre au soleil. Aujourd’hui, l’opposition n’a plus de cadre formel d’expression. On s’attend donc à une recomposition de l’alliance de l’opposition autour de Lumana, Hankuri et UDR, les 3 partis représentés à l’Assemblée nationale. A ce sujet, il y a des questionnements auxquels il faut répondre :

Premièrement, il s’agit de la position de Lumana qui, selon certaines sources, aurait été intéressé à renouer avec le pouvoir bien avant le MNSD. Lumana a-t-il définitivement renoncé à quitter l’opposition ?

Deuxièmement, c’est la situation politique de l’ancien président de la République, Mahamane Ousmane, élu député sous la bannière du parti Hankuri. Or, il y a quelques semaines, ses partisans ont fondé un nouveau parti dénommé RDR. Va-t-il rejoindre le RDR et accepter en conséquence de perdre son siège de député ? Va-t-il rester à Hankuri dont il n’est pas le leader attitré ?

Troisièmement, c’est le cas des députés UDR. On se rappelle que pendant la grève parlementaire des députés de l’opposition, un élu de l’UDR avait rompu les rangs en siégeant normalement à l’hémicycle. Vont-ils accepter cette fois le mot d’ordre du président de leur parti Amadou Boubacar Cissé, dont l’Histoire retient qu’il a réalisé un score ridicule à la dernière élection présidentielle (pour quelqu’un qui prétend être le principal challenger du président Issoufou) et qui n’a pas été élu député ? Cette nouvelle opposition pourra-t-elle faire mieux que la précédente en termes de contribution au renforcement de la démocratie ?

O. Sanda (Le Républicain No 2091)