Qu’est-il arrivé à nos acteurs politiques pour être si silencieux, ces derniers temps ? Sont-ils tous en vacances ? Se remettent-ils de la fatigue de la campagne électorale des mois de février et mars derniers ? Ont-ils fait la paix des braves ? Autant de questions qui rendent compte de l’apathie des acteurs politiques nigériens, ces derniers temps. Qu’ils soient de la majorité et de l’opposition, ces acteurs répondent aux abonnés absents même lorsqu’il s’agit des problèmes les plus aigus qui concernent le pays.

Les mieux inspirés ont préféré des jeux des couloirs. C’est le cas de l’ex président du CDS Rahama et ex porte-flambeau de Hankuri, un parti anonyme, Mahamane Ousmane, qui aurait préféré une démarche de proximité pour faire connaitre la nouvelle formation politique que ses partisans ont récemment portée sur les fonds baptismaux. Le RDR (le nouveau parti) serait la bouée de sauvetage du président Ousmane qui tente de survivre politiquement, lui qui fut président de la République démocratiquement élu et dont le destin actuel est des plus pitoyables. En séjour à Zinder, son fief, Ousmane ferait le porte à porte pour « vendre » le RDR. Il le fait si discrètement car il est encore député élu sous la bannière du parti Hankuri qu’il envisagerait de laisser tomber. Il tient, malgré tout, à ne pas perdre son statut de député.

Un autre acteur politique de grande envergure qui fait profil bas, c’est Hama Amadou, le leader du parti Lumana. Depuis son évacuation sanitaire en France, à la veille du 2è tour de l’élection présidentielle qui l’a opposé au président Issoufou Mahamadou, Hama Amadou a préféré poursuivre sa convalescence médicale et même politique à Paris. L’absence sur le terrain de sa
garde rapprochée constituée de Soumana Sanda, Oumarou Dogari, Issoufou Issaka, pour ne citer que ceux-là ajoutée à sa maladie a refroidi sans doute ses « ardeurs ». Poursuivis dans des dossiers sensibles liés à la sûreté de l’Etat, ils croupissent actuellement en prison. Le retour de Hama a été annoncé à plusieurs reprises par ses thuriféraires, sans qu’il ne se réalise. Simple effet d’annonce, rétorquent leurs adversaires y compris ceux de l’ex opposition. Les partisans de Hama, eux-mêmes, ne sont plus convaincus par la capacité de leur champion à porter leur combat jusqu’au bout. Le parti n’existe qu’à travers les réseaux sociaux où les lumanistes affabulent sur tout et rien. Hama était annoncé ces derniers temps, dans la sous région, suite au décès d’un de nos compatriotes. L’intéressé a été élu député. A cette date, il n’a pas encore siégé. Pourtant, il aurait pu laisser son suppléant, tout aussi méritant politiquement, prendre place à l’hémicycle.

Son absence pose aussi le problème de chef de file de l’opposition. Nul doute que le président du MNSD, Seini Oumarou, dont le parti est la 3è force à l’Assemblée nationale, pourrait être intéressé si jamais ce poste est déclaré vacant. A moins qu’il ne soit plutôt intéressé par son rapprochement avec le régime en place comme le laisse croire la rumeur, depuis un certain temps. Il est désormais établi que la COPA (Coalition pour l’alternance), l’alliance de l’opposition, a cessé d’exister. Chaque parti s’occupe de son propre destin, opère ses propres calculs et trace sa propre trajectoire politique. L’opposition vit en rangs dispersés. Aujourd’hui, c’est son existence même qui est à l’ordre du jour. Ce serait dommage pour notre processus démocratique de manquer d’une opposition qui se pose en véritable contre-pouvoir.

La situation n’est pas différente au niveau de la majorité. La Mouvance pour la Renaissance du Niger (MRN) est aujourd’hui une coquille vide. Elle est tout juste bonne à placer quelques CV pour satisfaire la clientèle politique de certaines « grosses pointures » du régime. A quoi sert la MRN, elle qui est incapable de se prononcer même sur des questions qui préoccupent les nigériens au plus haut point ? A rien du tout. La MRN n’est pas plus qu’un instrument clientéliste.

O. Sanda (Le Républicain du 4 août 2016)