La communauté musulmane du Niger vient de fêter dans l’allégresse malgré les incertitudes persistantes jusqu’à la veille de cette fête notamment dans la capitale où des mesures ‘’gouvernorales’’ étaient perçues comme étant de nature à compliquer la vie aux gouvernés pour la célébration de la grande fête musulmane ou fête du mouton. Mais, au finish, malgré tout la majorité a pu sacrifier à la tradition. Témoignages.

Le moins qu’on puisse dire cette année le  prix du mouton a été mitigé. Pourtant tout le monde s’attendait comme annoncer par certaines chaînes de télévision à des prix très abordables. Et aussi, l’on a pensé naïvement que la mesure du gouverneur d’interdire aux revendeurs des  moutons de circuler dans la ville de Niamey allait profiter au consommateur. Très malheureusement ceux qui ont voulu ruser avec le marché de bétail l’ont appris à leurs dépens tant les prix des ovins n’étaient pas accessibles au grand dam des retardataires.

« J’ai regretté d’avoir refusé le mouton de mon cousin Salif à 85 000 F. Quand je suis allé au marché de bétail la veille de la fête,  il y avait une pénurie de moutons moyens. C’était vers 4 heures du matin que j’ai trouvé un à 95 000 F », s’indigne Harouna résidant à Darsalam. L’on a suivi d’autres témoignages sur les télévisions de la place où des citoyens exprimaient leur ras-le-bol sur la flambée inattendue des prix du mouton.

« Je pense que la mesure du gouverneur d’interdire aux revendeurs ambulants de mouton de faire du porte à porte avait compliqué la situation pour certains fidèles. J’ai eu un gros mouton à 70 000 F et j’en ai vu d’autres acquérir  des bons moutons à 50 000 et 60 000 F », se réjouit Dan Foulani qui s’est tiré d’affaires.

Il faut dire qu’en plus du prix mitigé du mouton, le bois de chauffe n’était pas aussi abordable à Niamey cette année. Et le bouc émissaire est vite trouvé en la personne du gouverneur qui a osé prendre une cascade de mesures anti sociales à la veille de la fête. « Si Déjà bien avant la fête tout le monde se plaint du manque d’argent et de la vie chère, vous comprenez bien qu’il n’est pas aisée pour la classe moyenne de fêter dans des conditions convenables. S’il faut en plus du mouton, habiller femmes et enfants et qu’il vous faut 10 000 F pour le bois seulement autant dire que les petits revenus seront obligés de s’endetter pour faire face à cette obligation religieuse. Ce qui va se ressentir longtemps dans les foyers », nous confie Aboubacar un cadre de l’administration centrale.

Pourtant, selon Malam Saidou, il n’y a pas d’obligation de sacrifier le mouton lorsqu’on n’a pas les moyens de le faire. L’islam vise à rendre facile la vie au lieu de la compliquer. C’est parce qu’on sait justement qu’il y a des gens qui ne pourront pas s’acheter le mouton qu’Allah a prescrit la part des nécessiteux dans le sacrifice des nantis, explique-t-il.

Toutefois,  au regard du nombre de moutons égorgés à travers les quartiers, l’on se rend à l’évidence que malgré tout la majorité s’est débrouillée pour s’offrir le précieux mouton. Cette année comme les autres, le nigérien par orgueil ou par sens de responsabilité a appris à faire avec la fête de Tabaski. Les plus clairvoyants (notamment les anciens) font leur petit élevage ou s’achètent leur petit mouton à entretenir pour faire face à ce grand événement qui revêt un caractère à la fois religieux et social. A la vérité,  ne pas avoir ce mouton est une grande gêne pour les pères de famille. Malgré les prédications et autres sermons la fête de tabaski reste et demeure une période de tensions dans la société, dans nos villes comme dans nos villages. Ne pas disposer du mouton pour la tabaski continue malheureusement à semer la discorde dans les foyers. Ce qui explique la primauté des traditions sur la recommandation religieuse. Pratique qui  est justement contraire à l’esprit de la fête musulmane qui est synonyme de réjouissance, solidarité et amour dans les foyers.

Elh. M. Souleymane