« J’ambitionne d’être le héros nigérien de la bande dessinée et du jeu vidéo, comme Issoufou Alfaga l’est pour le Taekoewdo », déclare Housseini Issa Mahaman Sani

Il s’appelle Housseini Issa Mahaman Sani et il a 25 ans. Il est infographe et professeur d’arts plastiques à l’école Alliance. Titulaire d’un BTS en communication des entreprises, il reste cependant un mordu des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTICs).  Véritable génie de l’informatique, il vient de concevoir un jeu vidéo, « Les héros du Sahel », qui fait tabac sur les réseaux sociaux. Il s’est confié à votre journal, pour parler de sa passion et des ses projets.

Le Républicain : Vous venez de concevoir, à 25 ans, un jeu vidéo dénommé « Les héros du Sahel ». Comment en êtes-vous arrivé là ?

Housseini Issa Mahaman Sani : Je suis parti du constat que dans notre pays, nous sommes vraiment en retard dans les Nouvelles technologies de l’information et de la communication. Et comme, personnellement, j’ai une base dans ce domaine, j’ai décidé de faire quelque chose, une sorte de révolution en quelque sorte. C’est ainsi que j’ai conçu ce jeu vidéo, intitulé « Les héros du sahel », qui se base sur une bande dessinée appelée « Chamssou, le guerrier soleil », un super héro nigérien qui utilise l’énergie solaire à son avantage pour combattre les méchants.  J’ai mis six mois à concevoir ce jeu. Une première version est déjà disponible, je l’ai publiée sur Facebook, histoire de recueillir les réactions du public, en attendant la version complète qui sortira l’année prochaine, c’est à dire en 2017.

Le Républicain : Et comment le public a-t-il accueilli cette première version ?

Housseini Issa Mahaman Sani : La réaction a été au-delà de mes attentes. Comme le partage était gratuit, la vidéo  a vite fait le tour du monde. Je l’ai publiée le 26 août et à la date d’aujourd’hui, nous sommes à plus 984 téléchargements des deux côtés, c’est-à-dire la version Android et la version PC. Ca veut dire que d’ici la semaine prochaine, nous serons à un millier de téléchargements.

Le Républicain : Concevoir un tel jeu dans le contexte nigérien est un pari risqué, avec notamment les barrières socioculturelles, mais aussi les jeux vidéo étrangers qui inondent nos marchés ?

Housseini Issa Mahaman Sani : Merci d’utiliser le mot barrière, parce que, c’est vrai, au Niger les gens ont toujours peur de tout ce qui est nouveau, ils ont peur de consommer ce qui leur appartient, ils ont peur d’acheter tout ce qui est  produit sur place. Tout se passe comme si le nigérien avait, au fond de lui, baissé les bras en se disant : « A quoi ça sert de croire ; de toutes les façons nous sommes le dernier pays de la planète, pourquoi créer ce que la population nigérienne ne va pas consommer ? etc ». Or moi je pense qu’il faut toujours oser, il faut toujours chercher à aller de l’avant. Même en sachant qu’il y aura toujours des gens qui seront là pour vous mettre les bâtons dans les roues. Si vous êtes sûr de ce que vous faites, alors il faut toujours foncer et tout faire pour que ça marche. Moi je suis dans la bande dessinée depuis mon enfance et les gens font tout pour me décourager, mais comme je crois en ce que je fais, je ferme les oreilles et je poursuis mon chemin. Et je sais qu’il y a des gens qui croient en ce que je fais, qui croient en l’avenir du Niger et de la jeunesse. Regardez par exemple tout le changement intervenu dans le pays en cinq ans, avec les échangeurs, les routes et toutes les réalisations physiques. Ca veut dire que le Niger ne stagne pas, bien au contraire, il avance. Aujourd’hui, nous venons d’avoir un champion olympique en la personne de Abdoul Razak Issoufou Alfaga. Pourquoi ne pas croire qu’on va aussi avoir un héros nigérien de la bande dessinée, du jeu vidéo, c’est possible et c’est cela mon ambition.

Le Républicain : Dans ce jeu vidéo, vous avez utilisé une chanson du célère artiste musicien Mallam Maman Barka. Pourquoi ? Ne craignez-vous pas aussi des ennuis avec les éventuels droits d’auteur ?

Il n’y a aucun problème pour les droits d’auteur, d’autant que le jeu vidéo lui-même est gratuit. Pour ce qui est du choix de l’artiste et de la chanson, il faut dire que Maman Barka est un artiste que j’admire et respecte beaucoup, depuis ma plus tendre enfance. La chanson que j’ai choisie pour le jeu vidéo s’appelle, « Niger mon beau pays ». C’est cette chanson qui m’a inspiré pour mon personnage principal, des héros du sahel. C’est une manière de rendre hommage aussi aux artistes nigériens, qui ont tout donné au Niger, ce beau pays. Et c’est pourquoi justement le héros, Chamssou est habillé aux couleurs du Niger.

Housseini Issa Mahaman Sani : Quels sont projets et vos attentes envers les pouvoirs publics, notamment le ministère en charge de la Renaissance Culturelle ?

Mes attentes, c’est surtout en termes de soutien et quand je parle de soutien, c’est dans le sens de promouvoir « Les héros du sahel », pour qu’il soit connu partout au Niger et au-delà des frontières nationales. Le Niger était à terre il y a seulement quelques années ; aujourd’hui le Niger est en train de renaître. Cette renaissance du Niger doit se conjuguer avec celle des artistes. Ce que le ministre de la Renaissance Culturelle doit faire, c’est aussi de soutenir les artistes en général et la jeunesse en particulier. Nous avons beaucoup d’idées et d’ambitions pour notre pays. Nous avons juste besoin d’oreilles attentives et de soutien de la part de nos autorités pour aller de l’avant et faire avancer les choses. Il faut que toute la jeunesse nigérienne se mette une chose dans la tête, c’est à nous de changer les choses. Il n’y a pas de mal à trouver des obstacles dans la vie. C’est normal, ca fait partie de la vie. Et lorsqu’une idée, un projet, quel qu’il soit ne rencontre pas des obstacles et des barrières, c’est que à la base même ce n’était pas une bonne idée, un bon projet. Il faut simplement savoir  surmonter ces obstacles et aller de l’avant.

Propos recueillis par Gorel Harouna (Le Républicain no 2093)