Il a fallu que le Président de la République rassemble ceux qui sont concernés par l’opération pour qu’un commissaire de Niamey Nyala, longtemps dans l’anonymat, sorte de son bureau pour faire bouger les choses. Malgré le branle-bas ainsi déclenché, le manque de poigne de la Mairie centrale a obligé le gouverneur, excédé par l’immobilisme constaté, à reprendre du poil de la bête et prendre une avalanche de décisions pour assainir la ville. Ces décisions gouvernorales qui devaient être prises depuis fort longtemps et dont la brutalité n’a surpris personne, ne doivent pas faire augurer d’un séisme économique comme certaines mauvaises langues tendent à le soutenir.

 Au lieu d’attendre que le Gouverneur de région accoure pour lui sauver la tête et plutôt que de traîner des travaux inachevés ou non entamés, comme dans un interminable cauchemar, tout bon Maire, celui de la capitale du reste, doit être capable de toutes les ruses pour transformer positivement sa ville. Par les temps qui courent, prendre un peu de risques est déjà trop et quand on est à l’orée d’élections aussi déterminantes que celles des municipales, pas besoin de faire un dessin de la taille des enjeux à un maire sortant.

Le principe de la différence (une chose ne saurait être à la fois ce qu’elle est et son contraire) doit clairement s’appliquer pour Niamey : est-elle ou pas une capitale ?    Les autorités municipales doivent s’opposer ardemment au ballet des interventions, la prolongation de ce jeu du chat et de la souris qui aboutissent généralement à d’inattendues volte-face, ce qui est plutôt agaçant et ne projette rien de rassurant. Cela fait même l’effet d’un déchet administratif inutilement et fortement médiatisé qui remettrait une fois de plus en cause la conviction qui anime le gouvernorat. Certains de nos maires ne pouvant faire courageusement face à l’invulnérabilité des décisions qu’ils prennent pour le bonheur des populations qui les ont élus.Pourtant ces maires qui baignent dans une inertie chronique en exacerbant la colère des citadins, jurent n’avoir que la propreté des quartiers comme obsession, la praticabilité et la beauté des rues comme embarras majeurs alors qu’au fond d’eux-mêmes, ils s’en soucient à peu près autant que de leur premières chemises. Comme s’ils traînaient des boulets aussi lourds que le mandat qu’ils ont accepté d’assumer ou comme s’il planait au-dessus de leur tête une raison plus puissante que la perte d’un mandat.

  Aucun habitant de Niamey n’a pu dissimuler sa satisfaction pour ce début musclé d’assainissement, en dehors évidemment de ceux dont les intérêts sont immédiatement et individuellement exposés à une reconstruction. On peut toujours s’inspirer de Rudyard Kipling dans son célèbre poème « If… » en s’adressant à son fils : Si tu peux voir en un jour détruit l’ouvrage de ta vie et, sans dire un seul mot te mettre à rebâtir…alors tu seras un homme, mon fils. Connaissant la débrouillardise de nos commerçants, nul doute qu’ils réussiront à se réinstaller convenablement. Ils savent que ce qui est important, c’est l’intérêt collectif, l’intérêt national. Parmi ces décisions, celle de l’interdiction de la vente de bétail hors des marchés réputés pour cette activité. Excellente initiative mais le problème adviendra du flux qui s’abattra sur la ville et que cette dernière devra accueillir quelques jours avant et après la fête de Tabaski. Un flux ininterrompu et l’exiguïté momentanée de Tourakou qu’il faudra forcément juguler, une entreprise fort difficile à gérer face à l’urgence.

Dans ce cas précis, « a giara » se fera souhaiter car, bien que populaire, la décision tombe sur le moment critique où la recherche du mouton donne des sueurs froides à ceux qui sont logés loin des marchés. Il serait idéal d’écouter les supplications, de fermer les yeux pour ce laps de temps et ajourner la mesure afin de permettre aux couches défavorisées de marchander au coin des rues, selon la lourdeur de la bourse. Faire bénéficier de cette faveur collective à la population. Chacun fera son choix incognito et ira mettre ce bien précieux en lieu sûr pour ne pas éventuellement, aiguiser l’appétit des rodeurs de nuit. Cette indulgence ponctuelle mettra à l’abri des désagréments et de la surenchère des taxis, ceux ne disposant pas de moyens de transport. Ceci n’arrivant d’ailleurs qu’une fois par an…Ce serait un geste socialement soulageant, la continuité d’une attitude longuement ancrée dans nos mœurs et qui peut être améliorée. Ces béliers ne sont pas assimilables aux animaux errants pourchassés à travers la ville et qui ont mystérieusement disparu de la circulation, au grand bonheur des usagers de la route. Ces opérations méritent de la part de la population une bonne compréhension et un soutien ferme qui doivent être aux limites de la complaisance avec les autorités régionales.

   En cette année d’abondant pâturage, les salaires et les pécules pour les uns, les petites économies pour les autres auront été dilapidés lorsqu’arrivera la fête. Il paraît que les prix ne flamberont pas ! Nous disons chiche pour deux raisons principales. Primo nous jetterons notre dévolu sur les moutons arrivés de l’extérieur et donc plus abordables, deuxio parce que le salaire du mois de septembre est inenvisageable par anticipation dans la première décade, à moins qu’une magnanimité ne vienne d’en haut. Nous conseillons à ces bâilleurs tapis dans l’ombre et qui se transforment en occasionnels vendeurs de bétail durant cette période, le risque qu’ils encourent de faire des invendus, à force de se pourlécher en rêvant du nombre d’acheteurs à pigeonner.Remarquons que même les politiciens les plus féroces en opposition se sont alignés sur la ligne de départ pour la construction nationale. Belle leçon pour ceux qui ne veulent pour rien au monde lâcher la petite parcelle de pouvoir qu’ils détiennent, ce sont les mêmes qui endossent gaillardement la paternité de la réussite d’une opération à laquelle ils ont participé, mais qui, sans aucune vergogne se voilent la face lorsqu’elle échoue.

Pour notre part nous avons confiance en cette nouvelle phobie (si elle en est une) pour l’excellence qui doit renforcer notre tendance à cultiver les valeurs de propreté et d’ordre ajoutées à notre légendaire hospitalité en vue de réussir ce challenge national que représente l’organisation d’un somment de l’Union Africaine.  En attendant, on ne peut rêver d’une meilleure prise de taureau par les cornes. Coup de chapeau donc à ce gouverneur qui s’est courageusement résolu à donner un nouveau visage à sa région, ce qui ne lui vaudra pas que des amis. L’une des faces de la reconstruction ne va pas sans l’autre.

                                                                                                                                Innocent Raphael