Un repris de justice c’est une personne qui a déjà subi une condamnation pénale. C’est dire que nous n’exagérons rien : l’expression repris de justice colle désormais au député Soumana Sanda coordonnateur de la Section Lumana de Niamey. C’est peut-être pourquoi à travers sa voix cassée, l’on a senti qu’il manquait de la gloire au triomphe de la libération malgré l’imposant cortège qui l’a raccompagné jusqu’à son domicile. Un député repris de justice, il va sans dire que désormais le prochain combat de Soumana Sanda c’est assurément se faire accepter par ses pairs députés. Que de joutes et houleux débats en suspens au parlement !

Le week-end dernier a été marqué au Niger par la libération de Sept militants du parti de Hama Amadou, président du Moden Fa Lumana arrivé deuxième à l’élection présidentielle. Soumana Sanda et six (6) de ses codétenus ont été remis en liberté après avoir purgé leur peine infligée par la justice qui les a condamnés dans le cadre de l’affaire de l’accueil de Hama Amadou le 14 novembre 2015. Ils avaient été poursuivis pour « attroupement armé et non armé » et condamnés à 12 mois de prison dont 10 mois fermes et 2 mois avec sursis.

« Je remercie l’ensemble des militants Moden Fa Lumana-Africa et, au-delà, tous les Nigériens qui, durant ces 10 longs mois, nous ont apporté soutien et réconfort. Je saisis cette occasion pour leur dire merci et que la lutte continue. », a déclaré Soumana Sanda face à ses affidés. Et l’ancien député Lumana Amadou Sala d’ajouter : « la journée d’aujourd’hui est mémorable. Notre militant Soumana Sanda vient d’être libéré. Les juges ont lu et ont vu le droit. »

Mais faut-il le préciser, au delà de la joie somme toute normale que peuvent éprouver les militants du Moden Fa Lumana, l’on ne peut également perdre de vue que Soumana Sanda est sortie de prison sans être blanchi des charges qui ont pesé sur lui. Au contraire c’est une condamnation en bonne et due forme qu’il vient de purger. Un sursis de deux mois pèse encore sur ce fougueux homme politique qui doit comprendre qu’il devra se tenir à carreau. L’on comprend également le satisfecit en son temps éprouvé par ses avocats qui n’ont pas jugé utile de faire appel de cette condamnation. Les appels à peine voilés à la violence lancés en prélude à l’arrivée de Hama Amadou de son exil français doivent rester dans le domaine du mauvais souvenir dans l’intérêt de Soumana Sanda dont la carrière politique ne tient d’ailleurs qu’à un fil du fait justement de ses déboires judiciaires. En effet, son éligibilité lors des prochaines élections est sujette à caution à cause de son casier judiciaire qui ne peut plus être vierge alors que c’est une condition sine qua non pour être éligible dans le système électoral nigérien.

L’autre épreuve qu’il devra affronter est celle de la reprise de sa place au sein du parlement en tant que député aux côtés de ses amis du groupe parlementaire du Moden Fa Lumana. En effet, sa longue absence peut avoir porté un coup fatal à son siège au profit de son suppléant qui ne se fera probablement pas prier pour prendre sa place. Autant dire que ce sont peut-être toutes ces conséquences qui font que la joie n’était pas franche sur le visage de Soumana Sanda le jour de sa libération. A lire attentivement son discours du 13 novembre (lire encadré), l’on comprendra que contrairement à ses dires sur RFI, Soumana Sanda avait bel et bien appelé à une insurrection en défiant l’autorité de l’Etat. Ce qui a du reste convaincu le juge qui l’a condamné à cette peine qu’il vient de purger.

Ibrahim B.(Le Républicain no 2095)