Renversé suite à une motion de censure en 2007, le Premier ministre d’alors Hama Amadou, actuel président du parti Lumana (opposition) avait qualifié sa majorité de « majorité sans âme ». En d’autres termes, c’était une majorité inutile parce qu’elle n’a pas permis de faire échouer la dynamique « subversive » de l’opposition de l’époque et surtout de lui permettre de continuer à trôner à la tête du gouvernement et de faire valoir ses ambitions pouvoiristes. Si la coalition dont il est l’éminence grise n’est pas capable de faire corps avec ce qui est bon pour lui, elle ne peut être que sans âme.

S’il y a eu une « majorité sans âme », pourquoi n’y aurait-il pas une opposition sans âme ? Ce d’autant plus que la situation de l’opposition actuelle est d’une rare délicatesse depuis le départ annoncé du MNSD, qui a su lui assurer la cohésion nécessaire tout en refusant de faire droit aux velléités de ceux qui ne veulent s’exprimer que par la rue, les invectives et la violence.

 

Une coquille presque vide…

Il y a quelques jours, 11 partis de l’opposition dont 3 représentés à l’Assemblée nationale à savoir Lumana, MNRD Hankuru et UDR Tabbat ont signé l’acte de naissance d’une nouvelle coalition de l’opposition dénommée Front pour la Restauration de la Démocratie et la Défense de la République (FRDDR). L’intitulé et le sigle rappellent à peu de lettres près le Front pour la Restauration et la Défense de la Démocratie (FRDD), qui a combattu le régime de feu le président Ibrahim Baré Mainassara, entre 1997 et 1999. Il est vrai que ce n’est ni le même contexte sociopolitique ni même les mêmes arguments ; même si certains acteurs du FRDDR étaient au FRDD comme le président Mahamane Ousmane qui en était le président, du fait, à l’époque, de sa stature d’ancien président de la République. Quant à Hama, même s’il était dans la dynamique, en tant que secrétaire général du MNSD Nassara, il n’en demeure pas moins qu’il était régulièrement à l’extérieur qu’au Niger. Histoire de ne pas prendre des risques qui pourraient lui coûter sa chère liberté…

A la création du FRDDR, les principaux leaders que sont Mahamane Ousmane, Hama Amadou et Amadou Boubacar Cissé n’étaient pas là. Ils ont laissé le soin aux seconds couteaux de porter la structure sur les fonts baptismaux. Peut-être sans trop y croire. Car le départ du MNSD de l’opposition a été un coup dur, ce qui ne permet pas tout de suite à l’opposition de retrouver ses repères.

A la suite des partis, ce sont les députés de Lumana et de Hankuri qui ont emboité le pas pour délivrer une déclaration de soutien. On l’aura constaté, les députés de l’UDR n’étaient pas de la partie. Même si aucune explication n’a été donnée, force est de noter que ces députés entendent jouer le rôle que le peuple leur a donné en refusant toute politique de la terre brulée, confie une source. On se rappelle que lorsque les députés de l’opposition, au lendemain des élections générales, avaient lancé un mot d’ordre de boycott de l’hémicycle, il y a eu un député UDR qui a refusé de se soumettre à ce diktat, se fondant certainement sur le fait que tout mandat impératif est nul.

Une autre équation qui reste à être résolue, c’est la situation ambigüe au sein du parti Hankuri. Voilà un petit parti sur lequel Mahamane Ousmane avait lancé une OPA dans la perspective des élections présidentielle et législatives lorsqu’il avait perdu le contrôle du CDS Rahama. Il lui faut une bouée de sauvetage pour ne pas mourir politiquement. C’est ainsi qu’il a scellé un partenariat gagnant-gagnant avec le MNRD qui lui a prêté ses couleurs. Il s’est alors  présenté à la présidentielle, et défendu sa liste avec le PSDN à la députation, même si au finish ce parti n’a rien eu. Les députés ont certes été élus sous la bannière du MNRD mais il reste qu’ils l’ont été grâce à Ousmane.

Aujourd’hui, cela pose un problème : d’une part, les partisans de Ousmane ont créé un parti, le RDR Tchendji, auquel pour l’instant l’ex président de la République ne peut adhérer sous peine de perdre son mandat de député ; d’autre part, les députés ne se sentent pas redevables des responsables de Hankuri. Du reste, Ousmane ne peut pas se prononcer au nom du parti Hankuri dont il n’est ni président ni responsable à quelque échelon que ce soit. A Hankuri, il y a donc ceux qui détiennent la légalité et ceux qui sont détenteurs de la légitimité. Tôt ou tard, ce problème reviendra à la surface.

Quant à Lumana, les responsables font actuellement le service minimum, comme disent les syndicalistes. En attendant certainement des jours meilleurs.

 

Un coup d’épée dans l’eau

La déclaration publiée, en fin de semaine dernière, par les députés Lumana et Hankuri relève du déjà entendu. L’opposition n’est pas inventive, son discours est désespérément creux. Au lieu d’être une alternative pour succéder au régime en place, elle fait plus dans la politique politicienne en refusant les évidences ou en proférant des propos oiseux. Dans la déclaration, on parle de « négation constante des droits humains et des libertés fondamentales », du « mépris des valeurs morales et culturelles de notre communauté nationale » par le régime en place, du respect qu’il faut pour le statut d’institution de la République qui est conféré à l’opposition, de l’immunité parlementaire des militants de l’opposition élus députés alors qu’ils étaient en prison, etc.

Les opposants feignent d’oublier que leurs militants avaient attaqué des journalistes qu’ils jugent proches du pouvoir, lors du retour de Hama en novembre dernier. On se rappelle aussi des propos acerbes de Hama Amadou, alors président de l’Assemblée nationale, contre le journal L’Evénement. En parlant de valeurs morales, ils oublient que leur leader Hama Amadou est hors du pays depuis exactement 2 ans parce qu’il a été cité dans une affaire de trafic de bébés importés du Nigeria. Comment se reconnaissent-ils aujourd’hui opposants alors qu’ils ont prétendu que les suffrages des Nigériens ont été confisqués par Issoufou ? Certains parlent de sa victoire comme d’un « hold-up électoral ». S’ils parlent de leur opposition pour en créer même un cadre de lutte, c’est qu’ils reconnaissent que Issoufou a été régulièrement élu président de la République.

En parlant des militants de l’opposition élus députés alors qu’ils étaient déjà en prison, les signataires de la déclaration ne méconnaissent pas le fait que leur arrestation est antérieure à leur élection. Suffit-il simplement d’être candidat à une élection générale ou locale pour se soustraire à la justice ? Les faits qui leur sont reprochés sont antérieurs à leur statut de députés. La justice n’est donc en rien liée par cela. Ignorance ou attitude politicienne ? Hama Amadou, Soumana Sanda, Oumarou Dogari et Issoufou Issaka sont poursuivis pour des faits précis et graves que sont : affaire des bébés importés, troubles à l’ordre public, coup d’Etat avorté de décembre 2015.

En un mot comme en cent, on retient que Ousmane, Hama et Cissé ont chacun une revanche à prendre sur le président Issoufou : c’est cela qui fait aujourd’hui la sève nourricière de leur alliance.

O. Sanda (Le Républicain no 2093)