Hajia Aicha Buhari a vertement critiqué la gouvernance de son mari Mahammadu Buhari dans un entretien accordé à la BBC. Elle reproche à Buhari d’avoir nommé des gens qu’il ne connaissait pas comme une des raisons de la morosité de sa gouvernance.

Elle accuse également des gens du parti de Buhari de profiter de la situation. Elle dit aussi ne pas être sûre d’appeler les femmes à voter pour son mari en 2019 s’il est candidat à sa succession. Un exercice très démocratique qui honore la première dame.

Réagissant aux allégations de son épouse, le Président Buhari a estimé qu’il connaît mieux les gens qu’Aicha. Et d’ajouter que sa place serait à la cuisine. Argument assez léger et masochiste pour décourager une intellectuelle qui entend dire son opinion sur la marche de son pays.

Comme quoi Adal Rhoubeid a raison : « un  pays a besoin des voix discordantes pour se construire « .  Après 27 ans de vie conjugale, il est assez curieux de savoir la réelle motivation de cette première dame un peu iconoclaste. Même si le président Buhari himself reconnait que Aicha n’appartient à aucun parti politique, les observations reprochent à Aicha d’avoir manqué au sacro-saint principe de la vie en couple à savoir que le linge sale se lave en famille.

Le Président Buhari a-t-il méprisé les réverbérations de la première dame pour mériter son courroux ? En sommant de ne pas appeler à voter Buhari en 2019 s’il ne se reprend pas, Aicha n’a-t-elle pas franchi le Rubicon du désaveu de la gouverne de son époux ?

 « J’ai décidé en tant qu’épouse que si les choses continuaient ainsi d’ici 2019, je ne l’accompagnerai pas dans sa campagne et je ne demanderai à aucune femme de voter pour lui comme j’ai pu le faire par le passé. Je ne le ferai plus jamais d’ailleurs », a confié à la BBC Aicha Buhari. Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’internautes estiment que la première dame a mal fait. Elle devrait dire ses vérités en off recorder  selon la majorité d’admirateurs de Buhari avec souvent des propos infantilisant la femme.

C’est Buhari qui a été élu donc Aicha doit se taire légitimant ainsi la bourde de Buhari qui considère que la place de Madame est à la cuisine. Certes nous sommes en Afrique où la femme qui ose est mal appréciée mais du point de vue des valeurs il faudrait admettre que non seulement Aicha a fait usage de sa liberté fondamentale (d’expression) de citoyenne mais aussi cette attitude honore sa carrure  intellectuelle.

Une Michelle Obama assénant un tel coup médiatique, cela n’allait pas donner à redire à grand monde. Ce qui pose un problème de maturité démocratique chez nous en Afrique mais aussi de la conception encore rétrograde du rôle de la femme. Les premières dames doivent-elles simplement applaudir leurs époux même quand elles savent que ceux-ci ne suivent plus leur fil conducteur ?

Nous disons simplement mention spéciale à Hajia Aicha Buhari d’avoir brisé ce tabou. Peut-être désormais son opinion comptera mieux comme conseillère de celui qui entend la confiner …à la cuisine.

Elh. M. Souleymane