Le secrétaire général du ministère de la santé publique en relation avec le ministère de l’élevage a animé un point de presse la semaine dernière afin de faire le point sur l’épidémie  de la fièvre de la vallée du Rift au Niger. Il ressort de ce bilan que 73 cas ont été enregistrés, dont 25 décès, à la date du 26 septembre 2016. Le ministère de la santé a déjà pris des mesures pour maitriser l’épidémie tout en appelant les populations notamment les éleveurs à la prudence et à l’adoption de nouveaux comportements pour empêcher la propagation de la maladie.

Le point de presse a principalement porté sur  l’évolution de l’épidémie depuis le mois d’août dans les deux épicentres de la maladie à savoir  les Districts sanitaires de Tchintabaraden et de Tassara dans la région de Tahoua.

Le Secrétaire général du ministère de la Santé publique, M. Idrissa Mahamadou Maïga, a ainsi indiqué  qu’ « à la date du 25 septembre 2016, la situation se présente comme suit : soixante-treize (73) cas enregistrés, dont vingt-cinq (25) décès. Cependant, il faut distinguer deux périodes dans la survenue de cette épidémie. Avant l’alerte, vingt-trois (23) cas ont été enregistrés dont dix-sept (17) décès soit une létalité de 74% ; à partir du 29 août 2016, suite à la mission d’investigation composée de services centraux des ministères en charge de la santé et de l’élevage, et l’OMS, il a été mis en place un dispositif de prise en charge. Et depuis lors, cinquante (50) cas ont été enregistrés dont malheureusement huit (8) décès, soit une létalité de 16%».

Dès l’apparition de la maladie le ministère en charge de la santé publique a pris les taureaux par les cornes car selon le secrétaire général du ministère de la santé publique ces mesures ont consisté en « un appui en médicaments pour le traitement symptomatique, le renforcement des capacités des agents et tout ceci soutenu par une campagne de Communication pour un Changement de Comportement ».

Cette maladie reste extrêmement dangereuse pour l’homme car selon l’expert aucun vaccin n’est à ce jour disponible pour les humains. «  Par contre, un vaccin existe pour les animaux mais la vaccination est déconseillée en cas d’épizootie au risque d’aggraver la situation » a-t-il souligné.

Concernant les mesures de prévention,  le secrétaire général du ministère de la santé publique a  appelé les populations des zones concernées « au respect des mesures suivantes : limiter les déplacements des animaux des zones infestées vers les zones non infectées et vice versa ; faire bouillir le lait avant consommation ; éviter le contact direct avec les animaux malades ; enfouir avec précaution les cadavres d’animaux morts et recourir aux formations sanitaires dès les premiers signes pour bénéficier de traitement».

 Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) la fièvre de la Vallée du Rift (FVR) est une zoonose virale touchant principalement les animaux mais pouvant aussi contaminer l’homme. L’infection peut provoquer une pathologie sévère tant chez l’animal que chez l’homme. Les morts et les avortements dans les troupeaux infectés par la FVR entraînent aussi des pertes économiques substantielles. Le virus de la FVR appartient au genre Phlebovirus, l’un des cinq genres de la famille des Bunyaviridae. Il a été identifié pour la première fois en 1931 au cours d’une enquête sur une épidémie touchant les moutons d’une ferme de la Vallée du Rift, au Kenya. On a ensuite signalé des flambées en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne. En 1997-1998, une flambée épidémique majeure s’est produite au Kenya, en Somalie et en Tanzanie et, en septembre 2000, des cas de FVR ont été confirmés en Arabie saoudite et au Yémen. Cette première fois où on a signalé la maladie en dehors du continent africain suscite des inquiétudes sur la possibilité de son extension à d’autres parties de l’Asie et à l’Europe.

Comment se fait la transmission ? L’OMS souligne que dans la grande majorité des cas, l’infection se produit chez l’homme à la suite d’un contact direct ou indirect avec du sang ou des organes d’animaux contaminés. Le virus peut se transmettre lors de la manipulation des tissus animaux au cours de l’abattage ou de la découpe, pendant les mises-bas et les interventions vétérinaires ou lors de l’élimination des carcasses ou des fœtus. Certains groupes professionnels, comme les éleveurs, les agriculteurs, les employés des abattoirs et les vétérinaires, sont donc plus exposés au risque d’infection. Le virus pénètre chez l’homme par inoculation, en cas de blessure avec un couteau souillé ou de lésion cutanée par exemple, ou par inhalation des aérosols produits au cours de l’abattage des animaux infectés. Ce dernier mode de transmission a aussi abouti à la contamination de personnes travaillant dans des laboratoires. Selon l’organisation «  Il semble bien que l’homme puisse également être contaminé en ingérant du lait cru ou non pasteurisé provenant d’animaux infectés.  Il y a eu également des infections humaines à la suite de piqûres de moustiques, le plus souvent des Aedes. Les mouches hématophages (se nourrissant de sang) peuvent également transmettre le virus de la FVR ».

Concernant les symptômes l’OMS indique que la plupart des cas chez l’homme restent relativement bénins mais une petite proportion des patients développent une pathologie beaucoup plus grave prenant en général la forme d’un ou de plusieurs des trois syndromes suivant: forme oculaire (0,5 à 2 % des patients), méningo-encéphalite (moins de 1 %) ou fièvre hémorragique (moins de 1 %)

 Concernant la forme oculaire, les symptômes habituels de la forme bénigne s’accompagnent de lésions rétiniennes, qui apparaissent en général une à trois semaines après la manifestation des premiers symptômes. Habituellement, les patients signalent une baisse de la vision ou une gêne visuelle. La maladie peut guérir spontanément sans laisser de séquelles en dix à douze semaines. Chez certains cependant, les lésions se produisent près de la tâche jaune et la moitié des patients souffriront d’une baisse définitive de leur acuité visuelle. Les décès sont rares lorsque la pathologie se limite à cette forme de la maladie.

 Il y a également le cas du Méningo-encéphalite. A ce niveau la maladie apparaît en général d’une à quatre semaines après les premiers symptômes de la FVR. On observe dans les manifestations cliniques d’intenses céphalées, des pertes de mémoire, des hallucinations, une désorientation, un état confusionnel, des vertiges, des convulsions, la léthargie et le coma. Les complications neurologiques surviennent plus tard (après 60 jours). Les décès sont rares chez les patients seulement atteints de méningo-encéphalite, mais des séquelles neurologiques parfois graves sont courantes.

   Pour la forme hémorragique deux à quatre jours après le début de la maladie, le patient présente les signes d’une atteinte hépatique grave avec ictère. Des phénomènes hémorragiques apparaissent ensuite: vomissements de sang, sang dans les selles, purpura ou ecchymoses (provoqués par des saignements cutanés internes), saignements du nez ou des gencives, ménorragies et saignements aux points de ponction veineuse. Le taux de létalité pour ce syndrome hémorragique est élevé et se situe aux alentours de 50 %. Le décès survient habituellement trois à six jours après l’apparition des symptômes. On peut détecter le virus dans la circulation sanguine pendant une dizaine de jours chez les patients atteints de la forme ictéro-hémorragique de la FVR. L’OMS souligne que le taux de létalité a pu varier considérablement entre les différentes épidémies mais, globalement, il s’est établi à moins de 1 % pour celles qui ont été documentées. La plupart des décès se produisent chez les patients développant la forme ictéro-hémorragique.

Ibrahim B.