Chroniqueur au journal Le Monde, Laurent Bigot ‘’était précédemment sous-directeur Afrique-Occidentale chargé du Mali. Un «Monsieur Mali» au Quai d’Orsay (Ministère des affaires étrangères de France). Il a été débarqué au même moment que l’ambassadeur de France à Bamako, Monsieur Christian Rouyer, considéré à raison comme un ami du Mali pour avoir anticipé la contre-attaque française contre les djihadistes’’, apprend-on. Aujourd’hui il passe pour un consultant sur l’Afrique sub-saharienne. Il vient de consacrer une chronique sur le Niger : « Au Niger, l’armée affaiblie par la paranoïa de son président ». Titre qui a sans doute inspiré un confrère de la place : « Déplacements présidentiels : on frise la paranoïa ! ». Nous relevons ici quelques éléments constitutifs de cette délation dont certains animateurs des medias français ont le secret.

A bien lire ce chroniqueur, sa cogitation rime bien avec ces articles commandés à l’Hexagone par qui l’on sait via des titres comme La lettre du Continent, Paris Match pour ne citer que ceux-là. Une idée du contenu de la chronique ? Tenez : « Dans l’affaiblissement de l’armée nigérienne depuis l’élection de Mahamadou Issoufou, en 2011. Obsédé qu’il est par son adversaire politique, Hama Amadou, le président Issoufou et son entourage se sont intoxiqués à la paranoïa, persuadés que Hama Amadou se saisirait du pouvoir par la force avec l’aide d’officiers lui étant restés fidèles depuis l’époque où il était premier ministre (de 2000 à 2007) du président Tandja. L’actuel ministre de l’intérieur Mohamed Bazoum avait même évoqué dans une interview à Jeune Afrique, fin 2015, de prétendues connexions entre Hama Amadou et des « officiers ethnicistes ». Cette paranoïa a conduit à l’éloignement de nombreux officiers de valeur (comme attachés de défense dans des ambassades, par exemple) et à l’ostracisation d’une partie des officiers soupçonnés d’être proches de Hama Amadou. »

 Et dans ce chapitre relatif à l’armée, Laurent Bigot a déjà jugé et condamné l’ancien ministre de la défense, M. Mahamadou Karidjo lorsqu’il écrit : « Cette déstabilisation de l’armée s’est, en outre, accompagnée d’un large détournement des ressources du budget du ministère de la défense. Si le budget de la défense a été multiplié par quinze, celui du patrimoine de certains l’a été par un facteur au moins équivalent. Au-delà de l’affaire de l’achat de l’avion présidentiel, c’est le rôle d’un intermédiaire sulfureux qui alimente la chronique à Niamey. Cet intermédiaire, dont le surnom est « petit Boubé », a été attributaire de nombreux marchés qu’il a au mieux surfacturés, au pire détournés (il aurait encaissé des avances sans jamais livrer le matériel). « Petit Boubé » est également recherché par la justice au Nigeria, car son nom apparaît dans l’affaire du détournement de plusieurs milliards de dollars par Sambo Dasuki, conseillé à la sécurité nationale de l’ancien président du Nigeria, Goodluck Jonathan. Tout cela n’a été possible qu’avec la protection du précédent ministre de la défense du président Issoufou, Mahamadou Karidjo, dont le patrimoine immobilier à Niamey a connu une embellie spectaculaire. Ce dernier a été élu cette année président de la Haute Cour de justice, la seule institution susceptible de mettre en accusation le président de la République et de le juger. Elle juge également les membres du gouvernement… ».

La notion de la présomption d’innocence, Laurent Bigot ne connait pas tant il n’a pas voulu prendre avec des pincettes des bobards à lui racontés par des lâches adversaires politiques. On le voit, de proche en proche, certains medias français ont choisi de pourfendre le régime d’Issoufou sur des questions très sensibles comme celle de l’armée qui constitue une sorte d’onde de choc dans certains milieux de l’opposition nigérienne bien connus. Ceux-là, plongés dans une sorte de désespoir ne croit plus à la lutte politique et démocratique pour reconquérir le pouvoir. Ils ne comptent que sur des raccourcis à contre-courant de l’histoire.

Cette chronique a au moins le mérite de revenir sur un sujet sur lequel Le Républicain a récemment fait une révélation à savoir la question des ‘’narcotrafiquants’’. C’est de justesse que M. Laurent Bigot n’a pas déduit que le président Issoufou serait narcotrafiquant tant son accusation du régime en la matière est gravissime. Ancien diplomate, Laurent Bigot n’a même pas hésité de tirer sur des morts. Mais nous comprenons la motivation des manipulateurs de ce  chroniqueur.

 En effet, il vous souviendra dans ses déclarations, la défunte opposition a toujours taxé le régime d’Issoufou de pactiser avec des narcotrafiquants. Eh bien ce n’est juste qu’une sorte de délit d’initié. En effet, tous ceux-là qu’ils indexent d’être avec le régime comme des trafiquants de drogue étaient des anciens militants du MNSD de Hama Amadou. Sous la gouverne de ce dernier, les trafiquants d’aujourd’hui étaient saints. Mais sous Issoufou, la mauvaise foi aidant, il fallait annoncer au monde  que leurs anciens protégés sont des malpropres.

Sur cette question de trafiquants de drogue la position du Républicain est très claire.  Nous ne faisons pas de quartier : les trafiquants de tout bord doivent rendre gorge. Mais de là à verser dans la délation en parlant de notre armée, il y a un hiatus à ne pas franchir.  M. Bigot et ses semblables prêchent la subversion et l’anarchie pour notre pays… comme des prophètes de malheur.

La Rédaction (Le Républicain n°2098)