« Je n’aime pas trop dire que je fais de la musique moderne ou de la musique traditionnelle, je dis simplement que je fais de la musique du Niger. Au départ, c’est vrai, je faisais du Rap, avec mon groupe Mazan Fagué. Et on utilisait surtout les instruments modernes. A partir de 2005, j’ai commencé à fréquenter le Centre de formation et de promotion musicale (CFPM), pour apprendre à jouer les instruments traditionnels nigériens. C’est ainsi que j’ai appris à jouer le Gouroumi, le kalangou, le Ganga, le Garaya, instrument avec lequel d’ailleurs j’ai joué Adamoulmoula ».

Ainsi s’exprimait Maman Sani, plus connu sous le nom Adamoulmoula, un de ses titres fétiches, qui l’a fait connaître par les mélomanes nigériens. Le visage toujours couvert par d’épaisses lunettes noires, les cheveux longs et tressés dans le style Rasta, Maman Sani ne passe pas inaperçu. Après avoir fait les beaux jours de Mazan Fagué, un groupe de Rap qu’il a fondé, il claque la porte pour se frayer sa propre voie, dans son style propre : les instruments de musique traditionnelle nigérienne. « Aujourd’hui je me retrouve pleinement dans ce que je fais, parce que je fusionne les instruments de musique traditionnelle du Niger et les instruments de musique moderne.

Certains disent que je fais de la world music, mais moi je l’appelle musique du Niger parce qu’elle tire sa source dans la musique traditionnelle du Niger », dit-il avec beaucoup de fierté. Avec mazan Fagué,  il a  enregistré deux albums, qui ne sont pas passés inaperçus d’ailleurs dans l’univers du Rap Hip Hop nigérien. Mais Maman Sani s’est toujours senti à l’étroit dans ce monde et ce genre musical, qu’il trouve trop porté sur le monde occidental, en particulier le Rap américain. Lui, a envie de plonger aux sources de la culture nigérienne, s’en inspirer et créer ce qui est vraiment nigérien. « Avec mon groupe actuel j’ai déjà deux albums. Le troisième vient de finir, et je vous dis que les clips de l’album ont tous été enregistrés au studio de Me Bat, comme les deux premiers », confie-t-il.

A la question de savoir ce que signifie Adamoulmoula, Maman Sani répond que c’est une danse, un rythme de la région de Maradi, qui tire sa source d’une pratique ancestrale. « Après les travaux champêtres, les jeunes de la région s’invitent mutuellement pour célébrer les récoltes. Mais au-delà de la danse et du rythme, Adamoulmoula est une pratique qui permet de raffermir les liens sociaux, la solidarité, la coexistence pacifique. Au cours de ces rencontres festives, il se tient également des combats de lutte traditionnelle, de boxe traditionnelle, comme le dembé… », explique Maman Sani. Aujourd’hui, Maman Sani continue son chemin dans l’univers musical nigérien, un chemin parsemé par bien d’embûches.  « Le principal problème que nous connaissons, c’est celui des partenaires, des sponsors. Ils sont toujours prompts à mettre la main à la poche lorsqu’il s’agit de sponsoriser les artistes d’ailleurs au détriment des artistes locaux ; Lorsqu’il arrive qu’un partenaire vous appuie dans votre spectacle, la contribution n’est jamais à la hauteur de votre production, alors que tout le monde sait aujourd’hui combien la production coûte cher, surtout avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Il faut au minimum 10 à 15 millions pour une simple vidéo. Après la production, il faut encore passer à la promotion de l’album…Tout cela demande de l’argent.  Ce que les sponsors doivent savoir, c’est qu’il y a beaucoup d’artistes nigériens qui sont sérieux et qui font du bon travail. Ils remplissent toutes les grandes salles de spectacles de ce pays à chaque concert, ce qui n’est pas le cas de certains artistes étrangers chez eux, mais qu’on aime inviter ici à coût de millions. Je ne suis pas contre les artistes étrangers, mais je pense que les sponsors doivent aider à faire la promotion des artistes locaux d’abord, pour que la musique nigérienne soit compétitive sur le marché mondial », lance-t-il, avant d’indexer à son tour l’Etat nigérien.

« L’Etat fait également des efforts, même si c’est insuffisant. Nous avons un patrimoine culturel riche, mais très mal connu. Il faut que les pouvoirs publics comprennent que la culture est une richesse, pour ne pas dire la plus grande richesse d’un pays. Si la culture nigérienne était valorisée, si les artistes étaient soutenus, je suis convaincu que la culture peut rapporter beaucoup plus que le pétrole ou l’uranium. Il faut que les autorités comprennent que la culture est le vecteur même du développement d’un pays ». Parole d’artiste.

Gorel Harouna