La semaine dernière, le Conseil National de Dialogue Politique (CNDP) n’a pas eu de répit. Deux réunions successives se sont tenues en l’absence des 10 partis de l’opposition et des 7 non affiliés. Comme plat de résistance : le CNDP a discuté la première fois du report sine die des élections locales, et la deuxième du mandat des élus locaux. Ceux-là sont veinards : ils sont en passe de gagner un contrat à durée indéterminé (CDI).

La majorité présidentielle a délibéré sans l’opposition et les partis non affiliés qui se sont finalement alignés sur les positions des opposants pour boycotter ces 2 réunions. Il s’agit bien d’un boycott car d’une part l’opposition n’a daigné répondre à l’invitation de participer à la réunion que le jour même de la tenue de celle-ci en invoquant des raisons qui ne tiennent pas la route. Comme quoi, cette opposition peine à grandir, à s’élever au-dessus des arguments de l’homme de la rue et à se poser en alternative au régime actuel. Quant aux partis dits non affiliés, ils se sont sentis orphelins de l’absence de l’opposition dans la salle. Pour faire impression et pour que l’opinion ne les prenne pas pour un frange marginale, ils ont claqué la porte du CNDP.

La majorité n’a pas eu de difficultés pour s’entendre sur les sujets en débat : le report sine die des élections locales et la prorogation du mandat des élus locaux.

Le report des élections locales

Plusieurs raisons ont été évoquées pour soutenir la décision de reporter sine die les élections locales prévues le 8 janvier 2017. L’une de ces raisons c’est la nécessité d’élaborer un fichier électoral biométrique sur la base duquel les élections se tiendront. Cet argument est si spécieux qu’il ne résiste à aucune analyse. Rien n’empêche aujourd’hui d’organiser des élections locales sur la base du fichier classique qui a servi aux élections générales de février et mars 2016. Ce d’autant que ce fichier a, on se rappelle, été audité par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et jugé fiable pour servir de base aux dernières élections. Sauf à vouloir délégitimer inconsciemment les résultats des élections générales. C’est donc un faux fuyant que de conditionner les locales à l’élaboration d’un fichier biométrique. De toutes les façons, le fichier biométrique n’est pas totalement un antidote aux fraudes électorales. Il n’empêche pas les contestations post électorales. Il n’empêche pas à celui qui n’a pas l’âge légal de voter tout comme il peut ne pas permettre à celui qui à l’âge d’être sur le fichier. Il peut tout au plus empêcher le vote double. Certains pays africains qui l’ont expérimenté savent de quoi il s’agit. Au Niger, on fait une fixation maladive sur quelque chose qui coûte cher (plusieurs milliards FCFA pour établir ce fichier) et qui prend énormément du temps (pas moins de 2 ans).

Pourquoi alors jouer la montre là où les populations à la base attendent avec impatience le moment où elles doivent sanctionner ceux des élus qui n’ont pas été à la hauteur de la confiance qu’elles ont placée en eux.

Il y a certainement d’autres raisons plus pertinentes comme le dénuement financier des partis, les arriérés cumulés dans le cadre de l’organisation des élections générales d’un montant de 11 milliards FCFA dus à divers prestataires. A cela, s’ajoute le budget prévisionnel de 19 milliards FCFA élaboré par la CENI pour l’organisation des élections locales. Par ces temps qui courent, la note est salée. Comment mobiliser cette importante somme ? C’est là toute la question qui justifie à elle seule la nécessité de reporter ces élections. Si on ne peut pas tenir ces scrutins à la date prévue, que faire des élus locaux et leurs exécutifs ? Doit-on les remplacer par des administrations provisoires ou les laisser en poste ?

Le mandat des élus locaux prorogé

« Oui mais… ». C’est ainsi qu’on peut résumer la décision prise par les responsables des partis politiques présents à la réunion du CNDP de prolonger le mandat des élus locaux jusqu’à nouvel ordre. Oui, il faut prolonger le mandat. Mais, en renforçant la surveillance des exécutifs à travers des inspections, a promis le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, de la sécurité publique, de la décentralisation et des affaires coutumières et religieuses, Bazoum Mohamed. Pas donc de chèques en blanc. Il a promis que les résultats des enquêtes et inspections déjà menées seront exploitées ; mieux de nouvelles seront engagées. Bien de maires sont impliqués dans des actes de malversations et de détournement des deniers publics. Si la loi est appliquée, beaucoup de maires seront sous les verrous. Pourquoi cela n’a pas été fait avant ?

S’il est bien sage de proroger le mandat des élus locaux et de se garder de nommer des administrateurs délégués pour diriger les mairies, il y a lieu de limiter ce « Tazartché » dans le temps. Ce, pour plusieurs raisons. La première tient à la nécessité de ne pas créer une rupture avec le processus de renouvellement des instances locales. Il faut donc consolider les acquis de la décentralisation. La deuxième est liée au fait que bien d’élus ont perdu toute légitimité en raison des comportements délictueux qu’ils ont observé pendant leur mandat. Les citoyens locaux ont hâte de changer de gouvernance. La troisième, de loin la plus importante, c’est qu’il faut arrêter net la gabegie de certains responsables locaux qui font du pillage des ressources leur tasse de thé.

A en croire Bazoum, les têtes de ceux qui ont mal géré tomberont bientôt. Au nom de la bonne gouvernance. On retient enfin que l’Assemblée nationale a voté la révision du code général de collectivités territoriales pour proroger le mandat des conseillers locaux, en fin de semaine dernière.

Tiémogo Bizo (Le Républicain n°2098)