Depuis une dizaine de jours l’actualité nationale est marquée entre autres par l’annonce outrancières de quelques hurluberlus (terme employé à juste titre par le ministre de l’intérieur Bazoum Mohamed) sur la création d’un nouveau mouvement armé dit d’obédience toubou au Niger dénommé pompeusement Mouvement pour la justice et le renouveau au Niger ( MJRN). Cette annonce tapageuse et fantasque bénéficie depuis lors d’une bonne publicité de la part de certains médias français dont entre autres Paris Match. Un comportement pour le moins suspect qui rappelle les péripéties des rebellions des années 90 au Niger qui ont bénéficié d’un certain soutien d’associations comme la fondation France Libertés de Danielle Mitterrand épouse de l’ancien président français, mais également des journaux français qui ont pris faits et causes pour des hommes qui ont déstabilisé leur pays en raison de manœuvres géopolitiques et d’accaparement de ressources minières de la région.

D’entrée de jeu l’article de Paris Match publié le 28 septembre dernier parle au sujet de la photo qui illustre le reportage des « membres du Mouvement pour la justice et la réhabilitation du Niger posent avec leur arsenal… »  La légende pouvait passer inaperçu si Paris Match n’avait pas poussé le souci du détail en parlant de «  mitrailleuses russes BKC, lance-roquettes RPG 70, dans le Kawar Manga, septembre 2016 ». Une façon suspecte de dire probablement que les hommes sur la photo étaient lourdement armés et que les armes n’étaient pas de fabrication française pour éviter tout soupçon de complicité.  Paris Match dit également que « le mouvement » « est implanté dans le Kawar et le Manga, deux régions qui s’étendent de la Libye au lac Tchad » tout en ajoutant que « alors que dans la Libye voisine, les Toubous jouent les sentinelles des installations pétrolières, au Niger, la CNPC ne leur octroie qu’une poignée de postes de gardiennage ». Poussant plus loin, Paris Match donne l’impression de suggérer des types d’attaques en évoquant le cas des « Niger Delta Avengers qui mènent des opérations de sabotage d’installations pétrolières au Nigeria ». Pour corser le tout et donner encore plus d’ampleur aux fanfaronnades d’Adam Tcheké, le journal français parle d’ « alliances entre tribus toujours possibles » en évoquant un « terreau favorable au retour de vieux démons: les rébellions Touarègue et Toubou qui ont marqué la fin des années 1990 et l’année 2007. Car chez les Touaregs aussi l’ambiance est électrique ». Le journal affirme de façon péremptoire que « le mouvement toubou n’exclut pas une alliance avec les autres tribus. « Toubous, Peuls et Touaregs ».

Ce prétendu reportage pourrait expliquer les craintes de certains analystes sur une action de quelques individus égarés manipulés par une puissance étrangère au nom des intérêts géostratégiques. En effet, la fixation faite sur les intérêts chinois rappelle bien que les puissances occidentales ont toujours été opposées à l’implantation des chinois sur le continent plus précisément sur des espaces correspondant à leurs zones d’influences. Les Accords de partenariat  (APE)  que veulent imposer les pays européens à l’Afrique constituent une des stratégies visant à contrer l’influence économique d’une Chine conquérante qui ne cesse de marquer des points sur le continent. Mais à côté de cette stratégie économique, certaines puissances occidentales peuvent bel et bien activer des mouvements armés afin de déstabiliser les chinois et pouvoir ainsi se tailler la part du lion dans le cadre de l’exploitation des ressources minières dont regorge le sous-sol nigérien. Dans le cadre de cette entreprise, les médias jouent un rôle non négligeable en servant de porte-voix aux individus en mal de publicité et de reconnaissance. Le reportage tendancieux de Paris Match prouve, s’il est besoin, qu’Adam Tcheké a trouvé une oreille attentive à son entreprise. Le pire est que ce journal français fait semblant d’ignorer que cette entreprise de l’ex bras droit de Barka Wardougou fait face à la réprobation de sa propre communauté qui ne se reconnait pas dans son combat.  A partir de ce reportage de Paris Match, les nigériens doivent se convaincre d’une chose : même si l’annonce d’Adam Tchéké est un épiphénomène, il reste qu’il est fort à parier que ce mouvement microscopique bénéficie du soutien de certaines puissances qui lorgnent vers les ressources minières nigériennes.

Ibrahim B. (Le Républicain n°2097)